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Un troupeau de 360 vaches laitières bien orchestré

La SCL de Gévilait est l’un des plus grands troupeaux français. Les vaches sont conduites en zéro pâturage et le système repose sur un principe simple : un lot par bâtiment et une ration par lot.

DOMINIQUE NOËL ET SON FILS QUENTIN. « La conduite
en lots nous permet de mieux surveiller les vaches
et de cibler certaines pratiques seulement sur
une catégorie d’animaux. »
DOMINIQUE NOËL ET SON FILS QUENTIN. « La conduite
en lots nous permet de mieux surveiller les vaches
et de cibler certaines pratiques seulement sur
une catégorie d’animaux. »
© E. Bignon

La SCL de Gévilait, à Gironville dans la Meuse, ne compte pas moins de 360 laitières à 8 500 litres de moyenne économique ! Ce n’est pas monnaie courante dans l’Hexagone. Les résultats techniques sont au rendez-vous : le quota est réalisé chaque année et la qualité du lait est classée en super A depuis dix ans. « Conduire un troupeau de cette taille n’a rien d’exceptionnel, estime pourtant humblement Dominique Noël, qui supervise la gestion du troupeau. L’effectif a augmenté progressivement et nous avons adapté nos pratiques petit à petit. Le principal changement avec un tel troupeau vient de la conduite en lots. C’est la clé de voûte du système. »

Les lots sont différenciés selon le stade de lactation. Les vaches d’un même lot doivent présenter des risques alimentaires et sanitaires semblables pour faciliter le suivi des animaux. « On ne regarde pas de la même façon un lot de fraîches vêlées et un lot de vaches à trois mois de lactation. On remarque plus facilement une vache qui a un problème ou qui décroche en production dans un lot où elles ont toutes le même statut. Pendant la traite par exemple, l’état de remplissage des mamelles est très parlant. »

Les lots permettent aussi de gagner du temps lors des soins et favorisent une bonne organisation. « C’est vrai que la conduite en lots impose des contraintes de circulation des animaux, en particulier au moment de la traite, et nécessite une attention particulière et des bâtiments adaptés pour ne pas mélanger les animaux !, admet l’éleveur. Mais cette difficulté se voit largement compensée par les avantages multiples d’une gestion en lots. »


La conduite en lots facilite la surveillance des animaux

Toute la difficulté est de savoir quand telle ou telle bête peut changer de lot. « Je suis un schéma général que je module au cas par cas selon l’animal. Par exemple, si une bête a beaucoup maigri et qu’elle n’a pas repris suffisamment vite de l’état après le vêlage, je retarde son passage dans le lot suivant d’un mois, voire plus. De même, les bêtes dont les aplombs apparaissent plus fragiles changent de lot en cours de lactation et sont conduites sur paille. » En parallèle, Dominique veille évidemment à maintenir des lots à effectif à peu près constant pour remplir les bâtiments uniformément sur l’année.

Aussitôt après le vêlage, chaque vache intègre le lot 1 dans un bâtiment semi ouvert sur aire paillée. Ce bâtiment de 60 places rassemble environ 80 laitières. « Nous compensons le manque de place par un paillage quotidien et un curage tous les deux jours », indique l’éleveur. Ce lot constitué des fraîches vêlées compte aussi les vaches souffrant de problèmes de pattes, les vaches « fatiguées » et celles ne supportant pas les logettes. Elles reçoivent une ration mélangée à base de 37 kg de maïs ensilage, 2 kg de foin de luzerne enrubannée et autant de luzerne brins longs. Et côté concentrés: 1,5 kg de pulpe de betteraves déshydratées, 1,5 kg de VL 3 litres, 4 kg de tourteau de soja 50, 45 g d’urée, 100 g de sel + bicarbonate, 250 g de CMV et 0,1 l de propylène-glycol pour limiter l’amaigrissement. « C’est le lot qui réclame le plus d’attention au niveau sanitaire, précise Dominique. On prend garde aux métrites, aux non-délivrances, aux problèmes de pattes, aux retournements de caillette, aux amaigrissements excessifs… »

Au bout de deux à trois semaines, les fraîches vêlées changent de bâtiment et passent dans le second lot si leur état, leur montée en production et leur comportement général le permet. Le lot 2 regroupe les vaches à moins de 100 jours de lactation. Le bâtiment, comme celui des lots 3 et 4, dispose de 100 logettes avec matelas en caoutchouc et de racleurs automatiques. Les logettes sont toutes paillées. Celles du lot 2 bénéficient en plus d’un asséchant pour litière en raison de pertes de lait plus fréquentes en début de lactation.


Six lots, six bâtiments, six rations différentes

Ce lot reçoit le même type de ration mélangée que le lot 1 (avec 7 kg brut de maïs ensilage supplémentaire et sans propylène-glycol) et produit en moyenne 42 litres de lait par vache et par jour. Au delà, les laitières sont complémentées au Dac avec une VL 3 litres. « Sur ce lot, les éventuels problèmes liés au vêlage sont normalement derrière nous et on se concentre plus spécialement sur les cycles de reproduction et les problèmes de locomotion. Chaque chaleur repérée est notée sur un carnet et on vérifie si les vaches se lèvent facilement quand on va les chercher pour la traite. »

Les lots 3 et 4 rassemblent respectivement les vaches en milieu et fin de lactation (de 100 à 200 jours, et plus de 200 jours), avec une certaine souplesse selon les places en bâtiment et le niveau de production. Une même ration est distribuée pour ces deux lots en augmentant la part des fourrages sur la matière totale ingérée. Elle se compose de 47 kg de maïs ensilage, 2 kg de foin de luzerne enrubannée, 2 kg de paille, 1 kg de pulpe de betteraves déshydratée et 3,5 kg de tourteau à 45 de MAT distribués à l’auge. Une échographie systématique est programmée tous les mois pour mieux gérer les retours en chaleur. De même, Dominique a systématisé l’intervention d’un pareur tous les un mois et demi à deux mois, qui soigne une trentaine de vaches par visite.


Bien organiser les flux d’animaux à la traite

Le lot 5, celui des vaches taries, est divisé en deux groupes : un groupe « période sèche » et un groupe « préparation au vêlage » trois semaines avant la date présumée du terme. Le premier groupe reçoit une ration très fibreuse uniquement à base de foin pour maintenir un bon volume de panse. Le second reçoit un tiers de la ration des vaches en milieu de lactation (8 kg MS), 5 à 6 kg de paille broyée et un minéral spécial vaches taries enrichi en vitamines, oligoéléments et à Baca négative.

Un dernier lot, situé en bout de l’aire d’attente, sur aire paillée, compte en général une dizaine de bêtes. « Si un problème se pose durant la lactation, je place la vache dans ce box le temps qu’elle se reprenne. C’est aussi un moyen d’isoler celles qui font une mammite, avec ou sans traitement antibiotique », explique l’éleveur en précisant que « ce lot est trait en dernier pour éviter les risques de contamination croisée et les erreurs vis-à-vis des inhibiteurs ».

Les primipares se la jouent solo

Depuis cette année, les primipares sont conduites dans un lot spécifique pour limiter les phénomènes de compétition à l’auge, à l’abreuvoir, etc, qui inhibent les jeunes animaux. « Elles s’en sortent mieux lorsquelles ne sont pas mélangées aux multipares », remarque l’éleveur. Elles reçoivent la même ration que les fraîches vêlées durant les 100 premiers jours et disposent de logettes paillées. Celles qui ne s’habituent pas d’elles-mêmes aux logettes retournent sur aire paillée et sont réformées si elles ne méritent pas un second essai (environ 5 %).

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