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Dans la Nièvre
Les brebis pâturent avec les vaches

Au Gaec Nandrot, les brebis et les vaches sont mélangées au printemps pour gagner du temps et mieux gérer le parasitisme.

Emmanuel et Jean-François Nandrot sont installés en Gaec à Saint-Révérien dans la Nièvre sur une exploitation bovins-ovins. Les deux frères élèvent 175 brebis Texel et 250 vaches Charolaises sur 375 ha de surfaces fourragères Ils misent sur la complémentarité des deux ateliers et privilégient un maximum le pâturage. « Les brebis pâturent 350 jours par an », résume Christophe Rainon, conseiller à la chambre d’Agriculture de la Nièvre. « Sur l’année 2018, nous avons distribué seulement 27 kg de concentrés par couple brebis et agneaux », complète Jean-François. C’est ce système économe qu’est venu (re) découvrir éleveurs, techniciens et enseignants du bassin charolais dans le cadre du projet AmTrav’Ovin.

Une brebis et une vache et leurs suites pour un hectare

Pour gagner en temps et en simplicité de travail, le Gaec Nandrot pratique le pâturage mixte simultané et continu. « De mars à juillet, sur chaque parcelle d’environ 20 ha, nous constituons un lot mixte de 25 vaches et 25 brebis. Avec cette complémentarité, une brebis pour une vache, le potentiel fourrager est mieux valorisé et le risque d’infestation parasitaire réduit. » Le tri des animaux est assez facile, car les deux lots s’éloignent l’un de l’autre dans la parcelle et le quad facilite le déplacement des ovins. En général, les bovins, de la mise à l’herbe au mois d’août (traitement des bovins), puis au mois de novembre (sevrage des veaux), ne sont pas déplacés. Le déchargement des parcelles, nécessaire en été, se fait grâce à la vente des agneaux, des taurillons herbagers et des génisses maigres de 18 mois et à l’ouverture des parcelles de fauche en août.

La règle est simple : une brebis et ses agneaux + une vache et son veau par hectare d’herbe

Cette pratique correspond à un type d’exploitation historique du Nivernais. « Avec notre parcellaire groupé et de grandes parcelles, c’était une solution plus simple. Faire du pâturage tournant par exemple, aurait nécessité de recouper des parcelles, faire des clôtures ou déplacer des fils, donc du temps de main-d’œuvre, sans parler des points d’eau… ».

Une conduite séparée aux trois autres saisons

Au sevrage des agneaux, en début d’été, les brebis sont retirées des parcelles mixtes. Elles pâturent alors des prés spécifiques (100 à 110 brebis maximum sur 3,5 ha). D’août à novembre, trois lots de luttes sont constitués : un lot en pâturage spécifique essentiellement (notamment repousse de pré de fauche), un lot d’agnelles conduit seul et un lot en pâturage mixte. En hiver, les brebis pâturent seules sur 150 ha libérés par les bovins et sont complémentées avec du foin de luzerne à volonté. Avec un chargement de 1,2 brebis/ha, les éleveurs réalisent une réelle économie de foin et de concentré. Puis au moment de l’agnelage, les brebis entrent en bergerie et sortent tous les jours dans des parcelles autour des bâtiments afin de faciliter la surveillance. Elles ont aussi accès à du foin de luzerne à volonté et 450 g de triticale. Une phase de transition bergerie-herbe est mise en place pendant trois semaines, surtout pour les jeunes agneaux avant la mise à l’herbe complète.

Une ancienne étable entravée aménagée en bergerie

La construction d’une nouvelle stabulation pour les bovins a libéré une étable maintenant utilisée par les brebis pendant la période d’agnelage. Les éleveurs ont aménagé un couloir central et deux latéraux (en forme de H) pour la circulation des hommes et des animaux. « Avant tout pour répondre à un manque de place », affirme Jean-François Nandrot. En complément des cases d’agnelages fixes équipées d’abreuvoirs automatiques et des parcs collectifs ont été installés. Ainsi, le temps de travail d’astreinte pendant l’agnelage est réduit. « Grâce à cet investissement à moindre coût, nous avons gagné en confort de travail pendant trois mois de l’année, de fin janvier à fin avril ». Après curage de la bergerie, un couloir de tri complété d’une cage de pesée est installé afin d’apprécier le poids des agneaux tous les 15 jours en prévision des ventes.

Un salarié pour assurer l’astreinte

Les deux frères associés emploient un salarié à plein temps. Le salarié assure l’alimentation des animaux en bâtiment et les travaux extérieurs. « C’était une évidence ! Ainsi, nous pouvons nous concentrer à la surveillance des animaux, pendant les mises bas et aux prés », expliquent les éleveurs et cette répartition des tâches facilite la planification du travail. Sont délégués à des entreprises extérieures le curage de la bergerie et la tonte. Toutefois, en cas de maladie ou d’accident, la main-d’œuvre sur l’exploitation serait insuffisante. « Une des solutions serait peut-être d’embaucher une personne supplémentaire, l’exploitation pourrait le supporter. Mais il faut trouver le bon salarié, compétent ou le former, le fidéliser. On y viendra peut-être avec l’âge. »

Avis d’expert – Christophe Rainon, chambre d’agriculture de la Nièvre

 

"La mixité bovins - ovins a un réel intérêt économique ici"

"La mixité bovins - ovins a un réel intérêt économique quand elle est conduite comme au Gaec Nandrot. Le pâturage hivernal des brebis sur les surfaces libérées par les bovins contribue aux faibles charges d’alimentation en concentré (5,80 € par brebis et par an) et en fourrage (50 kg de MS par brebis et par an). Les agnelages en février - mars pour une lactation des brebis à l’herbe (50 % des agneaux sont vendus début juin). Le pâturage mixte, simultané et continu avec un chargement d’une vache et une à deux brebis par hectares sur de grandes parcelles pour une valorisation optimale de l’herbe et une finition des agneaux sans concentré. En 2018, grâce à une productivité numérique de 1,51 agneau par brebis associée à une bonne valorisation des agneaux (140 € par tête), la marge brute de 182 € par brebis est exceptionnelle."

Chiffres clés

425 ha de SAU (352 ha de prairies naturelles, 13 ha de luzerne, 10 ha de ray-grass - trèfle, 50 ha de céréales)
2 UMO et 1 salarié à plein temps
175 brebis Texel conduites en un agnelage par an + 5 béliers Mouton charollais
250 vêlages (production de taurillons herbagers)

Une visite intégrée dans le projet AmTrav’ovin

AmTrav’ovin (Améliorer les conditions de travail en élevage ovin lait et viande), projet collectif débuté en janvier 2018 pour une durée de trois ans et demi, vise à rendre le travail des éleveurs ovins plus vivable. Grâce aux apports de la sociologie et de l’ergonomie et une meilleure prise en compte du bien vivre au travail, il contribue à renforcer l’attractivité du métier d’éleveur ovin. Dans différents territoires, des groupes pluri-métiers, composés d’éleveurs, de conseillers et d’enseignants, sont constitués pour détecter des innovations, partager des expériences et promouvoir les résultats du projet. La prochaine rencontre est prévue le 16 janvier 2020 à l’Ensat de Toulouse pour le séminaire à mi-parcours.

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