« J’ai agrandi mon élevage de porcs pour avoir des salariés »
À Lamballe dans les Côtes-d’Armor, Jean-Marc Langlais a repris deux sites proches de son élevage pour atteindre une taille d’atelier de 600 truies, lui permettant de s’entourer d’une solide équipe de salariés.
À Lamballe dans les Côtes-d’Armor, Jean-Marc Langlais a repris deux sites proches de son élevage pour atteindre une taille d’atelier de 600 truies, lui permettant de s’entourer d’une solide équipe de salariés.
Entre 2019 et 2021, l’atelier naisseur-engraisseur de Jean-Marc Langlais a doublé de taille, passant de 275 à 600 truies, grâce à la reprise de deux sites à proximité. Pour l’éleveur et son épouse Stéphanie, l’objectif clairement affiché était de pouvoir s’appuyer sur une équipe de salariés. « À deux personnes sur l’élevage, notre charge de travail était trop importante. Nous travaillions sept jours sur sept, se souvient l’éleveur.
Nous sortions de la crise du prix du porc de 2016-2017. Pour pouvoir embaucher, il fallait s’agrandir par de la reprise. » En 2019, l’éleveur rachète un premier site naisseur-engraisseur de 200 truies situé à 3,4 km. Quelques mois après il saisit l’opportunité de reprendre le site voisin de 330 truies, avec lequel il partageait la station de traitement du lisier. L’ensemble des trois élevages naisseur-engraisseur a été entièrement restructuré, pour aboutir en 2021 à un système fonctionnel et cohérent. L’un des sites a été spécialisé dans le naissage tandis que les deux autres ont été transformés en post-sevrage et engraissement. « Je ne voulais garder qu’un seul bloc truies pour optimiser l’efficacité et l’organisation du travail. »
Une taille optimale de 600 truies
Alors qu’il aurait pu maintenir un plus gros cheptel, Jean-Marc s’est arrêté à une taille d’élevage de 600 truies, qu’il exploite aujourd’hui à l’aide de cinq salariés, dont son épouse. L’exploitation compte également 190 hectares de cultures, gérées en interne (y compris la moisson) et qui servent à l’alimentation des porcs charcutiers (FAF simplifiée). « 600 truies avec six personnes : c’est pour moi la taille optimale, notamment pour l’organisation des week-ends de garde. » L’élevage est conduit en 5 bandes de 107 truies, avec un rythme de quatre semaines. Chaque salarié travaille un week-end par mois, en binôme, et avec une charge de travail allégée (4,5 heures sur chacune des deux journées). « Cette organisation est un facteur d’attractivité pour les salariés. Pour mon épouse et moi, cela nous permet d’avoir deux week-ends par mois de libre. On s’autorise aussi à prendre trois semaines de congé par an, toujours en dehors des deux semaines de charge de travail plus élevées liée à la conduite en 5 bandes. Les salariés peuvent prendre trois semaines de congé l’été…, détaille-t-il. Même si cela implique davantage de risques financiers, le fait d’agrandir l’élevage nous a apporté davantage de confort de vie et de sérénité. »
Le management des salariés, clé de réussite
Côté organisation de l’équipe, il n’y a pas de salarié chef d’élevage mais Jean-Marc a tenu à ce que chaque salarié ait sa place et se sente responsable de son atelier : Stéphanie en charge de la maternité et de la partie administrative, Élodie de la verraterie-gestante, Jean-François et Ethan, chacun en charge d’un site de post-sevrage/engraissement et Allan, responsable des cultures, de la FAF et du transfert des porcelets. « J’interviens pour ma part en appoint sur tous les postes et prends les décisions en concertation avec chaque responsable de sa partie. »
Conscient que le management est un facteur-clé de la réussite des grands élevages, Jean-Marc est aussi particulièrement attentif à la cohésion et à l’ambiance de l’équipe. « C’est important que chacun se sente bien dans son travail, impliqué et motivé. » Cela repose aussi sur une organisation rigoureuse et une bonne communication. Les salariés sont également présents lors des visites du technicien ou du vétérinaire ainsi que lors de réunions de bilan GTE-GTTT. « Toutes les “corvées” sont réalisées à deux ou trois personnes. Cela nous permet d’être plus efficaces. Nous intervenons à six pour le sevrage, réalisé en l’espace de trois heures », illustre-t-il.
C’est la même équipe de salariés en place depuis 2021, se réjouit l’éleveur, alors que la survenue d’un incendie en 2022 détruisant entièrement le bloc truies aurait pu bousculer ce bel équilibre.
Dégager du temps pour l’analyse des données
Jean-Marc a veillé à ce que l’agrandissement de l’élevage ne se fasse pas au détriment des performances technico-économiques, bien au contraire : 14,7 porcelets sevrés par truie, 31 porcs produits par truie et par an, 2,4 d’indice global (système soupe). « Nous avons l’esprit compétiteur, plaisante Jean-Marc. L’amélioration des résultats est stimulante pour l’ensemble de l’équipe. J’ai désormais davantage de temps pour analyser les données et réagir plus rapidement si un critère se dégrade. » Avec leur effet démultiplicateur, les grands élevages ont encore moins le droit à une dérive des résultats techniques.
Estimant avoir atteint la taille d’élevage qui lui correspondait et un bon équilibre entre la production porcine (75 % de l’activité) et les cultures (25 %), Jean-Marc n’envisage pas d’agrandir. Avec la reprise d’un site d’engraissement en 2025, son élevage est devenu autonome en places d’engraissement. Sa priorité est davantage d’améliorer son autonomie alimentaire et de sécuriser son plan d’épandage par la reprise de terres.
Des salariés impliqués dans la reconstruction de la maternité
En 2022, un incendie détruit entièrement la maternité et la verraterie de l’élevage de Jean-Marc Langlais, rénovées l’année précédente. « Une fois le choc passé, ma plus grande crainte a été de perdre des salariés, du fait de l’arrêt temporaire de l’activité de l’élevage. Nous nous sommes mis “en mode projet” dès le lendemain pour reconstruire le plus vite possible et limiter la période de non-production. » Celle-ci n’a été au final « que » de quatorze mois, phase durant laquelle les emplois des salariés ont pu être conservés. Tous ont été mis à contribution pour participer aux travaux (déblayage, nettoyage des fosses, maçonnerie, installation du matériel…). « Cela a été une période de travail dure et intense mais cela a renforcé les liens entre nous. Tout le monde est encore là », se réjouit-il, fier de son équipe. Les salariés ont aussi été consultés dans le choix des équipements et des aménagements. Par exemple, à leur demande, le robot de lavage n’a pas été renouvelé mais l’éleveur a investi dans plusieurs nettoyeurs à haute pression afin de réaliser le nettoyage à plusieurs. L’éleveur a profité de la reconstruction à neuf pour améliorer le confort de travail (couloir lumineux, fenêtre dans les salles d’élevages…) et optimiser les espaces pour les salariés (salle de pause, sas d’entrée et de douches, bureau…).
FICHE ÉLEVAGE
SARL Jean-Marc Langlais
600 truies naisseur-engraisseur
6 UTH dont 5 salariés
4 sites d’élevages : un site de naissage, deux sites de post-sevrage/engraissement à 400 m et 3,5 km, un site d’engraissement à 1,8 km
3 000 places de post-sevrage et 6 100 places d’engraissement (autonomie totale)
Conduite en 5 bandes de 107 truies
Autorenouvellement du cheptel truies (Topigs)
Conduite en mâle entier
190 hectares de cultures
FAF simplifiée pour l’alimentation des porcs charcutiers