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Le projet européen pro-ours ne passe pas auprès des éleveurs pyrénéens

Alors que l’Europe veut débloquer un budget de huit millions d’euros pour promouvoir l’ours des Pyrénées, les éleveurs se sentent humiliés.

La population d'ours dans le Pyrénées va encore augmenter avec la naissance des trois oursons de l'ourse Sorita.  © J. Ferlic
La population d'ours dans le Pyrénées va encore augmenter avec la naissance des trois oursons de l'ourse Sorita.
© J. Ferlic

 

 
Philippe Lacube, président de la chambre d'agriculture de l'Ariège, ne mâche pas ses mots quand à la présence de l'ours. Il compare l'action de l'Etat au colonialisme. © DR

 

Quand il a appris par hasard l’existence du projet de programme européen Life Ours-Pyr, Philippe Lacube, éleveur et président de la chambre d’agriculture de l’Ariège, est tombé de nues. Ce projet porté par la Dreal d’Occitanie vise à déployer d’importants moyens pour faire accepter l’ours dans les Pyrénées. « Cela nous heurte tant il est lourd de sens sur le fond, la méthode et les volumes d’argent qui y sont consacrés, ne décolère pas l’éleveur qui demande purement et simplement son abandon. Ce projet de huit millions d’euros cherche à nous faire expliquer, nous les populations locales, en quoi la multiplication du nombre d’ours par trois et la réintroduction d’animaux sont bonnes pour notre environnement. C’est d’un mépris et d’un irrespect. On croirait la colonisation du Maroc il y a 100 ans ! » « Qui peut se permettre de nous donner des leçons ? , s’interroge Francis Ader, éleveur de Haute-Garonne. Où est la concertation alors que ce projet n’a aucun ancrage territorial ? »

« Huit millions d’euros, c’est un budget pharaonique alors qu’on est toujours à chercher de l’argent pour le soutien à l’agriculture ou aux territoires », poursuit Clémence Biard, éleveuse et présidente des Jeunes agriculteurs de l’Ariège. Alors que les attaques ont triplé entre 2016 et 2020, les chambres d’agriculture des Pyrénées dénoncent l’hérésie d’un tel projet. « Lentement, à cause de la prédation, on commence à voir des changements de pratiques, des quartiers abandonnés, des transhumances plus courtes », observe Philippe Lacube. « En bas, on sait que les brebis sont en sécurité, explique Clémence Biard. Alors qu’en haut, c’est le stress de les retrouver après des attaques. »

Un problème de sécurité publique

Parmi les derniers exemples en date, l’attaque de Lançon dans les Hautes-Pyrénées a bouleversé les éleveurs. Dans la nuit du 22 au 23 avril, l’ours est rentré dans la bergerie et tué un jeune bélier pour le manger à l’extérieur. Une brebis blessée dans l’attaque a dû être euthanasiée. Pour Franck Watts, responsable du dossier Ours à la FNO : « Outre l’incapacité avérée du gouvernement à protéger nos troupeaux, cette attaque dans une bergerie, à quelques pas des habitations et dans un lieu très fréquenté par les usagers de la montagne démontre le problème de sécurité publique que posent aujourd’hui les ours dans les Pyrénées. La FNO demande que l’effarouchement renforcé, conduit par les agents habilités de l’État, soit généralisé à l’ensemble des zones de présence des ours afin de leur apprendre la crainte de l’homme et de ses activités. »

Un budget en hausse pour les moyens de protection

Début mai, à la suite de nombreuses attaques, au déclenchement du protocole « Ours à problèmes » et à la manifestation d’éleveurs à Arreau (Hautes-Pyrénées), le préfet de la région Occitanie a annoncé au groupe Pastoralisme et Ours, une allocation de 3,6 millions d’euros, soit une hausse de 25 %, pour financer les bergers d’appui, des formations, des chiens de protection et la protection des ruchers. 16 abris pastoraux devraient être créés et la brigade d’effarouchement de l’OFB sera portée à huit agents effaroucheurs.

Les Pyrénées-Atlantiques étudient l’impact des mesures de protection sur l’élevage

Une étude d’impact de la mise en œuvre des mesures de protection des troupeaux contre les prédateurs (loup et ours) vient de démarrer dans les Pyrénées-Atlantiques. Un collectif d’élus, d’éleveurs et de collectivités gestionnaires de territoires ont ainsi demandé à l’Inrae, le CNRS et l’Université de Pau et des Pays de l’Adour d’étudier les impacts du loup et de l’ours sur la viabilité et la vivabilité des élevages. L’étude de 18 mois va aussi imaginer l’évolution des paysages en cas d’abandon de certains pâturages ou de certaines pratiques d’élevage. Les chercheurs doivent enfin caractériser les impacts des mesures préconisées (clôtures renforcées, chiens de protection…) et les modifications de conduite d’élevages (lieux et dates de présence au pâturage) sur les autres usages du territoire (tourisme, randonnée, chasse…).

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