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Le semis, moment clef de la carrière d’une prairie

Le semis d’une prairie temporaire est une étape déterminante pour sa productivité, son salissement et donc sa pérennité. Si aucune recette unique n’existe, plusieurs principes techniques permettent de sécuriser cette implantation.

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Contrairement aux idées reçues, une densité trop élevée au semis ne garantit pas un meilleur rendement.
© CRAB

Raisonner la période de semis

Deux périodes sont propices à l’implantation d’une prairie : la fin d’été (jusqu’à mi ou fin septembre) et le début du printemps. La première, généralement derrière une céréale, est souvent privilégiée car elle cumule chaleur résiduelle et humidité, assurant une levée rapide et homogène. Toutefois, dans certains contextes plus secs ou tardifs, semer sous couvert de méteil ou de céréales peut offrir une protection contre le gel et une valorisation fourragère au printemps suivant. Le semis de printemps peut être privilégié pour favoriser les légumineuses. Il devra être réalisé le plus tôt possible, à partir de mars, afin que la prairie soit correctement installée avant l’arrivée des premiers coups de chaud ou d’une période sèche.

Adapter son itinéraire

Dans le cadre d’un semis d’automne, après une céréale à paille, un semis direct ou à la volée peut suffire si le sol est bien structuré. En revanche, un précédent maïs sur sol tassé demandera souvent un labour ou plusieurs passages d’outils. En conditions humides, il est essentiel de retrouver une terre ressuyée et sans mottes avant le semis.

Pour les semis de printemps, le labour, ou plusieurs passages d’outils peuvent être nécessaires pour décompacter le sol. Les graines prairiales étant petites, un lit de semence fin (mottes inférieures à 2 mm) et rappuyé est indispensable. L’enfouissement ne doit pas dépasser 1 cm. Un premier roulage avant semis régularise la surface et un second après semis optimise le contact sol-graine. Cette double opération améliore significativement la levée. Le semis à la volée, ou via un semoir centrifuge, permet une meilleure répartition des graines et limite le salissement, à condition de bien maîtriser la densité. Le semis en ligne, lui, expose davantage à la concurrence entre espèces semées sur le rang et à l’installation d’adventices entre les lignes.

Attention à la dose de semis

Contrairement aux idées reçues, une densité trop élevée ne garantit pas un meilleur rendement. De 22 à 28 kg/ha suffisent dans la majorité des cas. Des essais conduits à la station expérimentale de Mauron dans le Morbihan, montrent que les différences de rendement sont négligeables entre des doses standards (20 kg RGA + 3 kg TB/ha) et des doses augmentées ou réduites de 30 %. Une densité trop forte nuit même à l’implantation des légumineuses, notamment du trèfle. L’objectif est d’atteindre 500 à 1 000 plantes levées par m² selon les espèces. Attention à bien intégrer les différences de taille de graines, on ne sème pas des kilogrammes, mais un nombre de graines.

Semer sous couvert

Au printemps, les adventices (chénopodes, morelles) peuvent envahir rapidement la jeune prairie. Le semis sous couvert d’avoine ou d’orge permet de concurrencer les mauvaises herbes, de produire un fourrage précoce (0,9 UFL/kg MS) et de favoriser l’installation de la prairie. Après une ou deux exploitations, la parcelle est souvent assainie naturellement. Enfin, un apport modéré de fumier (10 à 15 t/ha) est recommandé si la parcelle est carencée notamment en phosphore et potasse, essentiels à l’implantation. En revanche, évitez l’azote minéral la première année pour ne pas défavoriser les légumineuses.

Bien choisir ses espèces pour durer

Lorsqu’on souhaite implanter une prairie pérenne, prendre le temps de choisir les espèces et les variétés est essentiel pour qu’elle donne entière satisfaction. Pour faire les bons choix, il faut se poser au moins deux questions.

La première concerne la nature du sol et les conditions de milieu. Autrement dit, la parcelle sur laquelle je vais implanter la prairie est-elle sensible à la sécheresse ? Hydromorphe ? À alternance hydrique (mouillée l’hiver et séchante l’été) ? Le sol est-il acide ou encore riche en matière organique ? La deuxième question concerne le mode de valorisation principale : la prairie est-elle destinée prioritairement au pâturage, à la fauche ou à une exploitation mixte en pâturage et fauche ? Les espèces seront choisies en fonction de leur qualité pour répondre au mieux aux conditions identifiées.

