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Un usage très encadré des antibiotiques aux Pays-Bas

Les Néerlandais ont engagé un plan de réduction des consommations d'antibiotiques dès 2010. Très efficace pour réduire leur usage, son bilan est plus mitigé côté santé de la mamelle.

« La France a une bonne évolution dans la gestion de l'utilisation des antibiotiques à usage vétérinaire. Mais c'est aux Pays-Bas que le plan de gestion est le plus avancé », a souligné Dominique Champenois, vétérinaire, lors de son intervention aux premières Rencontres ruminant, organisées par le réseau de vétérinaires Cristal (réseau regroupant environ 250 vétérinaires en France et en Belgique). « Au début des années 2000, les Pays-Bas ont fait le constat que leur consommation d'antibiotiques en santé humaine était plutôt faible, mais qu'en revanche ils en utilisaient trop en médecine vétérinaire. » La réaction ne s'est pas fait attendre. En 2010, les Néerlandais ont engagé un plan de réduction de l'usage des antibiotiques de 20 % pour 2011, 50 % pour 2013 et 70 % pour 2015. Pour rappel, en France, l'objectif du plan Eco-antibio 2012-2017 était une réduction de 25 % en cinq ans. Il a finalement abouti à une réduction de 37 %.

Concrètement, le plan mis en place aux Pays-Bas se base sur un accord écrit entre l'éleveur et son vétérinaire, dans lequel ils s'engagent mutuellement à réduire l'usage des antibiotiques dans l'élevage. Le vétérinaire prend la responsabilité du plan de prévention et des traitements. Sa responsabilité peut aller jusqu'à la mise en place d'un système d'enregistrement des traitements dans un élevage. « L'éleveur reçoit un rapport trimestriel de consommation d'antibiotiques. Il lui permet de se comparer à d'autres élevages et d'évaluer comment il se positionne par rapport aux objectifs fixés avec son vétérinaire », indique Dominique Champenois.

Traitement sélectif au tarissement

« Les Pays-Bas sont plus innovants que nous parce qu'ils interdisent le recours aux traitements antibiotiques préventifs depuis 2012. Concrètement, cela signifiait l'arrêt des traitements systématiques au tarissement à l'échelle nationale. Il est très probable que l’utilisation d’antibiotiques de manière systématique au tarissement nous soit très rapidement interdite comme aux Pays-Bas. Un texte européen prévoit une application probable dans les États membres fin 2021-début 2022. » Le seuil retenu aux Pays-Bas pour pouvoir traiter les vaches au tarissement s'est cependant avéré trop élevé au départ (250 000 cellules/ml au dernier contrôle pour les multipares, et 150 000 cellules/ml pour les primipares). « Beaucoup d'animaux développaient des mammites en début de lactation. Finalement, ils ont redescendu le seuil à 50 000 cellules il y a environ deux ans chez les multipares et primipares. Autrement dit, les éleveurs peuvent traiter des vaches à 100 000 ou 150 000 cellules/ml. À ce seuil, le concept de prévention a ses limites, car les animaux ne sont pas forcément contaminés », précise Dominique Champenois.

« En France, on considère qu’un animal est non infecté en dessous de 100 000 cellules/ml depuis 2016. Les Danois et Suédois utilisent un seuil de 100 000, voire 150 000 cellules/ml depuis plus de vingt ans. Plus on descend le niveau du seuil, moins on a de risques de se tromper sur l'état sanitaire de la mamelle, mais plus on est amené à traiter d’animaux », indique Philippe Roussel, de l’Institut de l’élevage.

Au final, aux Pays-Bas, suite à la mise en place du traitement sélectif, l'incidence des infections mammaires en début de lactation a augmenté. En revanche, les comptages cellulaires dans les laits de tank ont diminué, de même que la consommation d'antibiotiques. « Le bilan en termes de santé mammaire est relativement mitigé. Mais l'impact du plan sur la consommation d'antibiotiques est clairement positif. »

L'impact direct de l'augmentation des taux cellulaires sur les réformes de vaches semble difficile à évaluer. D'autant que dans le cadre du programme de réduction des émissions de phosphore, les producteurs laitiers néerlandais ont été obligés de diminuer les effectifs de leur troupeau. Quoi qu'il en soit, toutes espèces confondues, le plan a permis de réduire les consommations d'antibiotiques de 64 %. « Les vétérinaires ont enregistré une forte baisse de ventes des antibiotiques depuis sa mise en place en 2010. »

Au Québec, l'État subventionne les frais vétérinaires

Les vétérinaires québécois, entrés dans les élevages par le biais du suivi Repro, font de plus en plus de suivis de troupeau au sens large du terme (alimentation, hygiène...). Dans cette province, le développement de la médecine de prévention a bénéficié d'un contexte favorable. « Il existe une entente conclue entre l'État, les éleveurs et leur vétérinaire (Asaq). Pour améliorer la prévention, l'usage des médicaments vétérinaires, la santé des animaux et l'accès aux soins vétérinaires sur tout le territoire, l'État prend en charge une partie des frais vétérinaires (visite et frais de déplacement) à hauteur de 35 % en moyenne », explique Dominique Champenois, vétérinaire. Concrètement, les trois parties prenantes négocient chaque année les tarifs horaires, les prix des médicaments et le montant des frais de déplacement. « L'État finance également différents programmes de recherche pour développer la prévention, et des outils informatiques permettant d'améliorer la qualité du service de conseils apporté par les vétérinaire. »

Les démarches se multiplient dans le monde

Au Québec, l'utilisation à usage préventif des antibiotiques de classe un (équivalent à nos antibiotiques critiques, à savoir les céphalosporines de 3e et 4e génération et les fluoroquinolones) sera interdite à compter du 25 février 2019. La même régle est appliquée en France depuis le 1er avril 2016. « Le Québec fait figure de proue dans le domaine de la gestion des antibiotiques au Canada. Dans ce pays, l'obligation d'avoir une prescription vétérinaire pour utiliser des antibiotiques n'est en effet inscrite dans la législation que depuis le 1er décembre 2018 », souligne Dominique Champenois, vétérinaire.
La Nouvelle-Zélande envisage de ne plus utiliser d'antibiotiques, excepté en cas d'urgence, d'ici 2030.
Aux États-Unis, de plus en plus de chartes de qualité imposent une gestion fine des antibiotiques dans les élevages. " Globalement, l’Europe reste néanmoins en avance sur le sujet ", note le vétérinaire.

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