Aller au contenu principal

Mission de l’Afdi
Transmettre un savoir-faire de la Normandie au Kosovo

Le Kosovo vient de fêter le premier anniversaire de son indépendance. La filière lait en est encore à ses balbutiements. Quatre agriculteurs bas-normands y sont partis en mission.

Avec la « traditionnelle » coupure
d’électricité, la traite se déroule
grâce à un groupe électrogène.
Avec la « traditionnelle » coupure
d’électricité, la traite se déroule
grâce à un groupe électrogène.
© V. Motin

Dimanche 19 octobre 2008, 15 heures : bienvenue à Pristina. Quatre agriculteurs normands posent un pied sur le tarmac de l’aéroport. Jean- Pierre Bourban et Denis Picard, agriculteurs ornais, Guillaume Bernard et Henri Hédouin, éleveurs dans la Manche. Premiers pas et premiers constats dans un pays marqué par le conflit. Au Kosovo, point de réelle trêve dominicale : les bulldozers s’activent sur la route en reconstruction de l’aéroport. Seules quelques vaches ne sont pas effrayées par la traversée de cette future quatre voies en chantier. Passé la vétuste centrale à charbon héritée de l’ère communiste, les maisons jaillissent. Le rouge des briques symbolise désormais le libéralisme à la mode kosovarde.

Réflexe de céréalier oblige, Denis Picard regrette la visible inexistence de plan d’urbanisation. « Ils pourraient cultiver de belles plaines. Ils semblent avoir de la bonne terre, bien noire. Leurs constructions sauvages risquent de freiner leur développement. » Mais pour l’heure, tout le potentiel agricole n’est pas exploité. Sur les 400 000 hectares de surface agricole du Kosovo, 200 000 hectares sont cultivés. Les rares chiffres existants montrent un Kosovo loin de l’autonomie alimentaire. Le pays importe : l’agriculture représente 24 % des importations.

UN PAYS EN RECONSTRUCTION

Sur la route bosselée de Mitroviça, un clinquant 4x4 Audi dépasse un modeste Massey-Ferguson de 40 chevaux, armé de sa charrue. Le pays se développe à deux vitesses. Et le Kosovo vit sous perfusion des aides internationales. « On observe des chantiers partout. Routes, ponts, immeubles… on reconstruit. Paradoxalement, il n’existe que deux entreprises de travaux publics. Le pays vit grâce aux aides, la pompe est difficilement réamorcée », explique un officier français de la Kfor(1).

Dans ce contexte, l’échange de paysans à paysans est une piste. Développer le savoir-faire des agriculteurs est la piste privilégiée par l’Afdi Basse- Normandie (Agriculteurs français et développement international). L’association de développement fondée par les organisations agricoles a noué des partenariats au Kosovo depuis 2002. Dix-huit échanges se sont succédés depuis. « La situation actuelle me rappelle la France de 1945. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, tout était à reconstruire. Ici, la population est jeune. Les terres ont du potentiel. L’agriculture peut contribuer à mettre en route l’économie. Il faut donc former les futurs agriculteurs sur le terrain, et vulgariser les nouvelles techniques », insiste Henri Hédouin.

Sur le terrain, les paysans s’organisent. La coopérative Agronomia développe l’utilisation de matériels en commun. Avec ses douze matériels, le groupement (trente membres) est cité en exemple. « Notre coopérative s’occupe des labours, de l’ensilage, des traitements et de l’épandage, explique Shaban Koci, président de la coopérative. Les missions réalisées en France nous ont permis d’adapter nos facturations et d’intégrer les coûts de maintenance. Mais, nous manquons de pièces et de compétences techniques pour l’entretien. » En attendant, Shaban Koci prêche les agriculteurs locaux. « Le passé communiste demeure encore très présent dans les esprits. L’idée de coopérative fait encore peur. » ■ 

(1) La Kfor est une force armée multinationale mise en oeuvre par l’Otan dans le Kosovo.

Une filière lait à deux vitesses Un local de 15 m2 : c’est l’un des deux points de collecte de la coopérative de Blegtoria. Créé en 2005, le groupement collecte aujourd’hui 6000 litres de lait par jour. Sur le pas de la porte, cinq bidons vides témoignent du caractère encore artisanal de la coopérative. Certains producteurs apportent leur lait directement à la laiterie. D’autres sont collectés grâce à deux camions. « Nous collectons en moyenne 20 litres de lait par jour et par exploitation. Avec nos véhicules, nous ramassons 1 200 litres », explique Naser Bajraktari, président de la coopérative.

