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Une césarienne un peu spéciale

Si Claude appelle ce soir, c’est parce qu’il trouve suspect ce petit bout de placenta qui pend à la vulve de sa vache. Elle passe la date de vêlage attendue de douze jours, me dit-il, sa mamelle n’est pas gorgée, elle n’a pas de coliques et je sens quelque chose à la fouille…

Je découvre une vache pimpante et je trouve que le petit bout de placenta en question a perdu de sa fraîcheur. Avec un peu de chance, il va s’agir d’un veau sec, d’une petite momie de quelques mois en route pour l’expulsion. Mais la fouille vaginale me fait immédiatement réviser ma position car je rencontre un veau mort, en siège, à terme, derrière le col insuffisamment ouvert à cause d’une torsion de matrice et bien sûr sans une seule goutte d’eaux foetales…

Imaginez un veau de taille normale, faisandé et incarcéré dans l’utérus qui l’enserre comme un gant ! Que du bonheur ! Elle aurait donc dû vêler il y a une bonne semaine. Il revient à la mémoire de Claude qu’elle avait annoncé ce vêlage pendant une petite journée au cours de laquelle elle paraissait inquiète et n’avait pas mangé. Mais le lendemain, tout semblait être rentré dans l’ordre.

VEAU MORT IN UTERO DEPUIS HUIT JOURS

Il y a quelques années, j’aurais fait abattre cette vache, mais la question aujourd’hui ne se pose plus puisqu’on est vendredi soir et que le progrès est passé par là. En route pour une césarienne qui permettra, avec un peu de chance, d’échapper à la péritonite. Anesthésie partielle de la vache pour la coucher du côté droit, bien étirée et la patte avant décollée du sol pour éviter qu’elle décampe, anesthésie locale juste au-dessus de la grosse veine de la mamelle, et ouverture.

L’utérus est là, tout près mais avec le demi-tour de torsion, le veau me présente son dos alors que je veux ses pattes avant et sa tête. Dans cette configuration, ça ne peut pas aller… Il faut d’abord détordre l’utérus, ce qui dans cette position couchée n’est pas facile. Voilà qui est fait et qui va permettre d’extraire le veau sans souiller tout l’abdomen.

Je dispose quelques torchons imbibés d’antiseptique dans le ventre de la vache pour absorber les écoulements, j’ouvre l’utérus et je sors ce veau par la tête non sans peine. Après la suture utérine, la récupération des torchons et un bon lavage abdominal antiseptique, le reste est classique. Pour finir, antibiotique de circonstance, ordonnance et carnet sanitaire. Ça tombe bien, j’adore la séance de carnet sanitaire à deux heures du matin! Grâce à quoi sans doute, tout ira bien. ■

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