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La Montagne noire, une race aux qualités bouchères reconnues

Au Mas-d’Azil en Ariège, sur le massif du Plantaurel, Patrick Respaud est la cinquième génération à élever des vaches Gasconne des Pyrénées et des brebis Montagne noire. Race pyrénéenne à faible effectif, elle est utilisée en croisement pour améliorer les qualités bouchères.

<em class="placeholder">Une brebis Montagne Noire</em>
La race est très peu lainée. Sa laine est blanche à mèche courte, parfois tachetée de rouge cuivre. « Elle est épaisse et sale, les tondeurs prennent 20 cents de plus quand ils savent que c’est une Montagne noire », sourit Patrick qui tond plutôt en famille.
© J. Bonnery

Installé depuis 1999, Patrick Respaud, 47 ans, a repris l’exploitation de ses parents avec deux ateliers. « Il y a toujours eu des bovins et des ovins, de tout temps, et avec les mêmes races », relate-t-il. « J’ai toujours entendu dire que lorsque le marché bovin se casse la figure, le marché ovin augmente, et vice versa », sourit l’éleveur. Les races : la Montagne noire pour les brebis, et la Gasconne des Pyrénées pour les vaches. « C’est un choix fait par les ancêtres : des races locales, rustiques et adaptées au territoire avec des étés secs et des hivers froids puisque nous sommes tout près des Pyrénées. Elles valorisent différemment le territoire et le biotope. »

Une brebis rustique, adaptée aux étés secs

La Montagne noire est une race locale du sud de la France, originaire du massif de la Montagne noire entre les départements du Tarn et l’Aude, où elle est finalement très peu représentée, sa présence historique se situant plutôt en Ariège et Haute-Garonne. « Sa concentration est très hétérogène sur toute la chaîne des Pyrénées », souligne Damien Cazaux, technicien à l’Union pour la promotion des races animales ovines des Pyrénées centrales (l’Upra PC). Elle est apparentée aux anciennes races Lauraguaise et autres rameaux sans corne qui ont contribué à la création de la lacaune.

 

 
<em class="placeholder">Deux brebis de race Montagne Noire</em>
La race Montagne noire est une race à faible effectif suivie par l'Union pour la promotion des races animales ovines des Pyrénées centrales (Upra PC). © J. Bonnery

De taille petite à moyenne, avec des pattes plutôt courtes et une toison peu développée, la Montagne noire présente une tête courte et triangulaire, un chanfrein peu marqué et des oreilles fines et horizontales. Sa queue est naturellement fine et relativement courte, et son cuir est fin et sans plis. Patrick salue une race résistante à la sécheresse, « même s’il fait sec, elle broute, elle valorise tout ce qu’elle trouve ». Mais il souligne une peau fragile : « Elles craignent le froid : lorsqu’il fait humide, leur peau reste humide, ce qui peut entraîner des problèmes respiratoires. Il est préférable qu’elles aient un abri quand il pleut et qu’il fait froid. »

 

 
<em class="placeholder">Patrick Respaud</em>
Patrick Respaud produit l’ensemble des aliments nécessaires à l’alimentation de son cheptel. L’exploitation, située sur un terroir argilocalcaire pentu à 360 mètres d’altitude, a conservé l’étable et la bergerie historiques, ainsi que le stockage du foin en grange avec distribution à l’ancienne. © J. Bonnery

Faibles effectifs et forte demande

La Montagne noire est reconnue par le ministère de l’Agriculture depuis 2006. Race à faible effectif avec 25 béliers en sélection, elle est rattachée à l’Upra PC. L’organisme suit aussi les races Tarasconnaise (170 béliers en sélection), Castillonnaise (30), Barégeoise (20), Aure et Campan (10) puis la Lourdaise (13). « La Montagne noire est utilisée par la voie femelle pour assurer le renouvellement de la race, puis elle est utilisée en croisement terminal pour améliorer les qualités bouchères », explique Damien.

« Sur toutes les races que compte l’Upra PC, c’est celle qui présente le plus de qualités bouchères. Comme les races transhument, il leur faut des aplombs et nous favorisons les brebis qui tiennent dans le temps» L’Upra PC estime le cheptel national à 2 500 mères, 3 500 têtes au total, et une trentaine d’éleveurs. « Nous avons beaucoup de demande et nous ne pouvons pas fournir tout le monde. Les éleveurs réservent les agnelles deux ans à l’avance », ajoute Damien. L’éleveur bénéficie d’une prime race menacée financée par la région Occitanie à hauteur de 200 euros par unité gros bétail (UGB).

Des agneaux petits mais costauds

Cette race est surtout reconnue pour ses qualités bouchères. « Les os sont très fins donc elles agnèlent très bien et sont très maternelles. Elles sont très musclées avec beaucoup de gigot. Les agneaux sont petits mais très costauds, ce qui est l’avantage en croisement parce qu’ils naissent avec la tête très petite. Les brebis souffrent moins et font du lait de suite et en quantité », précise Patrick.