DU LAIT MAJORITAIREMENT HORS NORMES

« La coopérative est rentable, mais il faut convaincre les agriculteurs. La réticence était la même en France », note Jean-Pierre Bourban, membre de l’Afdi. Les agriculteurs français ont incité les producteurs locaux à nettoyer et entretenir leurs machines à traire. Quelques mois après, le bilan se révèle mitigé. « Sur 200 producteurs, une quarantaine utilisent cette méthode », indique Naser Bajraktari.

Les normes mises en place par l’État ont été levées en 2007 dans un contexte de pénurie de lait. Elles ont été réintroduites en 2008 et se durcissent avec pour objectif de s’aligner sur les normes européennes en 2009. « Quand on produisait du lait comme eux, nous n’avions pas les mêmes règles », réagit Guillaume Bernard. Le lait produit au Kosovo a une mauvaise image auprès des consommateurs. Autre problématique : le refroidissement du lait. Au mieux, la production quotidienne est placée au frigo.

Pour former les éleveurs à l’hygiène des animaux, certaines laiteries ont enregistré des DVD. Mais avant la qualité, la transformation recherche des débouchés. Le marché est bridé par les importations. Un quart du lait consommé au Kosovo provient des pays voisins où la production est soutenue. Installée au coeur d’un quartier résidentiel, la laiterie Bylmeti - qui paye le lait aux producteurs entre 0,25 et 0,44 € par litre - affiche une capacité de 20000 litres par jour. Dans la réalité, l’outil se contente de 10 000 litres. Imer Berisha, le directeur, explique: « les marchés sont bien là. Mais face aux importations, nous sommes difficilement concurrentiels. Notre agriculture n’est pas subventionnée et nous subissons plus de problèmes qu’ailleurs. À commencer par les coupures d’électricité récurrentes… » ■

C’est quoi l’Afdi ?

L’Afdi (Agriculteurs français et développement international) est une association d’agriculteurs français engagés dans la coopération internationale. Depuis plus de trente ans, elle accompagne l’amélioration des pratiques agricoles dans les pays en voie de développement.

Ses missions au Kosovo ont démarré en 2002. Les coopératives laitières bas-normandes, Agrial et Elle&Vire, sont partie prenantes du projet depuis 2003. Elles sont rejointes cette année par Les Maîtres Laitiers du Cotentin.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Lait.

Les plus lus

Un salarié a été embauché pour la traite du soir, cinq jours par semaine et un dimanche sur trois. © R. Marqué
Au Gaec Dyna'Milk en Ille-et-Vilaine : « Nous avons vendu le robot et réinvesti dans une salle de traite pour nos 125 vaches »
À l’occasion de son agrandissement, le Gaec Dyna’Milk a fait machine arrière sur la stratégie de traite. Les associés ont préféré…
Classement des groupes laitiers dans le monde, par chiffre d'affaires
Le top 20 des laiteries dans le monde en 2020
Les deux transformateurs laitiers leader en Chine poursuivent leur progression dans le classement Top 20 de la Rabobank pour…
"Le génotypage nous permet d'élever moins de génisses"
En ciblant le renouvellement sur les meilleures génisses et vaches, le Gaec Cadro atteint aujourd'hui 125 points d'ISU contre 101…
La forme des paddocks est modulable
Au lieu d’opter de façon cartésienne pour des paddocks rectangulaires, pourquoi ne pas adapter la forme des parcelles pour lever…
Gildas Lannuzel (à gauche) avec son apprenti Jean-Baptiste Colin. « Après mon accident, l’équipement m’a permis de gérer 90 % des inséminations à distance sans diminuer les résultats de repro du troupeau. » © DR
[Détection des chaleurs] « J’utilise des boucles auriculaires et des colliers »
Dans le Finistère, Gildas Lannuzel détecte les chaleurs de ses 65 Holstein avec 30 boucles auriculaires. Pour les génisses, il a…
Olivier Granjard, éleveur dans le Rhône © A. Batia
 « Nous avons beaucoup moins de vaches debout dans les logettes »
Au Gaec Granjard dans le Rhône, la modification de la hauteur de la barre au garrot a eu un impact positif sur le bien-être, la…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 8.50€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière