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Tout est possible, mais il faut être proactifs !

Le lait à l’horizon 2030. Quatre scénarios prospectifs ont été présentés à la filière laitière le 30 juin. Objectif ? Travailler sur les attitudes à tenir face aux opportunités et menaces.

© S. Leitenberger/archives

Comment vont évoluer les circuits de distribution ? Quels types d'exploitations dans quinze ans ? Quel niveau de consommation des produits laitiers ?... Toutes ces questions ont été analysées pendant deux ans par un groupe de travail composé de 22 professionnels réunis au sein de FranceAgriMer. Près de 500 hypothèses ont été envisagées ; 82, jugées les plus déterminantes, ont été retenues pour construire les scénarios prospectifs. Il ne s'agit surtout pas de prévisions, mais de possibles élaborés à partir de combinaisons des hypothèses. Pour chaque scénario, il est possible de dégager les enjeux et les conséquences pour les différents acteurs de la filière lait. « Le principe est de conduire une réflexion de filière pour inventer un futur en s’affranchissant de la dictature du court terme, explique Dominique Chargé, président du conseil spécialisé lait de FranceAgriMer. Nous avons de la matière. Il faut maintenant l’exploiter pour construire l’avenir. » Les acteurs peuvent alors agir pour favoriser ou défavoriser l'advenue d'un scénario.

« Tout le travail mené peut être utilisé comme une aide à la décision stratégique. Un scénario ne se produit pas tout seul. Nous voulons aider les acteurs à se projeter et à créer la réalité, à s’offrir la possibilité d’être proactif », expose Patrick Aigrain, de FranceAgriMer. « Aujourd’hui, si nous ne nous sommes pas accordés sur un scénario à privilégier, nous sommes d’accord sur les éléments qui peuvent interagir et leur définition. Et c'est peut-être le plus important ! », avance Dominique Chargé.

Dans chaque scénario les mêmes hypothèses sont présentes mais évoluent différemment avec des conséquences qui varient. Par exemple, le changement climatique peut influer sur la localisation de la production laitière ou encore provoquer l'émergence d'épizooties. Et à chaque fois la réponse des acteurs est différente. Une tendance qui semble ressortir est la fin du lait apte à toute transformation et une segmentation de la production en fonction du débouché. Pour Pascal Clément, de la FNPL, « un autre élément intéressant dans les quatre scénarios est la coexistence de différents systèmes d’exploitations. On retrouve des exploitations familiales agro-écologiques, des grandes fermes spécialisées très intensives en capitaux et en travail, et des exploitations multispécialistes avec une solidité financière et ouvertes sur l’extérieur ». Tour d'horizon de ces quatre scénarios.

1 « Lait high-tech et démondialisation »

Dans ce scénario, la consommation de produits laitiers est toujours en croissance malgré une crise économique aggravée. Les pays en développement, marchés d’aujourd’hui, développent leur propre production. L’Europe est touchée par des épizooties liées au changement climatique. Le marché est segmenté avec des produits frais et transformés localement d'une part et des poudres high-tech commercialisées à l'international d'autre part. Les entreprises françaises ont su profiter de leur avance technologique sur les marchés internationaux. La production laitière est présente sur tous les territoires grâce à une politique proactive. Deux modèles d’exploitation coexistent. Un modèle minoritaire, dispersé sur les territoires, agroécologique, peu mécanisé, consommateur de travail et de capitaux, produit du lait, de la viande et des services environnementaux. Un modèle dominant en monoproduction latière, allie développement du salariat, automatisation, achat de l'alimentation, et apport de capitaux extérieurs.

2 « La spirale concurrentielle »

Avec ce scénario, la consommation de produits laitiers baisse fortement dans les pays développés, compensée par la progression de la demande dans les pays émergents. La production laitière augmente. La GMS ne s’est pas adaptée et disparaît au profit des industriels qui gèrent les circuits de distribution. L'industrie intègre également la production laitière par l'apport de capitaux et les grandes fermes deviennent la norme. La course à la taille dans l'industrie entraine la mise en place d'une entente tacite de type oligopolistique entre un tout petit nombre d'acteurs survivants.

3 « Une filière laitière conquérante et régulée »

Dans ce scénario, la consommation de produits laitiers augmente dans l’Union européenne. La production laitière croît et le changement climatique avantage les pays tempérés. Les pays importateurs développent leur propre production pour devenir autonomes. Les entreprises s’implantent dans ces pays pour conquérir leurs marchés. Le rapport de force avec la distribution s’inverse et la concentration de l'industrie permet son intégration. L’interprofession joue un rôle de régulation entre les acteurs de la filière. La production du lait standard est surtout réalisée par de grosses fermes automatisées employant des salariés. Le modèle familial persiste à la marge avec des exploitations familiales aidées et productrices de produits plus typés.

4 « Le défi de la régression »

La consommation de produits laitiers diminue. Les épizooties constituent un problème important qui nuit à l’image des produits européens. Dans un contexte de marché excédentaire et de prix du lait en baisse, les OP européennes organisent la réduction de la production. Elles recherchent leurs propres gisements de valeur ajoutée via leurs outils de transformation ou en partenariat. Les taux d'installation sont faibles. Le développement des exploitations se fait davantage par l'accroissement de la quantité de travail. La course à la spécialisation s’arrête et les logiques agro écologiques sont des réponses structurelles à l'exposition des exploitations aux aléas, avec un retour à une relative autonomie des systèmes fourragers.

La prospective au service des filières

Un savoir méthodologique de l’Inra a été mobilisé pour réaliser ce travail. « La prospective est en quelque sorte une machine à raconter des histoires qui sont des possibles à long terme en partant des signaux faibles d’aujourd’hui, expose Patrick Aigrain. Nous avons croisé des hypothèse en envisageant pour chacune le recto et le verso : augmentation de la consommation mondiale ou au contraire baisse, par exemple. Nous avons intégré des facteurs nationaux mais aussi mondiaux et extérieurs (marchés, climat...). Le travail a alors consisté à analyser les interactions entre ces hypothèses ». Au final, les 87 hypothèses retenues sont classées en quatre thèmes :

Contexte général : changement climatique, attentes sociétales, crise financière, régulation...

Contexte filière : épizooties, mouvement anti-lait, autonomie des élevages, intensification...

Acteurs : concertation et rapport de force, investissements, systèmes de production...

Marchés et produits : consommation mondiale, européenne et française, valorisation des produits, prix du lait, niveau de production...

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