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La qualité de la génétique ovine française sous-utilisée ?

La production ovine française possède une des meilleures génétiques au monde. Cette génétique constitue sûrement une opportunité de plus-value économique intéressante si la profession ovine s’ouvre encore davantage à l’international. Analyse d’un enseignant-chercheur.

On oublie souvent que notre génétique ovine de niveau mondial est un levier économique aussi discret qu’efficace pour la rentabilité de nos élevages ! Notre niveau s’explique par un développement de l’insémination animale unique au monde dans nos schémas de sélection. Environ 800 000 inséminations ovines sont réalisées chaque année depuis 20 ans. À plus de 40 %, le taux de pénétration de l’insémination en ovins lait est exceptionnel. Il est important en ovin viande avec 4 % des brebis inséminées.

Autre atout tricolore, la chaîne d’indexation centralisée et performante permet une qualité optimum des indexations et filiations. Grâce à ces outils performants, les schémas de sélection ont pu très rapidement développer les gènes de résistance à la tremblante (quasiment 100 % des béliers d’insémination sont résistants ARR/ARR depuis plusieurs années) ainsi que la génomique qui est déjà bien développée en ovins lait. Enfin, les moutonniers français ont gardé une bonne diversité de races. 24 races laitières, bouchères et rustiques sont utilisées en insémination, dont la moitié avec plus de 10 000 IA par an.

De bonnes idées à prendre chez les anglos-saxons

Pourquoi ces atouts, qui placent la génétique ovine française, sur bien des points, au rang de leader mondial, ne lui permettent pas d’être la mieux vendue ? En effet, nos prix de l’insémination artificielle sont faibles comparés aux principaux pays ovins anglo-saxons (voir tableau). De même, notre capacité à exporter notre génétique ovine peut sans doute être améliorée. Dans l’augmentation de l’exportation de génétique animale mondiale, il semble que des pays anglo-saxons comme les USA, le Canada ou les Pays-Bas se taillent la part du lion alors que la France stagne. Peut-être aurions-nous des leçons à tirer de la culture commerciale performante de ces pays ?

Nous avons sans doute longtemps sous-estimé en France l’importance de retranscrire systématiquement nos index génétiques en gain économique potentiel. Par exemple, depuis 2009, les Irlandais ont créé un index génétique ovin appelé « Eurostar » car il est systématiquement retranscrit en euros. De même, un sélectionneur anglais sera plus fier du prix d’achat vertigineux de son bélier champion que de ses index génétiques !

Des opportunités de développement à l’export

Par ailleurs, nos concurrents ovins anglo-saxons (Grande-Bretagne, Irlande, Nouvelle-Zélande…), bénéficiant de moins de financements publics pour leurs structures génétiques, se sont plus approprié leurs outils génétiques qu’en France. Les Anglais sous-traitent par exemple leur contrôle de performances à des entreprises privées. En Nouvelle-Zélande, c’est une entreprise privée (Sheep Improvement Limited) qui gère le testage sur descendance en sous-traitant elle-même les contrôles de performances. Quand on connaît la tendance à la baisse des financements publics français, la situation anglo-saxonne peut préfigurer la nôtre dans les années à venir…

En Europe, certaines races ovines françaises se sont bien exportées, comme la Charollaise en Grande-Bretagne et en Irlande ou la Lacaune lait en Espagne par exemple, mais il reste sûrement des parts de marché à prendre vu la qualité de notre génétique. Nos races bouchères dans les schémas à double étage britanniques, nos races lainières ou de type Ile-de-France en Europe centrale ou en Estrémadure où les souches mérinos sont développées, nos races « blanches » (Préalpes du Sud, Blanche du Massif central ou Lacaune viande) en Aragon, etc. En ovins lait, l’Irlande, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas semblent développer des élevages çà et là, et la crise du lait de vache pourrait favoriser cette émergence. De même, l’Europe centrale (Roumanie et Slovaquie notamment) a une tradition et un potentiel en brebis laitières intéressants.

Les kiwis meilleurs en rugby qu’en ovins laitiers

La tâche est évidemment plus difficile outre-mer avec des barrières sanitaires dissuasives. Cependant, la Nouvelle-Zélande vient de proposer à l’Union européenne un certificat sanitaire pour l’export de notre génétique ovine. Si les portes de la Nouvelle-Zélande s’ouvraient, la France aurait sans nul doute une belle carte à jouer dans ce pays en génétique viande comme en lait. En effet, ce pays est en train de développer une filière de lait de brebis, et quand les « kiwis » s’y mettent, ils voient les choses en grand ! Une des premières exploitations de brebis laitières en Nouvelle-Zélande dépasse déjà les 10 000 brebis et avec une génétique qui est encore loin du niveau de nos races laitières françaises… Si nous avons du mal à rivaliser avec la Nouvelle-Zélande en rugby, nous avons de beaux atouts en génétique ovine !

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