Découverte
Pastoralisme en Anjou : le renouveau d’une ancienne pratique
En Maine-et-Loire, plusieurs éleveurs se sont installés ces dernières années en système pastoral. Pâturage des vignes et couverts végétaux en hiver, des chaumes et espaces naturels le reste de l’année : leur système est très économe, mais efficient.
En Maine-et-Loire, plusieurs éleveurs se sont installés ces dernières années en système pastoral. Pâturage des vignes et couverts végétaux en hiver, des chaumes et espaces naturels le reste de l’année : leur système est très économe, mais efficient.
Des bergers itinérants en Anjou, il y en a eu un, puis deux, puis six, et peut-être bientôt d’autres… Le tout en l’espace de quelques années. « Nous renouons avec une pratique qui était courante autrefois : tout le monde avait des bêtes », raconte Bérenger Arnoult, l’un des pionniers de ce renouveau en Maine-et-Loire. Il entame sa septième année d’itinérance dans la vallée du Layon, un territoire bien connu pour ses vins blancs liquoreux.
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Quelques kilomètres plus au nord, du côté de Champtocé-sur-Loire, dans un secteur toujours majoritairement viticole, Morgan Lescoët a elle aussi trouvé sa place d’éleveuse itinérante. « L’écopastoralisme, c’est un modèle qui attire », témoigne la jeune femme. Après une première carrière comme enseignante et traductrice, elle s’est installée il y a trois ans en système pastoral.
Morgan Lescoët élève des Landes de Bretagne, race en conservation, choisie pour sa rusticité et son adaptation au territoire. ©C. Perrot
Un retour du pastoralisme de plaine
Au moins quatre autres bergers sont en activité aujourd’hui sur le département du Maine-et-Loire, chacun travaillant sur plusieurs communes, où ils déplacent leurs animaux le plus souvent à pied. « Cette pratique connaît, en effet, un renouveau en Anjou. C’est aussi le cas dans d’autres régions comme le Centre-Val de Loire ou l’Île-de-France », décrit Clémence Robson, animatrice au Civam agriculture durable 49.
Depuis 2022, à la demande de ces éleveurs itinérants qui avaient été accompagnés par la Ciap 49 (Coopérative d’installation en agriculture paysanne) et qui souhaitaient continuer à progresser ensemble, elle conduit un groupe pastoralisme. Il compte six membres actifs, auxquels s’ajoutent parfois de nouveaux porteurs de projets.
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Les éleveurs du groupe ont une forte adaptation à leur territoire et donc des parcours pastoraux différents. Ils ont cependant tous en commun de travailler en complémentarité avec des productions végétales en hiver, notamment des vignes. « On y rentre à la chute des premières feuilles et on y passe environ cinq mois. Je divise mon troupeau de 260 moutons en quatre lots et je dimensionne les parcs pour qu’ils aient de quoi manger pendant trois à cinq jours. Au total, mon troupeau pâture cinquante hectares de vignes durant l’hiver », décrit Morgan.
Un défraiement pour le pâturage hivernal des vignes
Pour les vignerons, tous en bio, le passage des moutons peut permettre l’économie d’un passage d’outil de désherbage : « Les vignerons sont intéressés aussi par ramener de la vie dans leurs parcelles et leurs sols. Nous enregistrons plus de demandes que ce que nos éleveurs peuvent pâturer », remarque Clémence Robson. Comme ce pâturage des vignes représente du travail, avec de nombreux déplacements de filets et une surveillance quotidienne, les éleveurs se sont mis d’accord sur un défraiement de 150 euros par hectare pâturé.
