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Un développement bien mené mais contrarié par la conjoncture

En Meurthe-et-Moselle, Anthony Lemoine a bien préparé son projet qui consistait à tripler la production. Il est solidement accompagné au quotidien. Le lait est au rendez-vous mais pas les résultats économiques.

Une étable entravée au milieu du village, une production de 130 000 litres pour un quota quasiment du double, trente vaches à 4 500 litres, des céréales et des taurillons... « J’ai dû repenser toute l’exploitation et trouver des solutions pour la rendre viable », raconte Anthony Lemoine, éleveur à Arraye-et-Han en Meurthe-et-Moselle. Alors qu’il travaillait dans la mécanique et n’avait pas prévu de revenir à l’agriculture, il a repris l’exploitation familiale de 110 hectares en 2009. Il n’était pas question d’arrêter l’élevage parce qu’une partie de la surface, inondable, est obligatoirement en herbe. Son exploitation, très groupée, est située dans une boucle de la « rivière la plus lente de France », la Seille, qui prend ses aises tous les hivers. D’où le choix de « faire beaucoup plus de lait. Mon objectif est de produire 500 000 litres. » Au fil des attributions de quotas et d’une obtention de 100 000 litres supplémentaires sur cinq ans auprès de sa coopérative (Sodiaal), en volume B, il disposera d’ici à 2020 d’une référence de 480 000 litres. Le jeune éleveur, conscient de la difficulté de son projet, l’a mûrement réfléchi, notamment pendant sa formation BPREA. Il a pris conseil auprès des services techniques, formateurs, maîtres de stage, voisins... « Je voulais partir sur 300 000 litres mais mon entourage m’a dit : 'll faut voir plus grand'.  Malgré tout, étant seul, je me suis limité à 60 vaches. »

« Le prix du lait n’est pas au rendez-vous »

La mise en œuvre du projet n’a pas été de tout repos. Deux crises laitières, de grosses difficultés d’adaptation des vaches au nouveau bâtiment, une laiterie dont les producteurs ont dû combler les déficits avant sa reprise par Sodiaal, du quota retiré pendant deux ans faute de pouvoir le produire dans la vieille étable... « J’ai eu droit à tout. J’avais bon espoir d’atteindre mes objectifs économiques cette année, mais le prix du lait n’est pas au rendez-vous. »

Une des premières décisions d’Anthony Lemoine a été d’adhérer au contrôle laitier pour se faire accompagner dans la mise en place de son projet. L’une des principales questions était : « Comment tu vas produire ton lait ?, explique Carole Deprugney, technicienne à Optival, la coopérative d’appui technique. Nous avons construit le projet sur une production de 480 000 litres avec 60 vaches à 8 000 litres. Nous sommes partis de la surface en herbe existante (43 ha) et nous avons calculé la surface de maïs nécessaire pour nourrir les vaches. Et, comme, il n’y avait pas suffisamment de pâturage, il fallait maintenir du maïs au printemps. » La sole de maïs est passée de 12 à 22 hectares au détriment des céréales.

Les objectifs de production sont presque atteints...

Le même calcul a été fait pour les génisses. « Nous étions en déficit fourrager. Nous nous sommes donc fixé l’objectif de passer en vêlages à 24 mois. Nous faisons un suivi des croissances des génisses au mètre-ruban », précise  Carole Deprugney. Raccourcir l’âge au vêlage -  30 mois actuellement - est un des objectifs les plus difficiles à tenir car les génisses sont logées en grands lots dans une étable ancienne peu fonctionnelle, où il est difficile d’obtenir des croissances homogènes. Un projet de bâtiment est à l’étude mais pas réalisable financièrement pour l’instant.

La montée en charge de la production a également été suivie de près. « Nous faisons une prévision laitière qui permet de dire, selon le nombre de vaches, combien de lait il va manquer par rapport aux objectifs, poursuit Carole Deprugney. L’éleveur peut alors décider d’acheter des vaches ou des génisses pour atteindre l’objectif ou de monter plus progressivement. » « J’ai produit le maximum de génisses et j’ai acheté au moins une dizaine de vaches et génisses, détaille l’éleveur. Mais, j’ai eu beaucoup de casse quand les vaches sont rentrées dans la nouvelle stabulation, il y a trois ans. J’ai dû retrouver tous mes repères. La première année a été très dure, la deuxième beaucoup mieux et la troisième, j’ai fait trop de lait ! Je travaille beaucoup avec un voisin très performant qui m’a aidé à partir sur de bonnes bases et que j’appelle dès que j’ai besoin. » Les objectifs de production ne sont pas loin d’être atteints. Les vaches, qui étaient à 6 000 litres à l’entrée dans le nouveau bâtiment, approchent aujourd’hui d’une moyenne économique de 8 000 litres et l’exploitation a produit 426 000 litres au cours de la dernière campagne.

