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Simplification et légumineuses pour se garder du temps

James Costello mise sur les légumineuses pour nourrir ses 2 600 brebis. Il sait aussi se simplifier la conduite pour préserver son temps libre. Impression de voyage avec Françoise Forestier.

Partir à l’autre bout du monde pendant l’agnelage. Aucun éleveur français ne s’y aventurerait. Pourtant, c’est ce que fait James Costello chaque année au mois d’août. Il ouvre toutes ses barrières et le troupeau de 2 150 brebis et 450 agnelles gestantes peut s’étaler sur les 300 hectares de propriété d’un seul tenant. L’éleveur, lui, part voyager en Europe ou ailleurs pour faire du vélo. « Ils n’ont aucun prédateur naturel, ça aide pour laisser le troupeau se débrouiller seul » commente Françoise Forestier qui l’a visité en 2014 et qui élève 150 brebis et 70 vaches allaitantes sur 110 ha en Haute-Vienne.

Comme souvent en Nouvelle-Zélande, toute la production repose sur l’herbe pâturée. Les 300 ha sont découpés en 75 parcelles de quatre hectares en moyenne, cerclés par une solide clôture avec six gros fils lisses galvanisés dont trois électrifiés. Toutes les parcelles sont alimentées en eau par un important réseau d’adduction d’eau à partir de réservoirs implantés sur les hauteurs.

Désherbage anti-graminées des prairies

Sur cette exploitation de plaine très séchante, il ne pleut que 700 mm par an avec quatre mois de sécheresse et des vents fréquents qui accélèrent le dessèchement. James Costello mise donc sur les légumineuses qui vont chercher l’eau en profondeur avec leurs racines pivotantes. Pour laisser la place au mélange luzerne-plantain ou trèfle violet-plantain, l’éleveur n’hésite pas à désherber avec un anti-graminée pour éliminer le ray-grass ou le dactyle considérés comme des indésirables. Il irrigue aussi les meilleures terres. « Mais c’est un problème car, avec des voisins éleveurs laitiers qui irriguent aussi beaucoup, le prix de l’eau a flambé ces dernières années » témoigne Françoise. James réfléchit d’ailleurs à arrêter l’irrigation autant pour économiser de l’argent que du temps de travail.

Parc de tri avec bascule pour mettre les animaux en lot

Si la ferme de James Costello est peu équipée – pas de tracteur, pas de bergerie -, l’éleveur a investi dans parc de tri avec une bascule et un trieur trois voies piloté par un lecteur de boucle électronique. « C’est un système séduisant qui permet de peser et alloter facilement les animaux en fonction de leur poids » apprécie Françoise Forestier. Par exemple, un mois avant la lutte, toutes les brebis sont pesées et, en fonction de leur poids et de leur note d’état corporel, les femelles sont réparties en quatre lots qui seront placés sur des pâtures plus ou moins riches. L’objectif est d’arriver à la lutte avec des animaux ayant une note d’état corporelle de 2,5 à 3. Les béliers sont introduits dans le lot unique de brebis le 20 mars (l’équivalent du 20 septembre dans l’hémisphère Nord) puis les agnelles de huit mois rejoignent ce lot un mois après. Brebis et agnelles sont conduites ensemble pendant la gestation. Toutes les femelles sont échographiés et toutes les vides sont vendues, même les agnelles. « C’est un bon système car cela coûte de nourrir des brebis vides » valide Françoise qui a adopté ce système chez elle, autant pour ses brebis que pour ses vaches allaitantes.

Année séchante, agneaux légers ; année humide, agneaux lourds

Après l’agnelage qui se passe donc en totale autonomie, les animaux sont répartis en quatre lots pendant les 90 jours de lactation. A cette période où l’herbe pousse, chaque lot reste une journée sur une parcelle avec une rotation rapide de 21 jours. James Costello sèvre rapidement ses agneaux, à 90 jours en moyenne, pour qu’il puisse les mettre rapidement sur ses luzernes. A cette occasion, brebis et agneaux sont à nouveau pesés. Pour éviter la météorisation, l’éleveur vaccine systématiquement ses agneaux contre l’enterotoxémie. Il veille aussi à assurer de bonnes transitions alimentaires et sursème de plantain si besoin ses parcelles de luzerne. Un traitement antiparasitaire est réalisé ou non selon les résultats des analyses coprologiques des lots.

Si l’objectif est de finir la totalité des agneaux avec un poids de carcasse de 23 kilos, c’est surtout la météo qui va déterminer la pousse de l’herbe et donc le poids des agneaux. Les agneaux lourds avec un fort potentiel de croissance sont mis sur les parcelles productives de luzerne pour une finition rapide et une sortie précoce du système. Au final, les agneaux produits ont un GMQ moyen avoisinant les 280 à 290 grammes par jour. Les agneaux sont vendus à sa coopérative Silver Fern Farm qui cherche, elle, plutôt des agneaux lourds à 23 kilos de carcasse. Les brebis vides sont réparties en trois lots en fonction de leur catégorie d’âge (agnelle, antenaise, brebis) et de leurs besoins. Celles à forts besoins seront placées en priorités sur les luzernes, celles à besoins moyens sur les trèfles et les autres auront pour mission de nettoyer les parcelles pour apporter de la lumière aux légumineuses et favoriser ainsi une bonne repousse.

Avis d’éleveuse

« Efficace et pragmatique »

« Ce qui m’a le plus impressionnée chez lui, c’est son efficacité et sa capacité à se remettre en cause. Il est carré mais il se limite aux choses indispensables. Avec son épouse, ils ont pour objectif de ne pas travailler plus de 15 heures par semaine. Pour cela, il se simplifie la tâche au maximum. Tous les travaux liés aux cultures sont confiés à un entrepreneur. Il ne participe pas au docking, le grand rassemblement où les agneaux sont castrés, identifiés, la queue coupée… Il n’intervient pas non plus lors de l’agnelage. Le gros du travail consiste à suivre la pousse de l’herbe et déplacer les lots avec son quad et ses deux chiens. Sa cage de pesée automatisée l’aide aussi beaucoup pour créer les lots. Malgré ce travail allégé, il annonce un chiffre d’affaire annuel de 245 000 euros et un EBE de 160 000 euros. »

Françoise Forestier, éleveuse de 150 brebis et 70 vaches allaitantes en Haute-Vienne

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