Par exemple, le ray-grass anglais aime les bonnes terres mais ne pousse plus au-delà de 25 °C. C’est une graminée facile à implanter avec une forte capacité de tallage et une excellente valeur alimentaire. Elle est parfaitement adaptée au pâturage. Autre exemple, la fétuque élevée résiste au froid, à la sécheresse et aux excès d’eau. C’est une graminée tout terrain, précoce, robuste et productive. Elle est moins appétente au pâturage que le ray-grass anglais, mais elle est facile à récolter en foin car elle sèche très rapidement.

Privilégier les associations

Aujourd’hui, associer des légumineuses aux graminées est indispensable. Les légumineuses jouent le rôle de moteur azoté dès qu’elles représentent plus de 30 % de la biomasse en été. En plus de se passer d’engrais azoté, les associations graminées-légumineuses présentent d’autres avantages : meilleure production estivale, valeur alimentaire plus stable dans le temps, fourrages plus équilibrés en énergie et en protéine.

En sol sain et profond, en zone arrosée, l’association classique RGA-TB donne entière satisfaction pour le pâturage. Ces deux espèces ont des valeurs alimentaires soutenues, une appétence élevée et régulière tout au long de l’année qui en font une solution idéale pour des animaux à besoins élevés. Mais en zone séchante, ou dans des systèmes herbagers ou encore sur des parcelles en exploitation mixte (pâturage et fauche), c’est la prairie multi-espèces qui est à privilégier. En associant plusieurs espèces, on cherche à profiter de la complémentarité de chacune d’entre elles pour obtenir le maximum d’avantages : une bonne adaptation à la variabilité parcellaire, une production supérieure et souvent plus étalée que le RGA-TB, une adaptation au pâturage et à la fauche, plus de régularité de production entre les années, et enfin une meilleure pérennité et une robustesse face aux aléas climatiques.

La bonne variété fait toute la différence

Le choix variétal doit être cohérent avec les objectifs et peut compenser le point faible de certaines espèces.

  • Fétuque élevée : pour le pâturage, choisir impérativement une variété à feuilles souples (note > 7)
  • Ray-grass : les variétés diploïdes tallent plus tandis que les tétraploïdes sont plus riches en eau et sèchent moins vite. Ces dernières sont à éviter en fauche.
  • Pour toutes les graminées : privilégier une grande souplesse d’exploitation (durée entre le départ en végétation et le début épiaison) pour optimiser le pâturage. Choisir des variétés faiblement remontantes pour les espèces concernées (une variété à forte remontaison épie plusieurs fois dans l’année). En zone séchante, il peut être intéressant d’implanter des variétés plus précoces avec une note de remontaison basse. L’objectif est de profiter d’un démarrage plus rapide et d’avoir une production plus importante sur le printemps.
  • Trèfle blanc : choisir le type botanique (taille des feuilles et agressivité) en fonction de la force de concurrence des graminées. Avec de la fétuque des prés, de la fléole, du RGA tétraploïde très tardif, on associera des trèfles blancs intermédiaires ou à petites feuilles. Avec du RGA diploïde tardif, du dactyle ou de la fétuque élevée, on choisira des trèfles blancs intermédiaires ou à grandes feuilles.

 

Herbe-book, votre allié

Développé par Semae, l’interprofession des semences et plants, Herbe-book est le site de référence gratuit pour accompagner le choix des espèces et variétés adaptées à vos prairies. Il centralise les données d’inscription des variétés fourragères inscrites au catalogue officiel français et propose des outils pour comparer les critères agronomiques, nutritionnels et de rusticité selon vos objectifs de pâture, de fauche ou de durée d’exploitation. Le module « Concevoir mon mélange » permet de composer un mélange prairial cohérent en convertissant les compositions visées en doses de semences optimisées. En facilitant l’ajustement des espèces et des variétés au contexte pédoclimatique, aux caractéristiques de sol et à l’usage prévu.

 

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