À Crécom, trois solutions pour mieux alimenter les truies en lactation
Une analyse des données d’alimentation des truies réalisée par la chambre d'agriculture de Bretagne dans sa nouvelle maternité liberté de Crécom révèle des leviers d’optimisation de l’alimentation des truies pour améliorer leur production laitière.
Une analyse des données d’alimentation des truies réalisée par la chambre d'agriculture de Bretagne dans sa nouvelle maternité liberté de Crécom révèle des leviers d’optimisation de l’alimentation des truies pour améliorer leur production laitière.
À la station expérimentale la chambre d'agriculture de Bretagne, des distributeurs d’aliment individuels ont été installés en parallèle de la mise en place de maternités liberté. L’analyse des données issues de ces automates ouvre de nouvelles perspectives pour ajuster finement les apports aux besoins réels des truies allaitantes.
Des valeurs nutritionnelles liées aux capacités d’ingestion
Les données recueillies au sein de l’élevage mettent en évidence des écarts marqués de consommation alimentaire entre les truies selon leur rang de portée. Après la mise bas, les truies multipares ingèrent en moyenne 6,7 kg d’aliment par jour, avec une augmentation progressive de 500 grammes par jour au cours de la première semaine, jusqu’à un plafond de 8 kg. Chez les primipares, la consommation demeure plus limitée, atteignant en moyenne 5,6 kg par jour, avec une progression plus modérée de 400 grammes quotidiennement et un plafond fixé à 6,5 kg. L’analyse révèle que certaines truies présentent des capacités d’ingestion insuffisantes pour couvrir les besoins élevés liés à la production de lait, notamment dans le cas de portées nombreuses et lourdes. Cette situation accroît le risque de mobilisation excessive des réserves corporelles durant la lactation. Un constat chiffré illustre l’enjeu : sur cet élevage, chaque kilo d’aliment supplémentaire consommé quotidiennement en lactation se traduit par un gain moyen de 6 kg de poids de portée au sevrage. Face à ces résultats, la formulation des aliments de lactation a été revue afin d’augmenter leur densité nutritionnelle. Les aliments de lactation affichent désormais une concentration renforcée en énergie nette, à hauteur de 9,9 MJ, ainsi qu’en lysine digestible, avec 8,9 g par kilogramme, permettant de mieux couvrir les besoins des truies malgré des niveaux d’ingestion parfois limités.
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Arbitrer entre ingestion et comportement
Un test conduit en maternité montre que la multiplication des repas améliore l’atteinte des objectifs de consommation, sans effet sur les pertes par écrasement. Avec cinq repas par jour, les truies atteignent 97 % de la consommation cible, contre 93 % avec une distribution limitée à trois repas quotidiens. En revanche, aucun écart significatif n’a été observé sur les pertes de porcelets par écrasement, quel que soit le nombre de repas. Ces tests ont été mis en place à la suite de l’analyse fine des consommations qui mettait en évidence un décrochage par rapport aux objectifs de consommation après huit jours de lactation, en particulier chez les primipares. Pour y répondre, l’hypothèse d’une augmentation de la fréquence de distribution avait été retenue afin de stimuler l’ingestion globale. Parallèlement, dans le cadre du déploiement des maternités liberté — un système nécessitant des ajustements de conduite — une stratégie inverse a également été testée, visant à limiter les déplacements des truies en réduisant le nombre de repas.
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S’adapter au comportement alimentaire journalier
Les distributeurs automatiques offrent un éclairage précis sur le comportement alimentaire des truies au fil de la journée. Les données montrent une forte concentration des consommations dès le premier repas, particulièrement lorsque la ration est fractionnée en trois distributions quotidiennes. Dans ce cas, 47 % de l’aliment est ingéré lors du premier repas, contre 32 % au second, le restant étant consommé lors du dernier repas. Lorsque l’alimentation est répartie en cinq repas, la prise alimentaire se révèle plus homogène. Environ un tiers de la ration est consommé dès le premier repas, tandis que les quatre suivants représentent chacun une part comparable, comprise entre 15 et 19 % de l’ingéré total.
Constance Drique, constance.drique@bretagne.chambagri.fr
À retenir
Les mesures mises en place à Crécom :
- Renforcer le premier repas de la journée
- Revaloriser les objectifs d’ingestion dès la première semaine de lactation
- Ajuster progressivement le nombre de repas en fonction du stade de lactation.
L’alimentation de précision rentable à terme
Les gains techniques permis par les nourrisseurs individuels installés dans la nouvelle maternité de Crécom pourraient être amortis entre trois et sept ans.
La station expérimentale de Crécom s’est équipée d’automates de distribution d’aliments individuels lors de l’aménagement de la maternité en cases liberté. Le modèle choisi, Gestal de chez Jyga Technologies et commercialisé par RV Biotech, peut permettre de distribuer deux aliments en même temps avec possibilité de déterminer les horaires, le nombre et la taille des repas quotidiens pour chaque truie. Sur le plan économique, l’investissement reste conséquent, de l’ordre de 1 200 à 1 600 € par place. Dans un élevage de 200 truies productives conduit en sept bandes, l’équipement de deux maternités de 30 places représente environ 90 000 €.
1 200 à 1 600 euros la place
Les simulations économiques montrent toutefois un retour sur investissement envisageable à moyen terme. En retenant l’hypothèse d’un gain d’un porcelet sevré supplémentaire par truie productive et par an, lié à une meilleure adéquation de l’alimentation des truies allaitantes, l’investissement serait amorti en 5,2 ans pour un élevage de 200 truies productives conduites en sept bandes, pour un prix de porc de base moyen de 1 689 €/kg (moyenne 2024-2025 au marché du porc français). Ce calcul intègre le surcoût alimentaire nécessaire à l’engraissement des porcelets et porcs charcutiers supplémentaires, en se limitant au coût matière des aliments de deuxième âge, croissance et finition sur la période 2024-2025 (notes de conjoncture aliments, Ifip). En revanche, il ne prend pas en compte d’éventuels besoins supplémentaires en capacités de logement. Selon différentes situations d’élevages et scénarios de prix du porc (entre 1,4 et 1,9 €/kg), la durée d’amortissement varie entre de 2,9 à 6,9 ans.
C.D.
Repères
Relever le défi des grandes portées
Le projet Laiton porté par la chambre d’agriculture de Bretagne s’inscrit dans une démarche de co-innovation avec les éleveurs. Son objectif est d’identifier, d’évaluer et de déployer des solutions opérationnelles pour améliorer la conduite des grandes portées, en tenant compte de la diversité des systèmes et des pratiques. Les éleveurs souhaitant s’impliquer dans cette réflexion collective et tester de nouvelles approches sont invités à prendre contact avec l’équipe du projet.
"Vers une maternité plus réactive et performante"
Constance Drique, chambre d’agriculture de Bretagne
de Bretagne
Dans un contexte de truies toujours plus prolifiques et exigeantes sur le plan nutritionnel, l’ajustement fin des apports devient un levier central pour sécuriser les performances tout en maîtrisant les coûts et le bien-être animal. Les distributeurs automatiques dépassent aujourd’hui leur simple rôle de distribution : ils fournissent des données clés permettant une conduite plus réactive et individualisée, et permettront d’aller progressivement vers de l’alimentation de précision. En s’appuyant sur des informations zootechniques issues de l’observation des éleveurs ou de capteurs, l’alimentation de précision ouvre la voie à une meilleure adéquation des apports par rapport aux besoins, en prenant en compte la variabilité intra-élevage des besoins des truies.