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Pour faire face aux parasites intestinaux des ovins, une approche intégrée en quatre points

Les raisons de vouloir limiter l’utilisation d’antiparasitaires dans son élevage sont nombreuses : résistances, voire multirésistances, écotoxicité, coût… Quelques conseils pour y parvenir.

1. Tarir les sources de contamination

Le principal levier pour restreindre la contamination est la gestion du pâturage. Il est impératif d’éviter le surpâturage, car il offre une plus grande opportunité aux parasites d’être ingérés (les larves infestantes se concentrent dans les cinq premiers centimètres de hauteur d’herbe). Les parcelles « parking » à proximité de la maison sont des bouillons de culture à éviter absolument. Ainsi, il est recommandé de privilégier des pratiques telles que des périodes de séjour courtes, des temps de repos prolongés des parcelles, une limitation du chargement, et une alternance entre le pâturage et la fauche pour une même parcelle… Dans la mesure du possible, il est préférable de réserver les parcelles saines pour les animaux peu immunisés, telles que les agnelles et les brebis n’ayant jamais pâturé, ou les brebis peu infestées, à la suite d’un traitement par exemple. Par ailleurs, les brebis présentent une baisse d’immunité pendant quarante jours autour de la mise bas. Elles sont alors plus sensibles aux infestations les amenant à excréter un nombre d’œufs plus important qui contaminent les prairies. Pendant cette période, il est donc conseillé de les garder en bâtiment.

2. Résistance et résilience des hôtes

Il y a très probablement des différences de résistance au parasitisme gastro-intestinal entre races. Pour l’instant, le choix d’une race plus rustique ou de croisements n’est guère envisagé. L’alimentation jouant un rôle majeur, des complémentations en vitamines et oligoéléments peuvent parfois donner un coup de pouce. Enfin, il y a, au sein d’une même race, une grande variabilité individuelle de sensibilité, mesurée par l’intensité d’excrétion d’œufs. Dans certaines races, cette diversité est mise à profit pour sélectionner génétiquement des animaux résistants aux strongles intestinaux.

3. Alternatives aux antiparasitaires

La

phytothérapie

et l’

aromathérapie

pourraient participer à la lutte contre les parasites. À l’heure actuelle, leur efficacité n’est pas démontrée et il n’existe pas de posologie fiable de ces traitements. Les espoirs qu’elles ont nourris n’ont pas toujours été couronnés de succès. Il en est de même pour les plantes à

tanin

. Les résultats du projet Paralut mené en particulier par le Ciirpo ne montrent pas de différence d’excrétion d’œufs chez les animaux des lots tanins et contrôle.

4. Combiner les solutions, être innovant

« Il faut utiliser plusieurs méthodes. L’ensemble des mesures constituent une boîte à outils qu’il faut savoir utiliser en fonction de la situation de chaque élevage », résume l’enseignant-chercheur Philippe Jacquiet. « Je pense qu’il faut être imaginatif et surtout ne rien s’interdire », ajoute-t-il. Certains pays comme la Nouvelle-Zélande et l’Australie autorisent des vaccins contre Haemonchus contortus. « On se demande si on ne pourrait pas envisager une autorisation temporaire d’utilisation dans les cas très compliqués de résistance. Peut-être va-t-on également devoir se résoudre à utiliser des mélanges de molécules pour sauver des troupeaux. » En parallèle il est primordial de poursuivre la sensibilisation des éleveurs, des techniciens et des vétérinaires afin de favoriser le déploiement des pratiques favorables à la lutte contre la résistance aux antiparasitaires.

Le saviez-vous

Assainissement d’une parcelle

Pour décontaminer complètement une parcelle, il faut un repos d’au moins dix-huit mois, voire deux ans, sans animaux. En dessous de cette durée, on a seulement une diminution de la pression parasitaire. Dans la pratique, un repos de plusieurs mois est suffisant pour considérer la parcelle en voie d’assainissement, le délai variant selon la saison, plus court en été, quand il fait chaud et sec, plus long lors d’hivers doux et pluvieux. Le pâturage de bovins après les ovins et la fauche permettent également d’assainir la parcelle.

Clémentine Rolland, du Centre départemental élevage ovin des Pyrénées-Atlantiques

« On s’appuie sur les expériences d’éleveurs pour imaginer de nouveaux systèmes »

 

 
Clémentine Rolland, du Centre départemental élevage ovin (CDEO) des Pyrénées-Atlantiques.
Clémentine Rolland, du Centre départemental élevage ovin (CDEO) des Pyrénées-Atlantiques. © A. Dazet

« Le CDEO [Centre départemental élevage ovin] a pour objectif principal la mise en œuvre des schémas de sélection des races locales des Pyrénées-Atlantiques : basco-béarnaise, manech tête rousse et manech tête noire. Ici les élevages ovins laitiers subissent une forte pression parasitaire, du fait du climat et des systèmes pâturants, et nous faisons face à de plus en plus de problèmes de perte d’efficacité de certains antiparasitaires comme l’éprinomectine. Le CDEO travaille donc sur la sélection génétique de la résistance au parasitisme gastro-intestinal et c’est d’ailleurs le dernier critère de sélection qui vient d’être ajouté dans l’index des races basco-béarnaise et manech tête rousse. Le CDEO est également porteur du GIEE Libere, que j’anime depuis 2021, pour une “lutte intégrée en brebis laitière dans les élevages confrontés à des nématodes résistants à l’éprinomectine”. Cela permet aux quinze éleveurs du groupe d’échanger sur leurs pratiques et ainsi de mettre en évidence les freins et leviers à la mise en place de nouvelles conduites, pour la mise en place de lutte intégrée contre le parasitisme. Le GIEE repose à la fois sur un suivi individuel, comprenant notamment la proposition d’un plan d’action adapté à chaque système, et sur des réunions collectives. L’accompagnement au dimensionnement des paddocks, visant à faciliter la mise en place de pâturage cellulaire, et les suivis coprologiques sont deux des points centraux du GIEE. »

Le pâturage cellulaire, l’allié des éleveurs

Le pâturage cellulaire est une pratique pastorale qui consiste à changer tous les jours les brebis de parc. L’éleveur peut par exemple tendre deux fils, un à l’avant et l’autre à l’arrière du troupeau, et les avancer quotidiennement offrant aux brebis de l’herbe fraîche. Les avantages du pâturage cellulaire sont nombreux. En plus d’optimiser la ressource en herbe, l’infestation parasitaire est fortement limitée car les temps de présence sont très courts tandis que les temps de retours sont allongés. Toutefois, ce mode de gestion implique souvent un temps de travail supplémentaire et un investissement financier modéré pour l’achat du matériel. Le dimensionnement de la taille des paddocks n’est pas toujours aisé dans la mesure où il faut prendre en compte de nombreux paramètres mais plusieurs organismes proposent des accompagnements sur le sujet. Il faut compter un temps de retour compris entre vingt et vingt-cinq jours au printemps, quarante jours à l’automne et en été si la prairie est humide, et soixante jours l’hiver et en cas d’été sec. La hauteur optimale d’herbe à l’entrée des brebis est de 15 cm et la hauteur minimale de sortie est de 5 cm. Ces repères sont modulables en fonction de chaque élevage et de la surface disponible.

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