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Fumier de plaquettes de bois : quelles différences avec le fumier de paille ?

Utilisées en litière à la place de la paille, les plaquettes de bois n’ont pas d’effet spécifique sur les animaux. Le fumier de plaquettes peut être épandu comme un fumier de paille, mais a des caractéristiques un peu différentes.

Utiliser des plaquettes de bois à la place de la paille… certains le font déjà. « Les éleveurs s’intéressent aux plaquettes de bois par volonté d’entretenir le paysage ou par manque de paille », explique Thierry Roche, de la chambre d’agriculture du Puy-de-Dôme. Valoriser le bois de taille des haies de son exploitation et de sa commune, ou encore entretenir un bocage… les plaquettes de bois participent à la complémentarité entre agriculture et territoire. Mais au-delà de cette volonté de valorisation, quels bénéfices peut-on tirer de ces plaquettes par rapport à la paille ?

Aucune différence pour les animaux

Les tests de préférence ont montré que les brebis et les agneaux choisissent les plaquettes ou la paille une fois sur deux… autrement dit, le type de litière leur est égal. Que ce soit sur une litière de paille ou de bois, les brebis ne présentent pas de perte ou de gain d’état corporel lié à l’utilisation de plaquettes. Quant aux agneaux, ils ont une croissance, un état de santé et des niveaux de consommation identiques.

En plus, « les agneaux présentant des salissures étaient moins nombreux sur plaquettes de bois », ajoute Denis Gautier, directeur du Ciirpo. L’un des avantages des plaquettes est aussi qu’elles montent moins en température que la paille. Attention cependant, elles peuvent coller aux animaux en conditions humides. Elles sont à éviter pendant l’agnelage : les plaquettes peuvent facilement coller aux agneaux juste nés.

 

 
<em class="placeholder">Des brebis sont sur une litière de plaquettes en bois dans une bergerie.</em>
Les brebis comme les agneaux n'ont pas de préférence particulière pour la paille ou les plaquettes en litière. © Ciirpo

Moins de nutriments, mais libérés lentement

L’épandage du fumier de plaquettes peut se faire avec le même matériel que pour le fumier de paille. La quantité épandue est comparable à celle du fumier de paille. Comme pour le fumier de paille, elle doit être ajustée en fonction des besoins de couverture en phosphore et potassium de la prairie. Le fumier de plaquettes comporte 30 % moins d’azote que le fumier de paille, à cause de la moindre teneur en azote des plaquettes. Idem pour leur teneur en phosphore et en potassium, qui est inférieure de 40 à 50 %.

La particularité du fumier de plaquettes est qu’il se dégrade trois fois plus lentement. En cause ? Sa forte teneur en carbone, qui augmente le rapport C/N (carbone sur azote). Plus ce rapport est élevé, plus le processus de décomposition dans le sol se fait lentement. « Cette décomposition plus lente permet une libération progressive des nutriments dans le sol, ce qui améliore durablement la structure des sols », explique Katja Klumpp, ingénieure de recherche à l’Inrae. Un inconvénient pour ensuite récolter l’herbe ? Non, car les morceaux de plaquettes ne sont déjà plus visibles dès l’année suivant l’épandage.

Un rendement équivalent sur deux ans

Deux ans après l’épandage, le rendement des prairies est le même, que ce soit avec du fumier de paille ou de plaquettes. Il est supérieur de 11 % par rapport au rendement des prairies non amendées. Par sa lente décomposition, le fumier de plaquettes n’améliore le rendement des prairies que durant la deuxième année après épandage. Composter le fumier de plaquettes permet d’abaisser le rapport C/N dans le sol et donc d’accélérer la libération des nutriments. Quant à la composition floristique et à la qualité des prairies, elles sont identiques avec un fumier de paille ou de plaquettes.

 

 

Travail et bâtiments peuvent être limitants

Il faut compter 280 kilos de plaquettes pour 100 kilos de paille. La capacité de stockage sur l’exploitation peut être un frein à l’utilisation des plaquettes. Le stockage à l’extérieur, sous bâche, est possible, mais son humidité doit être surveillée de près, surtout par temps de neige. En litière, les plaquettes sont à disposer en une sous-couche de quatre à cinq centimètres, puis à recouvrir de couches de deux centimètres quand la litière est sale. Les ajouts de plaquettes se font beaucoup moins fréquemment que le paillage.

Et l’épandage des plaquettes dans le bâtiment n’est pas toujours mécanisable. « Le temps de travail alloué au "plaquettage" peut aller du simple au double en comparaison du paillage », explique Gautier Denis. « Il dépend surtout des équipements disponibles et de la forme des bâtiments. » Enfin, remplacer la paille par des plaquettes ne présente un intérêt économique que quand le prix de la paille est élevé. « Aujourd’hui, un mètre cube de plaquettes coûte autour de vingt euros à produire. On préconise de mettre de côté un stock de bois pour pouvoir l’utiliser quand le prix de la paille est élevé. »

 

 

Bien faire sécher ses plaquettes en trois étapes

L’objectif est d’abaisser le taux d’humidité du bois à moins de 25 %. C’est ce qui permettra à la plaquette en bois d’absorber une grande quantité de liquide une fois utilisée comme litière.

 

  • Broyage. Définir la taille des plaquettes : 3 à 5 centimètres. Broyer du bois vert dans les quelques semaines à quelques mois après la coupe. Sur une zone facile d’accès et portante, faire des tas les plus hauts possibles, sans dépasser 1,5 à 2 mètres de haut, pour limiter le temps de broyage et ainsi les coûts.
  • Séchage. Après le broyage, faire un tas de plaquettes le plus haut possible, en forme de dôme. Ne plus le remuer pendant les 4 à 5 mois suivants. Une fermentation s’opère et génère une augmentation de température, ce qui fait s’évacuer l’eau des plaquettes. L’humidité chute en dessous de 25 %.
  • Stockage. Stocker les plaquettes de préférence sous un abri, en dôme. Bien évaluer le volume qu’on peut stocker en hangar ou bergerie, ainsi que la hauteur du bâtiment. Si le stockage ne peut être fait qu’en extérieur, le lieu choisi doit être bien drainé, stable, et facile d’accès en hiver, quand les animaux sont en bergerie.

Quelles essences pour les plaquettes ?

Il n’y a pas d’essence proscrite pour l’utilisation des plaquettes en litière. L’essentiel est d’avoir des plaquettes sèches. « En réalité, il y a un mélange de bois sur les exploitations, qui peut varier d’une région à l’autre. Tout est possible, ça aura la même efficacité », précise Louis-Marie Mainguy, de la chambre d’agriculture de Haute-Vienne. Les plaquettes d’espèces avec plus de tanins se décomposent cependant plus lentement.

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