Faire usage souple des antiparasitaires face aux résistances
La lutte contre le parasitisme se fait plus flexible et moins systématique pour éviter l’apparition de résistances. Il est conseillé d’adopter le traitement ciblé sélectif et de déplacer les brebis avant de les traiter.
La lutte contre le parasitisme se fait plus flexible et moins systématique pour éviter l’apparition de résistances. Il est conseillé d’adopter le traitement ciblé sélectif et de déplacer les brebis avant de les traiter.
Traiter systématiquement tous ses animaux avec le même produit ? Une excellente manière de favoriser le développement de parasites résistants au traitement. « On retrouve des résistances aux anthelminthiques chez toutes les espèces, et partout, y compris dans les pays en voie de développement. » indique Charlotte Simon, vétérinaire rurale, lors d’une journée technique dédiée au sujet, organisée par Zoetis en avril. Les vétérinaires ruraux qui y sont intervenus sont formels : la lutte contre les parasites doit se faire plus flexible, plus adaptée aux élevages… et moins systématique.
Préserver des parasites sensibles aux traitements
« Aujourd’hui, on ne recherche plus un niveau zéro d’œufs excrétés dans les crottes. Ce n’est pas atteignable, et ça n’a pas d’intérêt pour préserver l’immunité. » explique Antoine Fournier, vétérinaire rural en Haute-Vienne. La lutte contre le parasitisme a changé de logique. Au lieu d’essayer d’éliminer tous les parasites, on cherche désormais à préserver une partie des parasites sensibles aux traitements. Ces parasites préservés sont qualifiés de « population refuge ».
Cette population va « diluer » les quelques parasites résistants présents en pâture. Ainsi, la génération suivante de parasites ne sera pas uniquement composée de résistants, mais d’un mélange de résistants et de sensibles. Alors, comment conserver ces parasites sensibles tout en préservant la santé des animaux ? Deux techniques sont à combiner : le traitement ciblé sélectif, et le déplacement des brebis avant traitement.
Adopter le traitement ciblé sélectif
Le principe du traitement ciblé sélectif ? Ne pas administrer de traitement antiparasitaire à certaines brebis du lot : les plus résistantes (avec une faible excrétion des œufs) et les plus résilientes (excrétant, mais en bonne santé). Une méthode contre-intuitive, mais qui porte ses fruits. Ces animaux non traités continueront à excréter des parasites sensibles, ce qui limitera le développement d’une population de parasites résistants.
Cette méthode nécessite de sélectionner les animaux à ne pas traiter. Pour ce faire, la connaissance du troupeau par l’éleveur est primordiale : « C’est lui qui sait quels animaux sont les plus en forme du lot. » Gain moyen quotidien, score de diarrhée, anémie… sont autant de critères permettant de déterminer si un animal doit être traité ou non. Ces observations sont à combiner avec une analyse coprologique, pour estimer s’il est nécessaire de traiter ou non. « En revanche, il faut toujours traiter tous les jeunes et toutes les agnelles, qui sont immunitairement plus fragiles », précise Antoine Fournier.
S’adapter à l’élevage
Quant au nombre d’animaux à ne pas traiter, cette proportion est à déterminer par l’éleveur et le vétérinaire. « Ça peut être autour de 10 % du lot. On peut ensuite petit à petit augmenter le pourcentage de brebis non traitées. Mais ça dépend avant tout de l’éleveur », nuance Antoine Fournier, qui n’a pas noté d’effet négatif de cette méthode sur la productivité.
La souplesse est aussi de mise concernant les périodes de traitement. « Il n’y a pas de période obligatoire », modère le vétérinaire. « Tout dépend de la situation de l’élevage. » Six à huit semaines avant la mise bas, un mois après la mise à l’herbe… « mais ce ne sont pas des règles d’or ! » La coprologie reste un incontournable pour déterminer si un traitement doit être fait ou pas.
Déplacer les brebis avant de les traiter
Il a longtemps été recommandé de traiter les brebis sur la parcelle contaminée, puis de les déplacer vers une parcelle saine, pour éviter qu’elles ne se recontaminent. Mais cette pratique présente un gros inconvénient : les parasites résistants excrétés par les brebis fraîchement traitées contaminent alors une parcelle saine. Ils s’y développent, formant une population de parasites résistants sur une parcelle où ils ont champ libre.
Le vétérinaire Antoine Fournier recommande plutôt de commencer par déplacer les brebis sur une nouvelle parcelle, où elles génèrent une population refuge. Elles sont traitées dans un second temps. « Une fois traitées, les brebis sont maintenues sur la parcelle, où excrètent des résistants. Ceux-ci sont dilués dans la population de parasites sensibles déjà présente sur la parcelle. »
La parcelle comptera alors des parasites sensibles et quelques parasites résistants. Si des agneaux sont ensuite introduits sur cette parcelle, ils pourront se construire une immunité. Ils hébergeront des parasites sensibles et quelques résistants… ce qui signifie que les traitements fonctionneront sur eux.
Surveiller le pâturage de près
Cette méthode est à associer à de bonnes pratiques au pâturage. Il est recommandé d’éviter de pâturer en dessous de cinq centimètres de hauteur d’herbe, ou encore de pratiquer le pâturage tournant ou cellulaire. En cas de pâturage au fil, bien installer un fil arrière, pour éviter que les brebis ne soient recontaminées par des larves ayant eu le temps de se développer. Enfin, le vétérinaire venu de Haute-Vienne conseille : « Il faut toujours investiguer en cas d’échec d’un traitement, par des coprologies suite aux traitements et des autopsies. »
Évaluer les résistances présentes dans un élevage
En cas de suspicion de résistance à un traitement, un test de l’efficacité des traitements, appelé test de réduction de l’excrétion fécale post-traitement (FECRT), peut être réalisé. Pour ce faire, une première coprologie est réalisée, au même moment qu’une partie des brebis est traitée avec le produit qu’on souhaite tester. Quatorze jours plus tard, on effectue une deuxième coprologie. Si le taux réduction d’excrétion fécale est en dessous de 95 %, on peut suspecter une baisse d’efficacité du traitement voire une résistance.
Astuce de vétérinaire
À chaque famille, sa couleur
Pour éviter l’apparition de résistances, il est recommandé d’alterner des antiparasitaires dont les molécules appartiennent à des familles différentes. Ces familles sont au nombre de cinq : les lactones macrocyliques, les benzimidazoles, les imidazothiazoles, les salicylanilides et les dérivés d’amino-acétonitrile.
Il ne suffit pas de changer de produit : deux produits différents peuvent contenir la même molécule. Les Britanniques repèrent ces familles par cinq couleurs différentes. En pratique dans les élevages, il peut être utile de mettre en place ce code couleur, en collant des gommettes de couleur sur les produits. Il est alors facile de repérer les antiparasitaires de familles différentes et de les alterner.