...mais pas les objectifs économiques

La construction d’une stabulation de 60 places était une étape incontournable du projet. « Nous n’avons pas travaillé sur le bâtiment. Anthony savait déjà ce qu’il voulait », se remémore Carole Deprugney. Après avoir ébauché le projet avec la chambre d’agriculture, l’éleveur l’a peaufiné lui-même pendant sa formation, y compris le chiffrage prévisionnel, en prenant des idées chez ses maîtres de stages et son voisin. Un investissement qui s’est monté à 240 000 euros, avec pas mal d’autoconstruction, auxquels se sont ajoutés 39 000 euros pour les silos. Il a été en grande partie autofinancé (140 000 euros). « Sinon, je n’aurais pas pu m’installer. » En matériel, il a investi « au strict minimum », de l’occasion essentiellement, et fait beaucoup appel à sa Cuma. Seul sur son exploitation, Antony lemoine bénéficie d'un peu d'aide bénévole de sa mère et son oncle, et affirme assumer sans difficulté particulière sa charge de travail. "Cà va", dit-il.

Quant aux prévisions économiques, c’est le point qui le « fâche » le plus : « l’étude prévisionnelle d’installation était favorable mais elle n’avait rien à voir avec la réalité. » Elle a été réalisée juste avant la crise laitière de 2009. Ses objectifs économiques — 75 000 à 80 000 euros d’excédent brut d’exploitation — ne sont pas atteints. En 2013-2014, l’EBE était de 52 000 euros. « Travailler correctement et dans de bonnes conditions pour s’en sortir tout juste, ça n’est pas ce que j’espérais. Il manque le prix du lait. Je reste confiant malgré tout. On fait un super métier. »

« Connaître le coût de production pour faire ses choix »

« Tous les services techniques d’Optival sont proposés à la carte. Lorsqu’il y a un projet important sur une exploitation, outre le rationnement, la prévision laitière et le bilan cellulaire que nous faisons chez la plupart des éleveurs en croisière, nous réalisons un certain nombre de suivis spécifiques. Chez Anthony, nous faisons le plan fourrager et l’élevage des génisses. Nous nous voyons dix fois dans l’année et il en sera sans doute ainsi jusqu’à ce qu’il soit en rythme de croisière. Les services sont facturés au nombre d’heures - 20 heures pour Anthony - sur la base d’un tarif de 50 euros de l’heure. Cette année, il a quasiment atteint les objectifs de production. Face aux incertitudes sur le prix du lait, il est important de connaître le coût alimentaire aux mille kilos de lait, mais aussi à la vache pour avoir une approche trésorerie et accompagner l'éleveur dans ses choix. Il reste encore beaucoup à travailler sur les génisses mais ce sera difficile tant qu’elle seront dans le bâtiment actuel. »

Carole Deprugney, technicienne Optival

Chiffres clés

• 120 hectares dont 43 ha de prairie permanente, 21 ha de maïs ensilage, 12 ha de colza, 14 ha d’orge, 30 ha de blé.

• 55 vaches à 7 800 litres de moyenne économique, 25 génisses de renouvellement par an.

• 426 000 litres en 2014-2015 à 338 euros les 1000 l

• 125 euros par 1000 l de coût alimentaires des vaches 

Des prairies inondées mais de bonne qualité

La surface en prairie permanente (43 ha) comprend les prairies inondées en hiver (24 ha) et leurs versants. Les parcelles inondées démarrent très tard. L’engrais est épandu vers le 10 mai et elles sont fauchées dans la première quinzaine de juin. Mais, l’herbe est de bonne qualité et le rendement de la première coupe très important (5 à 7 tonnes/ha de foin). Au printemps, les 55 vaches ne disposent que de 7 hectares de pâture à la mise à l’herbe puis de 9 hectares jusqu’à fin juin. D’où la nécessité de distribuer encore une part importante de maïs (28 - 30 kilos par vache et par jour). « C’est une période stressante », dit l’éleveur.

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