Dossier Pastoralisme
Le pastoralisme résiste et gagne du terrain hors de ses bastions historiques
En vingt ans, les élevages pastoraux ont mieux résisté que l'ensemble des systèmes herbivores. Derrière une grande diversité de pratiques, ils valorisent plus de deux millions d'hectares de parcours et assurent des services essentiels pour les territoires, même si leur reconnaissance demeure insuffisante.
En vingt ans, les élevages pastoraux ont mieux résisté que l'ensemble des systèmes herbivores. Derrière une grande diversité de pratiques, ils valorisent plus de deux millions d'hectares de parcours et assurent des services essentiels pour les territoires, même si leur reconnaissance demeure insuffisante.
En France et en Europe, le pastoralisme est principalement défini par une approche technique. Un élevage pastoral est caractérisé par l’utilisation de surfaces comportant des végétations spontanées appelées « parcours », pour tout ou partie de l’alimentation des troupeaux. Cette définition, portée par l’Association française de pastoralisme, englobe une grande diversité de systèmes d’élevage. Ils correspondent à la diversité des types de surfaces pâturables et de la disponibilité saisonnière de leurs ressources, impactant l’importance qui leur est accordée. Les systèmes pastoraux se distinguent aussi par les espèces élevées (ovins, bovins, caprins, équins ou porcins), les productions (lait, viande, laine, fumure) et les modes de commercialisation. D’autres critères sont aussi mobilisés dans la littérature, comme la mobilité des hommes et des animaux.
Un pastoralisme aux mille visages
On distingue plusieurs formes de pastoralisme : les systèmes « grands pastoraux », où les parcours constituent la principale ressource alimentaire ; les systèmes « petits pastoraux » ou « à composante pastorale », utilisant les parcours trois à cinq mois par an en complément de fourrages ; et les systèmes « agropastoraux », associant pâturage des parcours et valorisation de cultures ou résidus agricoles. Le pastoralisme, souvent associé aux systèmes aux ovins viande, reste aussi compatible avec la traite et la transformation fromagère. Ainsi, en 2010, les exploitations de type pastoral extensif représentent 43 % des ovins lait et 36 % des ovins viande, contre 15 % des caprins et 10 % des bovins viande.
Les systèmes intégrant une composante pastorale ont tout de même des caractéristiques communes. Ce sont des structures de plus petite dimension avec un niveau de main-d’œuvre équivalent aux autres systèmes. Leurs conduites sont plus extensives, et le chargement apparent, plus faible. Les aides ont un poids plus important dans le produit brut, et le produit par unité de main-d’œuvre est plus faible.
Le pastoralisme s’invite ailleurs
Entre 2000 et 2020, l’élevage pastoral a montré une meilleure résilience que l’ensemble de l’élevage herbivore. Depuis 2010, le nombre d’exploitations est resté stable, autour de 35 000, représentant 23 % des élevages herbivores contre 18 % en 2010. Les effectifs atteignent 1,51 million d’unités gros bétail (UGB), soit 12 % du total national contre 10 % en 2010. Quant aux surfaces pastorales, elles demeurent stables avec environ 2,2 millions d’hectares de parcours.
Mais les dynamiques régionales restent contrastées. L’activité pastorale se maintient en zone méditerranéenne, en Auvergne et en Franche-Comté, mais recule dans des territoires historiquement majeurs comme Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes ou en Corse. Certaines régions comme le Limousin ou la Bourgogne connaissent une progression liée à l’extensification des systèmes d’élevage et à la valorisation de surfaces naturelles à faible potentiel. De manière générale, le pastoralisme est bien présent en France, en montagne et dans les plaines méditerranéennes, mais aussi dans les zones humides et, de manière invisibilisée, dans les interstices de l’agriculture et de l’urbanisation sur d’autres territoires nationaux.
Des pratiques pastorales qui se maintiennent
Cette relative stabilité du nombre d’exploitations s’explique par plusieurs facteurs. Dans les zones pastorales, les alternatives agricoles sont limitées en raison des contraintes géomorphologiques et climatiques. À l’inverse des zones de plaine, les productions végétales intensives ou l’augmentation des rendements laitiers y sont moins accessibles. Les soutiens publics jouent également un rôle majeur, notamment via la PAC [politique agricole commune], l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) et les aides liées aux systèmes extensifs.
À cela s’ajoutent le développement des appellations d’origine protégée, des circuits courts et l’amélioration récente des prix de la viande et du lait. Le pastoralisme bénéficie aussi d’une dynamique d’installation spécifique, avec une proportion importante de femmes et de personnes non issues du milieu agricole. Ces systèmes nécessitant moins de foncier peuvent constituer une porte d’entrée vers l’élevage. Toutefois, leur précarité foncière limite souvent l’accès aux aides et à l’accompagnement technique, ce qui constitue un enjeu majeur.
Une reconnaissance du pastoralisme à construire
Mais la stabilité du cheptel en élevage pastoral méditerranéen doit être relativisée par le fait qu’il s’agit de loin de la zone dans laquelle la présence ou la densité de cheptel d’herbivores est la plus faible suite à une décapitalisation initiée dès le XIXe siècle, bien plus précoce qu’ailleurs. Une baisse conséquente de cette faible densité conduirait à une grande fragilisation, voire à leur disparition.
Pourtant, les élevages pastoraux assurent des fonctions essentielles : entretien des paysages, préservation de la biodiversité, dynamisation des territoires ruraux et maintien d’une activité agricole dans des zones difficiles. Leur reconnaissance et leur soutien apparaissent donc essentiels, tant pour leurs fonctions économiques qu’environnementales et sociales.
2026, année du pastoralisme
L’année 2026 a été proclamée par l’ONU Année internationale des parcours et des pasteurs afin de mettre en lumière le rôle essentiel des systèmes pastoraux dans l’alimentation, la préservation de la biodiversité, l’entretien des territoires et l’adaptation au changement climatique. Cette initiative internationale vise aussi à reconnaître les savoir-faire et les pratiques des communautés pastorales. Dans ce cadre, une série d’événements est organisée en France, à retrouver sur le site aipp.gogocarto.fr.