« La communication avec mes salariés, c’est la clé dans mon élevage porc et lait »
Comment gérer une équipe de onze salariés répartie sur trois sites et trois ateliers porc, lait et cultures ? C’est le challenge quotidien d’Arnaud Abgrall, chef d’exploitation dans le Finistère, qui mise sur la communication et la disponibilité auprès de ses salariés.
Comment gérer une équipe de onze salariés répartie sur trois sites et trois ateliers porc, lait et cultures ? C’est le challenge quotidien d’Arnaud Abgrall, chef d’exploitation dans le Finistère, qui mise sur la communication et la disponibilité auprès de ses salariés.
Avec trois productions – le porc, le lait et la pomme de terre – l’entreprise d’Arnaud Abgrall compte un peu plus de onze salariés. L’élevage, géré comme une petite PME, tourne grâce à ses salariés et à la bonne implication de son patron dans la communication notamment. « Je suis présent au quotidien auprès des salariés pour gérer, s’améliorer et régler les problèmes techniques. Mon système fonctionne avec de la proximité », partage l’éleveur, qui pilote un site de naissage collectif à Pleyber-Christ, dans le Finistère, de 750 truies naisseur-engraisseur avec conduite à la semaine et sevrage à 28 jours. L’atelier comprend 7 600 places d’engraissement avec FAF simplifiée.
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Communication et disponibilité
La répartition des salariés est la suivante : cinq sont chargés de la production porcine, deux de la production laitière (1,3 million de litres de lait), deux de la production de 40 hectares de plants de pomme de terre (SAU de 300 hectares) et deux salariés affectés au montage et à l’entretien du parc bâtiments. Sans oublier, un quart-temps dédié aux tâches administratives. Adepte de la proximité, Arnaud Abgrall attache beaucoup d’importance à ce que la pause déjeuner se fasse sur place. Sur le site de Lampaul-Guimiliau, le local équipé d’une cuisine vient d’être refait à neuf. « Au moment des repas, c’est là que les salariés échangent et cela me permet aussi de voir tout le monde plusieurs fois dans la semaine. » Qu’il s’agisse de la pause déjeuner ou des pauses-café l’après-midi, « je me déplace d’un site à l’autre et je discute avec tout le monde ». C’est lors de ces temps d’échanges que les messages sont transmis, l’organisation et les problèmes techniques discutés.
Par ailleurs, pour éviter que la charge de stress ne repose trop sur les salariés, l’éleveur se rend disponible dès qu’un problème survient. « Je suis très joignable, en cas de problème, je réponds et je dis quoi faire. » Il gère également les astreintes des alarmes (1). Sur le site naissage, les salariés sont d’astreinte un week-end sur quatre, quant au chef d’exploitation, il assure le travail trois week-ends sur quatre sur les autres sites.
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De l’interdépendance
Or, la force de l’entreprise est de cultiver l’interdépendance entre les ateliers. Les salariés peuvent se rendre disponibles en cas de coup de bourre ou pendant les congés des uns ou des autres. « Nous sommes tous liés et dépendants. Chacun est conscient des problématiques des autres. Il y a une vraie cohésion », reconnaît Arnaud Abgrall. Un groupement d’employeurs a été constitué à cette fin qui regroupe les salariés et permet de la flexibilité entre les structures.
Ici, l’organisation globale repose sur l’autonomie et la responsabilisation des salariés. Aussi, l’éleveur veille à recruter des salariés ayant déjà une expérience technique. « Tous mes salariés sont formés et détiennent de l’expérience lorsqu’ils arrivent », reconnaît-il. Ensuite, à chaque poste, le chef d’entreprise fait le point des objectifs techniques : s’il ne donne pas d’objectif chiffré, il exige un travail bien fait au quotidien dans le respect des normes zootechniques. Une exigence qui sera d’autant plus élevée si les installations sont rénovées et performantes. « Le but, c’est de faire du bon boulot, c’est la base du métier. Je pense qu’il faut être exigeant avec les salariés quand tout va bien et que les installations sont au top, et plus souple, à l’inverse, quand les bâtiments sont vétustes. Il faut être rationnel dans les objectifs demandés », estime le chef d’entreprise. De même, les rendez-vous techniques ou en présence de commerciaux sont menés conjointement. « Ce n’est pas moi qui effectue les tâches au quotidien, c’est donc pourquoi les salariés sont présents, et puis tout ce que le technicien dit, il est plus facile au salarié de l’appliquer ensuite. »
Des avantages mis en place
L’éleveur a instauré une rémunération de base « correcte » à laquelle s’ajoute la prime Macron, exempt d’impôt, et attribuée selon l’ancienneté, plus le versement d’un treizième mois. Le jeune patron avoue être souple sur les congés. « Je ne refuse pas à un salarié de prendre son congé paternité d’un seul rang par exemple », décrit-il. Dès les débuts, l’éleveur a entrepris de se former au management, l’équivalent de trois mois de formation en sept ans. Sa dernière formation concerne l’entretien annuel individuel qu’il instaurera début 2026. « Maintenant, je pense que c’est un bon moyen d’échanger avec chacun sur son évolution. Les objectifs du salarié évoluent, il faut en tenir compte. » Le chef d’entreprise installé en 2017, n’a connu qu’un départ de son entreprise sur l’atelier culture et ne peine pas à recruter. Avec le recul, il estime que l’entretien annuel aurait pu l’alerter. Échanger mais de façon formalisée est une autre forme de communication.
repères
L’exploitation est répartie sur trois sites dans le Finistère :
Pleyber-Christ : site de naissage collectif de 750 truies
Lampaul-Guimiliau : 110 vaches laitières, 1,3 million de litres de lait produits, 40 ha de plants de pommes de terre soit un total de 300 ha de SAU. Places d’engraissement porcs.
Saint-Thégonnec : places d’engraissement porcs et FAF simplifiée.
L’élevage porcin : une histoire écrite en trois ans
« J’ai 35 ans et trente ans de métier. J’ai démarré à l’âge de 4 à 5 ans avec mon père et mon grand-père sur l’exploitation », décrit avec un trait d’humour Arnaud Agbrall lorsqu’il parle de son parcours. « Je suis fils d’agriculteur et bien formaté : j’ai été formé au travail et pas au management. » Après une expérience salariée comme technico-commercial en cultures chez Triskalia (à l’époque) durant quatre ans, il s’installe en 2017 avec son père (parti à la retraite depuis) sur l’exploitation familiale spécialisée en lait et pommes de terre. C’est grâce à une opportunité de reprise d’un élevage en engraissement avec des terres collées à l’exploitation qu’il bascule dans la production porcine mais de façon fulgurante. De fil en aiguille, il reprend des élevages avec du naissage lors du départ en retraite des exploitants pour continuer à être approvisionné en porcelets. « Je suis passé de 0 à 750 truies en trois ans. Je me suis formé sur le tas et avec l’expérience de mon salarié Jean-Michel Bozec présent depuis trente-cinq ans. L’expérience des anciens, c’est important », conclut-il.