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Dossier Pastoralisme
Toulouse : Quand les brebis gagnent la ville

Dans le nord toulousain, les 300 tarasconnaises de Moïse Natale pratiquent l’écopâturage sur des parcelles communales trois mois par an. Un échange de bon procédé basé sur la confiance.

Moïse est un berger éleveur de 60 printemps adepte du « cinq, trois, quatre mois » : cinq mois sur l’exploitation, trois mois en éco-pâturage, et quatre en estive. « Le système de Moïse est d’une grande diversité, entre estive, bergerie et écopâturage. Trois conditions, et à chaque saison ses problématiques : le pâturage et la pression parasitaire, et à l’automne et en hiver, le suivi technique des agneaux », explique Nathan Assié, le technicien ovin d’Arterris du cheptel de Moïse, aussi suivi par un vétérinaire Socsa.

De juin à septembre, ses brebis sont en estive à Bourg-d’Oueil, une des plus petites stations de ski alpin des Pyrénées. Pendant ce temps, il occupe un poste de berger-salarié sur le plateau de Beille, situé en Ariège. « Cela me permet de dégager un revenu complémentaire. » L’éleveur a une règle : pas de naissance à la montagne, pour éviter les pertes et le travail en altitude. « L’avantage de la tarasconnaise, c’est qu’en plus d’être rustique et maternelle, elle est désaisonnée. » L’éleveur met en lutte au mois de mai pour avoir des agnelages au retour d’estive. D’octobre à février, les brebis de Moïse mettent bas en bergerie, sur l’exploitation située à Sepx, près de Saint-Gaudens. « Au final, je ne passe que cinq mois par an chez moi. »

Un troupeau au service des territoires

De mars à mai, le cheptel de Moïse se nourrit grâce à l’écopâturage organisé dans le nord de Toulouse. « Quand il est l’heure de quitter Saint-Gaudens pour Toulouse, c’est un vrai déménagement », assure l’éleveur, qui vit en caravane pendant ces trois mois. Le cheptel dispose de 70 hectares, avec des repasses sur certaines parcelles, réparties sur les communes de L’Union et Launaguet, sur la métropole de Toulouse, et Bouloc, sur la Communauté de communes du Frontonnais.

 

 
<em class="placeholder">Moïse Natale</em>
Moïse Natale l'assure : « L'écopâturage, c'est beaucoup de relationnel : il faut être volontaire, adaptable et pas trop anxieux. » © J. Bonnery

« Chaque année, avant de démarrer l’éco-pâturage, on se réunit avec les trois mairies et le département pour établir le programme des trois mois. J’ai des acquis au fil des années, mais des fois on perd des parcelles, et des fois on en gagne », explique Moïse. « Nous connaissons les propriétaires terriens qui ont des biens à pâturer. Nous les appelons chaque année pour voir si le terrain est toujours disponible. Nous avons un maillage territorial que nous connaissons bien », explique Aurélien Founau, conseiller agroenvironnement, spécialisé en filière ovine au conseil départemental de la Haute-Garonne.

 

 
<em class="placeholder">Moïse Natale devant son C15</em>
Moïse Natale est équipé d'un C15 aménagé, d'une remorque moutonnière, d'une bétaillère, d'un fourgon et d'une caravane. © J. Bonnery

« Toulouse est une ville colonisée par le béton et, avec cet exemple, nous parvenons à garder du pastoralisme, tout en gardant de la productivité », ajoute Nathan Assié, soulignant que cela passe aussi par « beaucoup de travail ». Sous l’œil aguerri de Moïse, les brebis vont pâturer environ un hectare par jour. « Pour bien travailler, il faut des bêtes calmes et en confiance. Pour cela, il faut être observateur de l’herbe pour qu’elles aient une ration suffisante, et être régulier. »

Une alliance entre éleveur et collectivités

Cet échange de bon procédé verbal et basé sur la confiance est le fruit d’une collaboration démarrée il y a une dizaine d’années. Lors de son installation en 2011 à Sepx, avec une centaine d’animaux, Moïse achète 15 hectares sans bâtiment. Des communes du nord toulousain, confrontées à la déprise agricole, recherchent alors un éleveur pour pâturer près de 500 hectares. « C’étaient des parcelles de propriétaires terriens qui souhaitaient faire des plus-values avec le plan local d'urbanisme », éclaire Moïse.

