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Conseil National FNO
De la technique, des prix et des contrats pour viser + 10 % d’agneaux en 2020

Pour produire davantage, les éleveurs ovins, rassemblés en conseil national, ont réfléchi à des systèmes de contractualisation pour optimiser la mise en marché des agneaux.

L’objectif est ambitieux : plus 10 % d’agneaux d’ici 2020. En présentant le programme Inn’ovin lors du conseil national de la FNO du 10 décembre dernier, Patrick Soury, éleveur en Charente et secrétaire général de la FNO, s’est montré offensif : « c’est important d’avoir un objectif concret en ligne de mire. Charge à nous de réussir ce challenge. » Pour cela, la filière veut se doter rapidement d’un kit de communication technique à destination des techniciens ovins de France. « Ce kit comprendra des formations, des articles, des vidéos, des plaquettes et d’autres outils pédagogiques à imaginer en vue d’améliorer les performances des éleveurs » détaille Christelle Bonnet, animatrice nationale du programme Inn’ovin. Le programme, démarré il y a un an, vise à produire plus d’agneau et plus de lait, d’augmenter le revenu et d’améliorer les conditions de travail pour augmenter l’attractivité du métier.

Des animations en régions pour faire parler du mouton

Au niveau national, Inn’ovin a déjà permis la création d’un réseau de vingt techniciens spécialistes, chacun expert dans un domaine particulier. Ces référents peuvent répondre aux questions des techniciens ou intervenir dans les lycées, lors de réunions ou de formation à distance par web-conférence…

Dans le dispositif Inn’ovin, les régions ont un rôle central. Si les actions phares restent les Ovinpiades des jeunes bergers et les interventions auprès des prescripteurs (banques, presse, chambre d’agriculture…), chaque région dispose aussi d’autonomie pour organiser des actions locales. Dans le Sud-Ouest, cela a permis la création des rendez-vous de l’ovin. Dans le Sud-Est, face au besoin récurrent de main-d’œuvre, la mise en place d’une bourse d’emplois temporaires a été étudiée. Dans le Grand Ouest, des modules de formation clé en main sont en cours de mise en place. Les éleveurs du Sud ont, eux, préféré mettre en avant le métier à travers des mini-films.

Des contrats pour apporter stabilité et visibilité

Pour parvenir à augmenter la production de 10 % d’ici 2020, la filière a besoin de technique et de communication, mais aussi de prix. La FNO s’est ainsi associée aux actions de la FNSEA et des JA pour défendre le prix de la viande française en communiquant sur l’origine France auprès des consommateurs et en alertant les opérateurs sur la nécessité pour les éleveurs d’obtenir un prix rémunérateur. Les éleveurs réfléchissent maintenant mettre en place un nouveau système de contractualisation, dans lequel l’aval aurait une place beaucoup plus importante qu’aujourd’hui.

Différents types de contrat existent et Gérard You de l’institut de l’élevage a rappelé que la contractualisation peut atténuer la volatilité des prix et permettre une meilleure adaptation de l’offre à la demande. « Dans un contrat tripartite, il faut de la confiance car un contrat ne prévoit jamais tout. Cela nécessite de s’engager dans la durée ». Après avoir montré des exemples réussis de contrats tripartites impliquant éleveurs, abattoirs et distributeurs, Morgane Quémerais de Coop de France a précisé qu’une contractualisation partielle (20 à 30 %) peut suffire pour être efficace et apporter un premier niveau de stabilité et de visibilité. « Par contre, cela nécessite de passer d’un raisonnement de prix spot à une logique de construction de marge, d’abandonner la recherche du meilleur prix immédiat au profit d’une vision à moyen terme. »

