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Parasitisme en ovin lait : agir avant l’impasse

Des solutions combinées peuvent être mises en place. C’est ce qu’a voulu anticiper la chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques lors de ses dernières assises.

L’alerte est donnée, « il y a deux ans, dans les Pyrénées-Atlantiques, on comptait cinq élevages résistant aux traitements, aujourd’hui on en a identifié 25 », déclare Claude Soulas, directeur du Centre départemental de l’élevage ovin d’Ordiarp (CDEO). Selon l’enquête de Paralut, menée par le CDEO et dont l’objectif était de connaître les pratiques des éleveurs et d’étudier la résistance génétique des animaux aux strongles, sur 536 éleveurs enquêtés 14 % ont vu des résistances ou des baisses d’efficacité et 75 % des éleveurs sont conscients que les antiparasitaires risquent de ne plus être efficaces à l’avenir

Plusieurs facteurs contribuent au parasitisme : les hivers moins froids, les étés moins secs, autrement dit le changement climatique, mais aussi le pâturage continu, hivernal, fréquemment pratiqué dans le département qui empêche de « casser » les cycles de reproduction des strongles. Quant à la résistance des parasites, elle peut être due à l’usage excessif et/ou non ciblé des antiparasitaires mais aussi à la difficulté de pouvoir alterner les familles de molécules présentes sur le marché, et notamment au fait que seule l’éprinomectine est utilisable en lactation sans délai d’attente.

Tous les intervenants de cette journée ont cherché à faire passer un seul message : il n’y a pas une solution, mais plusieurs mesures à mettre en œuvre, pour trouver une cohabitation équilibrée.

« L’immunité n’étant pas innée, mais construite, la résistance doit se construire », expliquaient Léa Bordes et Sophie Jouffroy de l’École nationale vétérinaire de Toulouse.

Parmi les pratiques conseillées qui ont fait leurs preuves, il est préconisé de réserver les pâtures neuves, ou de fauche, autrement dit les prairies les moins chargées en parasites pour les premières pâtures des agnelles, de mélanger des brebis âgées plus résistantes à des plus jeunes. Ne pas sortir les animaux, tant qu’il y a de la rosée. D’alterner au champ de bovins ou équins, moins sensibles, avec des ovins. C’est ce que fait Beñat Biscay, du Gaec Paradis à Barcus, qui a constaté une résistance de son troupeau à l’éprinomectine. Désormais, après un passage de brebis, 25 jours plus tard, il y envoie ses Blondes d’Aquitaine, et n’y remet les brebis que 50 jours après leur première venue.

Il a donc investi dans des clôtures, pour du pâturage cellulaire, par unité de 50/50 m, par jour. Une contrainte quotidienne qui vaut le coup, selon lui, pour préserver la santé de son cheptel et sa production laitière. En gros un retour tous les deux mois est préférable. Les larves nichant au sol, un pâturage à moins de sept centimètres de hauteur d’herbe est considéré comme risqué. Les dérobées peuvent permettre une alternative. Bref, « Il faut laisser reposer les prairies, surtout l’hiver, pour casser le cycle de multiplication, le surpâturage est dangereux », affirme Angélique Somera, technicienne au CDEO.

Les plantes riches en tanin ont la propriété d’être antiparasitaires. Toutefois, les études ne trouvent pas d’applications concluantes : ni les cures de plantes, ni l’affouragement en sainfoin, lotier, plantain, chicorée ne semblent faire la différence…

Par contre, en présence d’une parcelle infestée, la fauche voire carrément le renouvellement demeurent efficaces. Patricia Dagoret de l’EARL Burges, à Bardos, qui a participé à l’étude de Paralut, privilégie les dérobées en mars avril, afin de mettre les brebis en fin de printemps sur des parcelles propres, puis à l’automne sur des prairies fauchées. Par contre, à défaut d’estive, elle constate que sur sa ferme, le pâturage est inévitable en été.

Les évolutions techniques offrent aujourd’hui de meilleures armes pour combattre le parasitisme. Marie-Hélène Larramendy, chez qui avaient lieu ces assises, à Hasparren, raconte qu’en début de carrière elle traitait aux premiers symptômes, tous les animaux avec la même dose, sans trop se poser de questions. Sa nouvelle associée, Marion Chomel au sein du Gaec Larramendy, fait un usage plus ciblé des traitements. Elle procède à une coprologie des selles, directement prélevées dans le rectum, un mois après la sortie de bergerie. Les échantillons peuvent être conservés cinq jours au réfrigérateur, surtout pas au congélateur, avant d’être portés au laboratoire ou chez un vétérinaire. Puis, les résultats sont analysés avec le vétérinaire afin de cibler, quelles brebis traiter : les plus faibles, les multipares, en tout cas pas toutes les brebis ayant des symptômes, pour laisser survivre des parasites qui ne développeront pas de résistance à la chimie. Il est préconisé de faire des coprologies, avant la mise à la lutte, avant l’entrée en bâtiment et à l’introduction de nouveaux animaux.

En moyenne, elles traitent deux fois par an. Une coprologie coûte entre 20 et 30 euros, « c’est toujours moins cher que les produits », constate Marion Chomel.

Le CDEO sélectionne depuis 2019 des béliers basco-béarnais et manex tête rousse, ayant une aptitude à la résistance au parasitisme « contrairement à la tremblante, il n’y a pas des béliers résistants et des non résistants, mais il y a des animaux moins sensibles : en moyenne 1 bélier sur 20 », explique Francis Fidelle, généticien du CDEO. Ce critère sera certainement intégré à l’index synthétique ovin lait. Plusieurs gènes contribuent à cette rusticité. En 2021, le CDEO a pu proposer un lot de semence par jour et par race lors des inséminations, dont 40 éleveurs ont pu bénéficier.

Afin de suivre cette problématique, un GIEE « Libere », porté par le CDEO va travailler sur ces trois piliers : plus de coprologie, des traitements mieux ciblés et plus de génétique. Pendant trois ans, 15 éleveurs ayant des problèmes avérés de résistance à l’éprinomectine échangeront sur leurs pratiques et bénéficieront de plans d’actions individuels. Ce suivi rapproché permettra de valider des outils efficaces pour les prochains élevages qui risquent de faire face à une résistance des parasites.

Julien Clément, vétérinaire à Hasparren

Attention aux agnelles

"Les agnelles n’ont pas encore un système immunitaire suffisant pour lutter contre le parasitisme, il faut donc les préserver des milieux infestés, surtout après leur première mise bas, qui les a affaiblies. Après un été chaud et humide, comme cette année, elles ne devraient accéder qu’à des parcelles fauchées. Il met en garde contre la pratique répandue dans les Pyrénées, du pâturage hivernal. De même que les agnelles parquées loin de l’exploitation et l’estive sont des lieux à risque, où le pâturage tournant dynamique est difficile à mettre en place et la surveillance des parcelles moins régulière. Un mois après leur mise à l’herbe une coprologie est conseillée afin de les traiter uniquement si l’infestation est constatée."

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