Aller au contenu principal
E-mailPrintFont SizeFacebookTwitter

Gaec de Terra Nostra, dans le Tarn
Le pâturage tournant pour une gestion rationnelle de l’herbe

La mise en place du pâturage tournant a permis de passer 30 % de brebis supplémentaires sur la même surface. L’herbe est mieux valorisée et les surplus fauchés plutôt que girobroyés.

« Ce printemps, sur les 18 hectares prévus pour le pâturage des brebis, nous avons écarté cinq hectares. Avant, avec la même surface, on faisait pâturer 260 brebis. Aujourd’hui, nous en passons 100 de plus et nous mettons des parcelles de côté pour faire du foin », explique Benoît Vergely, éleveur à Murat-sur-Vèbre (Tarn), avec un cheptel de 430 brebis laitières. Depuis, quatre ans, il a mis en place le pâturage tournant. « Avant, on avait de grandes parcelles. Des parties étaient mal valorisées. Aujourd’hui, tout n’est pas parfaitement valorisé, il y a encore de petites erreurs, mais l’utilisation de l’herbe est plus rationnelle », poursuit l’éleveur. Benoît Vergely est accompagné par le service élevage de la Confédération de Roquefort. Ce suivi est basé sur quatre visites à des moments clés de la pousse de l’herbe.

Bruno Liquière, conseiller, a créé un outil de pilotage du pâturage qui s’inspire des règles établies par André Voisin dans les années 1950 et des travaux de recherche de l’Inra de Toulouse (sommes de température, volume d’herbe d’avance). Il a intégré à ces outils un critère de capacité d’ingestion pour déterminer la capacité de prélèvement de l’herbe au pâturage par les brebis, selon leur poids, leur niveau de production et les taux. Le but d’un pâturage bien conduit étant de satisfaire cette capacité d’ingestion au maximum par de l’herbe fraîche plutôt que par du foin et des concentrés.

L’intérêt de cet outil de pilotage est de proposer une méthode pour, d’une part, découper et dimensionner le parcellaire, d’autre part, conduire le pâturage au jour le jour, afin d’offrir en permanence une herbe de qualité optimale - stade feuillu des graminées - et constante aux brebis. « Si on pâture au bon stade, ça se voit dans le tank », souligne Benoït Vergely. Cet objectif est atteint si l’herbe est pâturée à 15 cm de hauteur. En sortie de parcelle, il doit rester 5 cm pour éviter l’épuisement des réserves du couvert végétal.

Pour éviter de se faire dépasser par la pousse de printemps, la mise à l’herbe doit être précoce. En ovins lait, deux indicateurs permettent de prendre la décision : une somme de température de 150 degrés-jour à partir du 1er février ou 150 m3 d’herbe disponible (8 - 9 cm de hauteur) par UGB pâturant. La somme de températures est calculée en additionnant les moyennes quotidiennes, avec un maximum de 18 °C et un minimum de 0 °C, et le volume d’herbe disponible à partir de mesures de hauteur d’herbe. Ainsi, 10 cm d’herbe disponibles pour la pâture (15 cm en entrée de parcelle moins 5 cm en sortie) correspondent à 1 000 m3 par hectare. Le nombre d’UGB pâturant est calculé en soustrayant du total des UGB l’équivalent des UGB nourris par les fourrages secs et les concentrés.

« Entre 15 et 20 parcs pour des prélèvements de qualité »

Bruno Liquière rappelle une des règles édictée par André Voisin, base de l’organisation des parcs : « La découpe des surfaces destinées au pâturage doit être adaptée à un passage rapide des animaux sur les parcelles - idéalement une demi-journée jusqu’à trois jours au maximum - et le nombre de parcelles doit être suffisant afin de respecter les règles de repos du couvert végétal. Ce nombre doit pouvoir varier en fonction de l’activité végétale induisant ainsi le débrayage ou le ré-embrayage de parcelles ». Et de préciser pour les ovins lait : « Il faut entre 15 et 20 parcs pour une rotation adaptée à des prélèvements de qualité ».

Quand il y a trop d’herbe, écarter des parcelles

En début de saison, lorsque l’herbe pousse lentement, toutes les parcelles sont indispensables et la rotation se fait sur 15 à 24 jours avec un parc par jour, sachant que les brebis ne pâturent que l’après-midi (2 heures au début puis 3 à 4 heures). Quand l’herbe explose (de mi-avril à mi-juin), la rotation s’accélère : 7 à 10 jours avec de préférence deux parcs par jour pour relancer l’appétit. Les brebis pâturent 7 à 8 heures par jour et les apports en bergerie sont fortement réduits. Pour pouvoir mettre à disposition des brebis de l’herbe de qualité optimale, il ne faudrait avoir plus de 200 m3 de volume d’avance par UGB. Par sécurité, on peut aller jusqu’à 300 m3, voire 400 m3 en système allaitant. C’est à ce moment-là (fin avril), si le volume d’herbe d’avance est trop important, que des parcelles sont mises de côté pour être rapidement fauchées. Douze à quatorze parcs sont suffisants.

