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Désintensifier pour gagner davantage

Philippe Ferjoux a choisi en 2008 de diminuer son cheptel pour réduire son coût alimentaire. Avec 700 brebis, il produit désormais plus d’agneaux qu’avec 1000 auparavant.

© VB
Mille brebis pour une unité de main-d’oeuvre et 80 hectares de terres à faible potentiel. Si jusqu’en 2008, Philippe Ferjoux, éleveur à Chiché, dans les Deux- Sèvres, arrivait à peu près à gérer son système, la flambée des cours des matières premières en 2008 a mis un terme à un mode de production jugé aujourd’hui trop intensif.
« Je me suis installé en 1984 sur une petite surface. Pendant douze ans, j’ai eu un petit troupeau en complément d’une activité de tondeur. En 1998, j’ai pu
m’agrandir et j’ai alors arrêté la tonte pour développer l’élevage », explique-t-il. En quelques années, il augmente son troupeau de race Mouton Vendéen à 1 000 brebis. Mais il ne trouve pas de terres supplémentaires. Pour rentabiliser son tracteur, il cultive des céréales sur 30 hectares, qu’il vend en totalité. « C’était plus simple d’avoir un seul concentré à distribuer que de faire un mélange fermier », défend-til. Il achète ainsi chaque année 93 tonnes d’aliment brebis et 85 tonnes d’aliment agneaux. Ses sols humides et séchants produisent peu d’herbe. Et parce qu’il travaille seul et n’est pas équipé, il ne fait ni ensilage ni enrubannage, seulement du foin. Il achète aussi 90 tonnes par an de paille qu’il distribue, arrosée de mélasse et qui constitue 80 % du fourrage. Il utilise peu le pâturage parce qu’il manque de prairies et a un parcellaire dispersé. « Les brebis étaient toujours en bergerie, admet-il. C’était pratiquement du hors sol. » Non mécanisé, l’hiver, il passe deux à trois heures le matin et autant le soir à l’alimentation des brebis et des agneaux. Comme les agnelages sont étalés sur l’année, sauf en juillet-août, pour fournir chaque mois des agneaux Label rouge Le Diamandin et Agneau du Poitou-Charentes, il passe beaucoup de temps en bergerie.
« J’étais débordé, se rappelle-t-il. Je n’avais plus de temps pour surveiller les agneaux. » La concentration et le manque de surveillance entraînent des problèmes sanitaires (pneumonies, ectyma…) et des morts d’agneaux dans le premier mois. « La mortalité atteignait 30 %, indique Stéphane Lafoix, de la chambre d’agriculture des Deux-Sèvres. Il n’y avait que 700 agneaux vendus pour 1 000 brebis. La consommation était de 110 kg de concentré par brebis et 110 kg de concentré finition par agneau vendu. À 270 euros par tonne de concentré, l’EBE en 2008 était pratiquement nul. »

S’ADAPTER AU POTENTIEL FOURRAGER

Philippe Ferjoux s’engage alors dans la voie de la désintensification, en réduisant son cheptel pour l’adapter au potentiel fourrager de l’exploitation. Il laisse ses brebis davantage dehors (pâturage hivernal, mise au bélier à l’herbe…). Il arrête de vendre ses céréales pour les distribuer aux brebis. « Un mois avant l’agnelage, elles reçoivent 600 grammes de céréales avec du foin et de la paille, indique l’éleveur. Et après l’agnelage, la ration est de 1200 grammes de céréales et correcteur azoté, avec du foin. » Même s’il a encore la main lourde sur l’aliment, avec 150 kg de céréales et correcteur azoté par brebis, il limite ainsi ses achats en 2011 à 26 tonnes d’aliment brebis, 64 tonnes d’aliment agneaux et 30 tonnes de paille. « J’avais de la paille d’avance, préciset- il.
Et ça marche ! Depuis que j’ai désintensifié et que les brebis pâturent davantage, elles sont en bien meilleur état et ont plus de lait. » La baisse de cheptel — en éliminant les brebis âgées, ayant des problèmes de dents ou autres — a également rajeuni et amélioré le troupeau. Cette amélioration, la déconcentration, une taille de troupeau et un système laissant plus de temps pour la surveillance ont permis de réduire la mortalité à 18 % en 2010-2011 (4 % fin septembre 2011). « En 2011, j’ai vendu 800 agneaux soit 1,1 agneau par brebis et la consommation de concentré par agneau a baissé à 80 kg. »
Grâce à l’autoconsommation des céréales, à une part de foin issu de l’exploitation plus importante par rapport à la paille achetée, la charge alimentaire en brebis est également mieux maîtrisée. « En 2011, avec 9 000 euros de primes supplémentaires et de meilleurs prix de vente, l’EBE est passé à 37 000 euros », indique Stéphane Lafoix. Philippe Ferjoux a d’autres projets. Pour s’adapter encore plus au potentiel fourrager de l’exploitation, il veut réduire son cheptel à 600 brebis, avec l’objectif de vendre au moins 1,3 agneau par brebis, soit plus de 800 agneaux par an. Il veut aussi passer ses agneaux en mélange fermier, avec éventuellement une automatisation de la distribution qui se fait aujourd’hui au seau. « Un mélange 50-50 % économiserait près de 8 euros par agneau », souligne Stéphane Lafoix. L’objectif à l’avenir serait de dépasser 44 000 euros d’EBE.
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