En système pastoral, les animaux mangent des végétaux très diversifiés. les lots comprennent toujours des animaux plus âgés, chargés de l'éducation alimentaire des plus jeunes. ©Catherine Perrot
Pour le reste de l’année, les régimes des troupeaux sont tous différents : couverts, repousses de chaumes, espaces naturels, et même, bientôt, pour Morgan, raccourcissement de pâtures avant passage de chevaux. « Cela va contribuer à sécuriser mon système, qui était un peu fragile l’été. Et le grand avantage, c’est que j’aurai de l’eau à disposition dans ces parcelles. »
Sécurité fourragère grâce à la diversification des espaces
Bérenger, quant à lui, pâture beaucoup d’espaces naturels en été. Il a un contrat de prestation avec la Ligue pour la protection des oiseaux pour l’entretien de la réserve naturelle du Pont-Barré. Il accède aussi à des parcelles en bord de Layon, sur lesquelles il peut faire du foin : « Je n’en ai fait qu’une année depuis 2019. »
À la fin de l’hiver, les moutons de Bérenger Arnoult pâturent dans la réserve naturelle du Pont-Barré, en contrat de prestation avec la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), gestionnaire du site. ©Agneaux des coteaux
« La diversification des espaces est indispensable pour boucler le cycle pastoral », souligne Clémence Robson. « La sécurité fourragère par l’accès au foncier est un des thèmes de travail de notre groupe. Localement, le bouche à oreille fonctionne et les éleveurs peuvent trouver des parcelles. Par ailleurs, tous ont quelques dizaines d’hectares de sécurité. » Si tous les éleveurs sont en bio, les races qu’ils élèvent sont différentes avec une prédominance de races rustiques ou menacées : Landes de Bretagne chez Morgan, roux ardennais et roussin de la Hague chez Bérenger. Ce dernier a aussi introduit des suffolks et Charmoises. On trouve du vendéen ou de la solognote chez d'autres éleveurs.
Construire des références économiques pour installer
La commercialisation de la viande se fait principalement en direct. « Les vignerons sont de bons prescripteurs de nos animaux auprès de leurs clients », se réjouit Morgan. « La viande de nos animaux est généralement appréciée, car elle est peu grasse et n’a pas de goût fort », souligne Bérenger. La vente des bêtes constitue la finalité première de l’activité de ces éleveurs. « C’est ce qui distingue le pastoralisme, qui est une activité d’élevage, de l’écopâturage, qui est un service paysager », souligne Clémence Robson. Le prochain chantier du groupe Civam est d’ailleurs de créer des références locales économiques, zootechniques, et de quantité de travail, sur ce système pour faciliter de nouvelles installations.
Car oui, « il y a encore de la place pour des bergers en Maine-et-Loire », selon Bérenger. La déspécialisation des territoires, l’abandon de certaines parcelles difficiles (coteaux notamment), la décapitalisation bovine, laissent des interstices où le pastoralisme de plaine peut prendre place.
Des installations économes
Peu d’investissements, peu de charges
Les installations en écopastoralisme nécessitent peu de capitaux : les investissements initiaux sont l’achat des animaux, des filets mobiles ou clôtures électrifiés et d’une moutonnière, lorsque les déplacements ne peuvent se faire à pied.
Les besoins en bâtiments sont réduits et peuvent se résumer à un local utilisé comme infirmerie. Investissement non nécessaire, mais utile : un parc de tri mobile. Un quad est pratique pour transporter matériel et eau en été, mais certains éleveurs utilisent un âne. Pour la vente directe, une remorque frigorifique est intéressante, d’autant plus que des aides au financement existent localement. Enfin, le ou les chiens de berger sont indispensables.
Côté charges, les coûts alimentaires sont réduits, se limitant aux compléments alimentaires en sel et minéraux. Les dépenses vétérinaires pour le troupeau semblent aussi être faibles, du fait de la rusticité des races, mais aussi des délais de retour sur les parcelles. Tous les éleveurs sont cependant vigilants sur le risque de parasitisme, surtout en zones humides, et sur la prophylaxie brucellose.
Des menaces comme partout ailleurs
Comme dans les autres élevages ovins, les principales menaces sont les chiens errants (et même le loup qui peut être de passage), les sangliers qui défoncent les clôtures et les vols. Lorsque les animaux sont dans des pâtures proches des habitations, les éleveurs communiquent leurs coordonnées téléphoniques, de façon à pouvoir être prévenus rapidement en cas d’incidents.
Un berger de plaine : le beauceron
On l’oublie souvent, mais la Beauce, avant d’être une plaine céréalière, a été une grande région d’élevage, où se pratiquait le pastoralisme sur les vaines pâtures. Ce n’est donc pas un hasard si le beauceron est un excellent chien de berger de plaine : « une clôture vivante », estime Morgan.