En été, lorsque l’activité végétale ralentit, les parcelles débrayées voire fauchées en premier cycle sont réintroduites. « Selon le potentiel agronomique des régions et les choix de gestion, il faut compter 6 à 9 ares par brebis au début de la saison de pâturage pour la réduire 3 à 4 ares à partir de fin avril et l’augmenter à 6 à 9 ares voire plus dès la mi-juin », précise le conseiller. Ce déroulé de l’utilisation de l’herbe parcelle par parcelle est consigné dans un calendrier de pâturage qui permet d’acquérir des repères pour améliorer la conduite du pâturage d’année en année.

Une organisation et une conduite méthodiques du pâturage

Le Gaec de Terra Nostra a trouvé le bon rythme

La surface exploitée a été découpée exclusivement en pâture (18,5 ha) en parcs dont la taille va de 0,6 ha pour les ray-grass à 0,8 ha voire 1 ha pour les praires de longue durée. Le choix des espèces est important : elles doivent être typées « pâture ». Un échelonnement des précocités facilite la gestion de l’herbe. « L’idéal est d’avoir 25 % de prairies précoces s’il n’y a pas de déprimage », explique Bruno Liquière. Le Gaec de Terra Nostra peut jouer aussi sur l’exposition des parcelles. Les mesures de surfaces sont faites à partir de Géoportail. Les parcs sont clôturés en début de campagne avec deux fils pour toute la saison. « Il a fallu quatre années pour trouver le bon découpage et le dimensionnement des parcelles. Mais, aujourd’hui, on commence à être bien », affirme Benoît Vergely.

Ce printemps, cinq hectares a ont été écartés pour faire du foin

Le Gaec de Terra Nostra, situé à 950 mètres d’altitude, met les brebis à l’herbe dès la mi-mars. La saison de pâture démarre par le déprimage de parcelles destinées à l’ensilage (jusqu’à fin avril). Elles s’ajoutent à la surface uniquement pâturée (18,5 ha). Le troupeau dispose ainsi de 37 ha (10 ares/brebis). Ce printemps, des parcelles ont été écartées à deux reprises, fin avril puis vers le 20 mai, lors de la troisième visite de suivi. À ce moment-là, il y avait encore 417 m3/UGB d’herbe d’avance. Décision a été prise de réduire les fourrages distribués (de 800 à 500 g/brebis) et de soustraire deux parcs pour retomber à 265 m3. Le troupeau (363 brebis) ne tournait plus qu’avec 15 parcs et 13,5 ha (3,7 ares/brebis) et le pâturage couvrait 70 % de la capacité d’ingestion des brebis. Au total, 5 hectares de pâture ont été mis de côté sur les 18 ha du noyau dur. Sans la mesure des hauteurs d’herbe, celle-ci aurait été gaspillée. Mieux vaut en faire du foin que de girobroyer des refus.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout {nom-site}.

Les plus lus

Si la plupart des randonneurs se montrent respectueux du travail des bergers, certains échanges peuvent être tendus lorsque les brebis se font dispersées ou que les chiens sont aux abois. © B. Morel
" Vis ma vie de berger "
Joseph Boussion, alias Carnet de Berger sur Facebook, s’est donné pour mission de faire connaître la vie en estive aux…
La bergerie, terminée en 2016, est fonctionnelle avec ses nourrisseurs et ses cornadis. © J.-M. Bidoire
Produire 500 agneaux avec 300 brebis Ile-de-France et Texel
Quatre ans après son installation, Pierre Largy produit 500 agneaux, dont 80 % sous label rouge, dans un nouveau bâtiment…
La prédation par le loup impacte fortement les résultats économiques de l'exploitation.
Le loup entraîne un surcoût de 4 600 à 12 100 euros par exploitation
La prédation par les loups entraîne des pertes de production et des frais de protection qui ne sont pas assez compensés par les…
Les dégâts de l'ours sont passés de 516 animaux domestiques tués ou blessés en 2018 à 1 173 en 2019. © M. Paunovic
Toujours plus d’ours, plus d’attaques, plus de victimes
52 ours ont tué au moins 1 173 animaux l’an dernier dans les Pyrénées.
Au 31 mars, le loup avait déjà tué plus de 1 200 animaux domestiques. © L. Bourgeois
Le loup, 27 années de cauchemars
Voilà près de 30 ans que le loup a fait son retour en France, protégé par la Convention de Berne et la directive Habitat de l’…
Le tableau des indicateurs de coûts de production publié par Interbev montre les prix minimales pour assurer un revenu par travailleur de 2, 2,5 ou 3 Smic.
Un prix de revient de 9,50 à 12 euros pour avoir trois Smic en élevage ovin
Le tableau des indicateurs de coûts de production publié par Interbev montre les prix minimaux pour assurer un revenu par…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 8,00€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir Pâtre
Consultez les revues Réussir Pâtre au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Réussir Pâtre