 

 
<em class="placeholder">Un jeune berger tient un agneau Montagne noire.</em>
Les agneaux naissent facilement et ont un bon rendement carcasse. © J. Bonnery

L’éleveur souligne également des saillies très précoces, dès l’âge de cinq mois et une prolificité moyenne de 1,2. « La race a l’avantage d’avoir le gène culard recherché pour son hypermuscularité », indique Damien. « La finesse de ses os et de sa peau engendre moins de déchets pour les bouchers. Ainsi, elle a un bon rendement carcasse, de 62 % », ajoute Patrick. Les béliers de la race sont réputés pour leur ardeur sexuelle et leur vivacité en toute saison.

De par leur bonne conformation et finesse de squelette, ils sont aussi utilisés en croisement sur les races de montagne pour produire des agneaux de qualité. Patrick conserve deux béliers en permanence dans le troupeau pour des mises bas étalées sur l’année. Il assure ainsi des ventes d’agneaux entre 5 et 6 mois aux bouchers locaux toute l’année. Il produit de l’agneau entre 18 et 20 kilos carcasse vendu 11 euros le kilo.


La race fait partie du Coram

L’Upra PC et l’OS de la race bovine Gasconne des Pyrénées ont fusionné via le Collectif des races des massifs (Coram) il y a cinq ans, qui est présidé par Émeric Jouhet. « En général, sur des salons comme le SIA, les éleveurs montent avec leurs Gasconnes et amènent des brebis. La Montagne noire est donc représentée chaque année », explique Patrick, soucieux de conserver l’état d’esprit intergénérationnel et collectif dans le groupe.

CHIFFRES CLÉS

5e génération

200 mères ovines

2 béliers

90 bovins dont 25 mères

175 ha dont 15 de céréales autoconsommées, 60 ha de fauche, 50 ha de parcours et landes, 50 ha de bois

1 bergerie avec stockage de foin

1 étable entravée

1 bâtiment de stockage

Lacaune × Montagne noire : un croisement comme levier de performance

À une soixantaine de kilomètres de là, à la frontière entre l’Ariège et l’Aude, Sarah Maniago est installée depuis 2018 en polyculture-élevage sur la commune de Ribouisse. Elle croise ses lacaunes avec des Montagne noire pour améliorer la conformation de ses agneaux et modérer la mortalité.

Sarah Maniago est éleveuse de 250 brebis lacaunes pures, de 25 Montagne noire pures et de F1. Elle dispose de 180 hectares pour faire pâturer son troupeau et produire des céréales, dont une partie est de l’orge autoconsommée. Pour ses croisements, elle élève trois béliers Montagne noire et deux lacaunes, et achète des agnelles, notamment à Patrick Respaud. « J’ai voulu changer les béliers et prendre des rouges de l’Ouest et des Charollais pour produire des agneaux plus conformés, mais je n’ai pas réussi à les mener jusqu’à la fin : ils étaient trop fragiles et sont tous décédés de problèmes respiratoires », explique l’éleveuse.

 

 
<em class="placeholder">Légende</em>
Sarah Maniago apprécie la bonne conformation et la rusticité de la race Montagne noire. © J. Bonnery

Avec des luttes en juillet, elle constate qu’il lui reste toujours des Montagne noire. « Je me suis aperçue qu’ils ont plus d’ardeur et de robustesse que les autres lors des canicules. » Sarah croise donc les lacaunes et les Montagne noire pour plusieurs raisons : « On différencie vraiment les agneaux. Ils ont une bonne conformation, se développent aussi bien que les lacaunes, et c’est une viande appréciée par les bouchers car ils ont les os fins et un meilleur rendement carcasse. Mes agneaux sortent à l’abattage classés 50 % U et 50 % R +. »

Un croisement pour modérer la prolificité

Sarah a également choisi de croiser avec la Montagne noire pour réduire son taux de prolificité. « Lorsque je me suis installée, j’avais des Ovitest lacaune très prolifiques, j’étais montée à 220 %» En intégrant la Montagne noire, la prolificité moyenne est aujourd’hui de 1,7 sur l’ensemble du troupeau. « Qui dit plus de prolificités dit aussi plus de mortalité, et ça ne correspondait pas à ma philosophie, je voulais avoir un taux de mortalité le plus bas possible. »

Elle trouve également dans ce croisement un intérêt en matière de rusticité et de résilience face aux maladies pulmonaires. « Ici, les landes sont des coteaux secs et peu intéressants : il me fallait des animaux rustiques capables de les valoriser. » Sarah vend 80 % de sa production à la coopérative Arterris, en Label rouge Agneau Fermier des Pays d’Oc, et 20 % aux bouchers et boutiques de producteurs.

Rédaction Réussir

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