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Faire face à la montée en puissance de la résistance aux antiparasitaires en ovin

La résistance aux anthelminthiques s’étend sur les élevages ovins sur tout le territoire français. La menace d’une impasse thérapeutique se précise, notamment en ovin lait où la dépendance à l’éprinomectine est forte. Les strongles intestinaux défient les pratiques traditionnelles encourageant à faire évoluer les méthodes. Heureusement les antiparasitaires ne sont pas les seuls remèdes contre les parasites. De nombreux autres leviers existent déjà, et d’autres restent à découvrir. Vétérinaire, éleveurs, techniciens et chercheurs travaillent ensemble pour repenser la lutte contre le parasitisme.

Mortalité accrue, perte de production laitière, retard de croissance… les strongles intestinaux sont de redoutables adversaires en élevage ovin. Le contrôle de ces parasites est crucial pour préserver la rentabilité et la durabilité des exploitations. Les antiparasitaires, abordables, efficaces et faciles d’utilisation, ont été d’une grande aide pour limiter l’impact sanitaire des strongles digestifs. Toutefois, la situation évolue. Dotés d’une grande capacité d’adaptation, les parasites intestinaux développent des résistances en raison de mutations spontanées. Ces mutations sont sélectionnées avec le temps, créant une transition progressive vers des populations de parasites de plus en plus résistantes, voire multirésistantes à plusieurs familles d’antiparasitaires.

Un phénomène connu depuis longtemps qui s’intensifie

Le risque de strongyloses digestives varie selon les systèmes d’élevage et les exploitations. Seuls les animaux mis à l’herbe sont sujets aux strongles gastro-intestinaux car ces derniers sont acquis exclusivement au pâturage. La situation est particulièrement complexe pour les brebis laitières, pour lesquelles l’utilisation de l’éprinomectine, unique molécule sans délai d’attente pour le lait, est très répandue. Les cas sont nombreux dans les Pyrénées-Atlantiques en raison des températures modérées, de la pluviométrie abondante et des chargements importants sur des parcelles souvent exploitées toute l’année. C’est d’ailleurs dans ce bassin que le premier cas français de résistance à l’éprinomectine dans un troupeau de brebis laitières a été détecté, en 2019. Depuis, le nombre de signalements ne cesse d’augmenter. Les autres départements ne sont plus épargnés. En 2023, les cas de résistance se multiplient dans le rayon de Roquefort et les zones limitrophes. Ce phénomène concerne également, et de plus en plus, toutes les zones d’élevage ovin à l’échelle mondiale. La résistance s’étend et la menace d’une impasse thérapeutique se précise, a minima pour les élevages ovins laitiers.

Haemonchus contortus, la bête noire des éleveurs

Trois parasites majeurs se distinguent par leur fréquence et leur pathogénicité : Teladorsagia circumcincta, Trichostrongylus colubriformis et Haemonchus contortus. Tous ont le même cycle biologique qui débute par une phase libre sous forme larvaire sur le pâturage, se poursuit par une phase parasitaire chez le mouton et se termine par la contamination de la pâture via l’excrétion d’œufs de parasites dans les matières fécales. Haemonchus contortus est sans doute l’espèce la plus préoccupante. Hématophage, elle se nourrit du sang des ovins induisant œdèmes et anémies. Sa grande capacité d’adaptation en fait un parasite particulièrement propice au développement de résistances et son caractère thermophile le rend parfaitement adapté au changement climatique. Dans la majorité des cas de résistances observés, c’est cette espèce qui est en cause.

Remettre en question les croyances et les pratiques

Aucune nouvelle molécule antiparasitaire ne sera introduite sur le marché dans les années à venir. Si une nouvelle substance voit le jour, il est probable qu’elle sera onéreuse en raison des coûts de développement actuels, et il n’y a aucune garantie qu’elle sera adaptée à une utilisation chez la brebis laitière. En d’autres termes, il est impératif de préserver l’efficacité des molécules actuelles en rationalisant leur utilisation et en intégrant des méthodes complémentaires de lutte. Les traitements systématiques avec une même molécule plusieurs années de suite vont laisser la place aux traitements ciblés sélectifs et à la gestion des pâturages.

Le saviez-vous

L’arsenal thérapeutique contre les strongles intestinaux est constitué de cinq familles :

Les benzimidazoles, dont la résistance est étudiée depuis les années 1980

Les imidazothiazoles

Les lactones macrocycliques, dont l’éprinomectine, molécule en tension en élevage ovin laitier

Les salicylanilides

Les AADs, toute dernière famille arrivée sur le marché

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