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Attention aux truies trop maigres à la mise-bas

Une truie dont les réserves graisseuses sont insuffisantes risque d’altérer son potentiel musculaire et de compromettre sa carrière.

© cg
En vingt ans de sélection génétique, l’épaisseur de lard dorsal (ELD) des truies reproductrices a fortement diminué. « Dans les années 90, il n’était pas rare de préconiser des objectifs de 23-24 mm à la mise bas, alors qu’aujourd’hui, on se situe plutôt à 17-18 mm au maximum », soulignait Nathalie Quiniou, ingénieur Ifip, lors du forum Aveltis qui s’est déroulé à Carhaix le 14 décembre dernier. Dans le même temps, la prolificité des truies a augmenté de 22 %. « Aujourd’hui, le risque est grand de détériorer les performances de reproduction si la truie puise trop dans ses réserves ». Le processus qui conduit à cette dégradation des performances est désormais bien connu. Une truie maigre a moins de gras à mobiliser pour satisfaire les besoins de ses porcelets. Par ailleurs, les apports nutritionnels en lactation ne peuvent pas couvrir la totalité de ces besoins. Elle va donc puiser dans ses réserves de muscle pour produire du lait. Or, on sait aujourd’hui que si la fonte musculaire dépasse 15 % des réserves de la truie, les performances de reproduction du cycle suivant sont impactées, à commencer par l’intervalle sevrage- œstrus qui augmente fortement. C’est souvent ce qui se passe sur les primipares, avec le syndrome de la seconde portée. Cette fonte musculaire pénalise également l’homogénéité des embryons dès les premiers jours de la gestation, et compromet leur développement au cours de la gestation qui suit. La production d’œstradiol, une hormone qui stimule l’ovulation, est affectée. « Au final, les porcelets de la mise bas suivante sont hété- rogènes, plus légers, et le taux de morts- nés augmente. À plus long terme, la carrière de la truie est compromise et cela aboutit à des réformes précoces. » Pour Nathalie Quiniou, l’aliment doit impérativement couvrir les besoins de la truie au cours de la gestation, et ceux des fœtus dans les jours qui précèdent la mise bas. Ces besoins varient bien sûr en fonction du gabarit des reproductrices. « Une truie d’un poids important aura plus de besoins d’entretien. Si les apports alimentaires sont insuffisants en fin de gestation, cela peut aboutir à une perte de poids et de fonte musculaire, préjudiciable à son tonus à la mise bas et à la qualité de sa lactation. » Pour couvrir ces besoins, Nicolas Cottais, ingénieur nutritionniste MG2Mix, préconise un plan d’alimentation biphase en gestation avec deux aliments qui se différencient sur leur taux protéique. « Avec un seul aliment, la truie risque de puiser dans ses réserves protéiques en fin de gestation même si la ration est augmentée, car le ratio protéines sur énergie est insuffisant », souligne-t-il. Un aliment enrichi en protéine distribué en fin de gestation peut plus facilement couvrir les besoins de la truie et des porcelets. Utilisé également durant le premier tiers de la gestation, il permet aussi une meilleure reconstitution des réserves musculaires. « En revanche, la distribution d’un aliment allégé en protéines en milieu de gestation permet de limiter le gabarit des truies, dont les besoins à ce stade sont peu élevés. » Difficile cependant pour les nutritionnistes de préconiser des niveaux de rationnement précis applicables dans tous les élevages, puisque les besoins des truies peuvent varier en fonction des conditions de logement, du type génétique, et bien sûr des valeurs nutritionnelles de l’aliment. Au cours du forum Aveltis, Sandy Micout, technicien Aveltis, a présenté une étude qui montre que les réserves graisseuses et musculaires de certaines truies peuvent diminuer en fin de gestation. Cette étude réalisée avec l’appareil à ultrasons Piglog 105 a permis de préciser l’interprétation des mesures d’épaisseur de lard (ELD) et de muscle dorsal (EMD). « Les mesures d’épaisseur de lard en début de gestation donnent une idée précise de l’hétérogénéité de l’état d’engraissement du troupeau. Elles permettent de constituer des lots de truies et d’appliquer des niveaux de rationnement différenciés en cours de gestation pour atténuer cette hétérogénéité », souligne- t-il. La mesure de l’épaisseur de muscle dorsal permet quant à elle de savoir si les apports alimentaires sont en adéquation avec les besoins de la truie et des porcelets. « Si la fonte protéique est trop importante en cours de lactation, cela veut dire que, soit l’ingéré alimentaire est trop juste, soit les réserves lipidiques à l’entrée en maternité sont insuffisantes, ce qui oblige la truie à puiser l’énergie dont elle a besoin dans ses réserves protéiques », ajoute-t-il. Par ailleurs, le technicien met en garde contre les truies trop musclées. « Elles risquent de mobiliser leurs réserves de muscle de manière excessive en cours de lactation. » Selon lui, la mesure de gras n’est pas suffisante pour comprendre comment évoluent les réserves des truies en fin de gestation. « L’évaluation des réserves musculaires est le complément indispensable pour bien les préparer à une lactation de qualité », conclut Sandy Micout.

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