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Une stratégie export très différente de celle de nos concurrents européens

Plus que du volume, c’est de la valeur que recherchent les opérateurs français. Analyse de Benoît Rouyer du Cniel.

Même si les exportations jouent un rôle primordial dans la filière laitière française, leur développement ne constituent pas une priorité absolue. L’important pour nos entreprises, c’est qu’elles génèrent de la valeur", a développé Benoît Rouyer du service économie du Cniel lors d’une conférence organisée par France Agrimer au SIA. Ce positionnement est très différent de celui de nos concurrents européens, en particulier de celui de l’Irlande et de la Pologne où il n’existe aucune pédale de frein : « il y a un consensus de filière pour dire produisez tout ce que vous voulez mais vous devez accepter une forte exposition à la volatilité des prix ». Ceci se traduit par une stratégie à l’export très différente. En France, les marchés tirent la production, alors qu’en Irlande la production détermine les volumes mis sur le marché.

Les opérateurs français sont donc peu positionnés sur des marchés peu segmentés à gros volume. «Cela se voit au niveau de la taille de nos usines : les plus grosses usines transforment 500-600 millions de litres de lait, alors qu’en Allemagne deux usines transforment près de deux milliards de litres.»

Peu de grosses usines en France et beaucoup d’internationalisation

En revanche, « les opérateurs français assoient davantage leur rayonnement international sur un déploiement industriel à l’étranger, souligne Benoît Rouyer. Si l’on regarde les volumes transformés par les opérateurs français à l’échelle mondiale, on se situe autour de 45 milliards de litres de lait dont la moitié est transformée à l’étranger. Les opérateurs allemands transforment 35 milliards de litres mais l’essentiel en Allemagne ». Ainsi sur les 18 milliards de litres transformés par Lactalis dans le monde en 2016, un peu plus de 5 milliards le sont en France. De même, sur les 7 milliards de litres transformés par Danone, seul un milliard l’est en France, c’est moins qu’en Russie (1,6 milliard). « Beaucoup de groupes sont dans cette situation : Bel produit plus de leerdammer aux Pays-Bas que dans l’hexagone. » Cette culture de l’internationalisation existe aussi chez des entreprises de taille moyenne comme Triballat Rians qui est implanté aux USA, ou Alsace Lait qui a un partenariat industriel au Canada. Et depuis très longtemps.

« Le risque est que dès qu’un flux vers un pays devient important, il y ait substitution avec construction d’une usine à l’étranger. » Comme le montre l’exemple de Bel qui, fort de son succès aux USA avec le mini-babybel produit dans les Pays de la Loire, a trouvé plus rentable de construire une usine aux USA (la troisième) en y investissant plus de 200 millions.

La France est le deuxième exportateur européen sur pays-tiers

«Tout ceci se traduit par une forte dispersion géographique de nos exportations avec de multiples marchés. Avec l’avantage de ne pas avoir tous les œufs dans le même panier: une bonne cinquantaine de pays pour un peu plus de 10 milliards de litres". Au final, la France est le deuxième exportateur européen sur pays-tiers derrière les Pays-Bas. Elle joue un rôle moteur aussi bien sur les fromages (2e derrière Pays-Bas) que sur d'autres produits à forte valeur comme la crème et le beurre conditionné (1er) ou des produits secs (2e). «La contrepartie de son relatif succès sur pays tiers est qu’on est un peu moins bon sur l’Union européenne, conclut-il.  Les produits de masse ne sont pas ceux sur lesquels les opérateurs français sont les plus compétitifs et ont le plus de savoir-faire ».

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