Toutes les aides versées mais aucune dérogation

Dernier levier pour aider à produire + 10 % d’agneaux en 2020, les aides PAC. Même si la FNO se félicite d’avoir été la seule filière, avec les caprins, à recevoir la totalité de l’aide ovine 2015 en 2015, les éleveurs se sont montrés plus déçus quant au montant de l’aide de base à 15,25 € alors qu’elle était initialement estimée à 18 € puis 16 €. « Nous pouvons tout de même nous réjouir puisque 85 % des brebis bénéficiant de l’aide de base ont également bénéficié de la majoration de 3 € et que 78 % des brebis bénéficiant de l’aide de base ont été éligibles à la majoration des 6 € » appréciait Michèle Boudoin, éleveuse dans le Puy de Dôme et présidente de la FNO. Reste que les contrôles liés à l’aide ovine sont parfois rigides. Aucunes dérogations demandées, notamment en ce qui concerne les décalages de la période d’agnelage ou les augmentations de troupes, n’ont été acceptées par le Ministère de l’Agriculture. « Les marges de manœuvres sont étroites avec la Commission Européenne, prévient Michèle Boudoin, et nous ne sommes pas à l’abri d’une remise en cause de cette enveloppe ovine… ». Ce qui compromettrait sérieusement l’objectif de + 10 % d’agneaux…

Le ministère s’engage sur le loup

Concernant la prédation, la FNO a salué les engagements du gouvernement. « La ministre de l’Environnement Ségolène Royal nous aide alors que c’est un risque politique, apprécie Claude Font, éleveur dans la Loire et secrétaire général adjoint dans la Loire. Mais les avancés se font à petit pas, au rythme du juridique et du politique, alors que les demandes sur le terrain sont concrètes ». Ségolène Royal a demandé officiellement au Conseil européen et au comité permanent de la Convention de Berne que le loup soit déclassé de la Directive habitat et de la Convention de Berne. Des moyens supplémentaires ont été octroyés à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) pour mettre en place une brigade loup. Malgré cela et les 34 loups prélevés depuis juillet 2015 notamment grâce à l’appui des chasseurs, il y a eu à peu près le même nombre d’attaques en 2015 qu’en 2014. En début d’année, la FNSEA a demandé qu’un nouveau quota de prélèvement soit mis en place rapidement pour 2016.

Un guide juridique en préparation

La lutte contre les dégâts du loup sera portée cette année au niveau européen. La FNO organisera à l’automne 2016 un colloque à Bruxelles pour marteler qu’avec le loup, ce sera la fin de l’élevage en plein air. L’enjeu est aussi de sensibiliser les députés français et européens pour déclasser le loup des différents textes. « Les maires de France et les scientifiques sont mobilisés, apprécie Michèle Boudoin. Il faut continuer à se mobiliser localement pour défendre les arrêtés de prélèvements. Il faut que les juges entendent la voix des éleveurs. » Avec l’appui de la FNSEA, la FNO va éditer une série de guides sur les aspects juridiques de la prédation (problème des chiens de troupeaux, attaque d’arrêtés, plaintes contre des éleveurs…).

Où va la viande d'agneau ?

Pour savoir où va l’agneau, Marie Carlier de l’Institut de l’Élevage a présenté une très intéressante étude sur les différents circuits de commercialisation des ovins en France. Les circuits s’avèrent différents selon les provenances.

Ainsi, les grandes surfaces s’approvisionnent avec 36 % de viande française, 50 % de viande européenne et 14 % de l’export. Les boucheries, elles, absorbent 38 % de la production française et 13 % des importations. L’approvisionnement se fait principalement en carcasse et les bouchers assurent l’équilibre carcasse grâce à la préparation de plats traiteurs. La restauration collective préfère, elle, des viandes au meilleur prix, déjà désossées ou prêtes à l’emploi, où l’origine des animaux est rarement prise en compte. Ainsi, seul 12 % de la viande ovine servie en restauration hors domicile est d’origine française.

« Par la régularité sur l’année, l’homogénéité des carcasses et l’engraissement des animaux, l’offre à l’import répond davantage à la demande de standardisation des produits pour les grandes surfaces et la restauration, observe Marie Carlier. Il y a cependant une place pour les agneaux français sous signes officiels de qualité et les agneaux standards aux carcasses bouchères ainsi que pour les agneaux en CCP ou marques via la commercialisation en libre‐service. »

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