Grâce à cette organisation, ses brebis ne pâturent que des parcelles communales. « Il rend service aux propriétaires qui ont des obligations légales de débroussaillement », ajoute Aurélien Founau. « À Bouloc, le territoire est viticole, avec des terres plutôt pauvres et sèches. Nous remettons des brebis là où il y en avait avant », détaille Serge Terrancle, le maire de cette commune aux pratiques plutôt viticoles et céréalières. Les deux autres communes, Launaguet et L’Union, sont des villes périurbaines sans grande activité agricole.

« Nous, les communes, nous finançons seulement le transport des animaux et l’accompagnement en sécurité lors des transhumances », témoigne Serge Terrancle, assurant que la réussite de l’écopâturage communal repose « sur la volonté politique ». Les communes et le département organisent une fête pour la tonte des brebis, suivie d’une transhumance. « C’est un jour de fête que les habitants adorent. Nous en profitons pour faire déguster l’agneau Label Rouge et mettre en avant la filière laine », explique Aurélien Founau.

Deux mondes différents

Bientôt, les brebis de Moïse vont partir sur une parcelle de sept hectares de vignes arrachées. « Je vais y aller la veille, vérifier la qualité de l’herbe, l’accès à l’eau, et si c’est facilement clôturable. Si la météo prévoit de la pluie et du vent, il faut impérativement un abri », explique Moïse. Il fait aussi attention à ne pas aller sur des parcelles en bordure de routes fréquentées par des chiens.

« Pour pratiquer l’écopâturage, il faut faire preuve d’une logistique terrible et savoir s’alléger les tâches quotidiennes. Je ne ferai pas ça sans patou pour la protection des brebis. » Dans ces espaces à la frontière entre ville et campagne, le berger doit aussi composer avec l’humain. « C’est du terroir dans de l’urbanisation. Ce sont deux mondes différents. Il faut être pédagogue sans se laisser marcher dessus, et ne pas être trop sauvage, car c’est beaucoup de relationnel, souligne l’éleveur. Notre réalité, c’est de nourrir les gens. Il faut leur expliquer comment on vit et le monde par lequel ils sont nourris. On a un métier qu’on adore, même s’il est contraignant 365 jours par an. Notre but, c’est le confort des animaux et qu’ils aient une belle vie. »

 

 

Moïse, amoureux de ses bêtes et fier de l’aménagement de son C15, est à quatre ans de la retraite. « J’aimerais passer la main à quelqu’un parce que ça vaut vraiment le coup. »

Des agneaux sous signes de qualité

Les agneaux de Moïse sont valorisés par la coopérative Arterris sous Label rouge Sélection des bergers et IGP Agneau des Pyrénées. Les mâles partent à un poids vif de 40 à 42 kilos, et les femelles de 36 à 38 kilos, soit 21 kilos carcasse, à un maximum de 150 jours en label et 160 en IGP. Moïse amène les agneaux au centre d’allotement d’Arterris situé à Saint-Gaudens, qui dispose d’un accès direct à l’abattoir. « Cela permet aux animaux de rester quelques jours en transit pour sécuriser les approvisionnements », explique Nathan Assié. « Avec ses pratiques pastorales, Moïse parvient à sortir des agneaux d’une grande qualité », souligne Aurélien Founau.

Chiffres clé

300 brebis tarasconnaises

60 agnelles de renouvellement

9 béliers

5 chiens de travail

2 patous

1,30 de prolificité

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