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Tous les veaux croisés ne se valent pas

Le croisement viande a fortement augmenté depuis 2015. Mais, il ne garantit pas un bon prix des veaux, surtout pour les femelles Blanc Bleu Belge sur Holstein, pas toujours assez conformées.

Si l’utilisation de semence sexée a marqué le pas en 2016, en revanche, le croisement viande sur les vaches laitières non destinées au renouvellement est reparti à la hausse dans tous les bassins laitiers (+ 17 % en 2016/2013), après une forte baisse démarrée à la fin des années 2000. Selon une étude Interbev-Idele, le taux de veaux croisés nés de vaches laitières était de 17 % en 2016. « Les veaux croisés supplémentaires se situent surtout dans l’Ouest. Ils sont presque tous de père Blanc Bleu Belge (BBB) », précisent ses auteurs. « Si les naissances de veaux croisés affichent une nouvelle hausse sur janvier et février 2018, la progression est plus faible que les années précédentes », souligne néanmoins Jean-Marc Chaumet, du GEB-Idele. La pratique du croisement viande a souvent été « vendu » comme un moyen de financer le surcoût de la semence sexée. Mais, il y a croisé et croisé. Acheteurs de veaux nourrissons et observateurs tirent la sonnette d’alarme sur la qualité de certains d’entre eux issus notamment de taureaux Blanc Bleu Belge.

« Le marché des veaux croisés est divisé en deux catégories »

« Autant les veaux Blanc Bleu Montbéliard sont très bons, autant, dans les Blanc Bleu noirs (BBB sur Prim’Holstein), il y a beaucoup de déception, surtout dans les femelles, alerte Yves Deveaux, responsable de l’activité veaux du groupe coopératif Sicarev, en Rhône-Alpes. Beaucoup de ces femelles sont de mauvaise qualité. La majorité des intégrateurs français n’en veulent pas parce qu’elles se développent du côté de la mère et, dans le meilleur des cas, elles sortent R= ou R- voire O en conformation et ne font pas de poids. Même sur le marché espagnol, elles sont très difficiles à valoriser. Il est plus facile de vendre un bon mâle noir qu’une femelle croisée Blanc Bleu noir. »

« Le marché des veaux croisés est divisé en deux catégories : les veaux bien conformés dont les prix sont stables et ceux issus en grande partie de la vague de croisement débutée en 2015 dont les performances à l’engraissement de veaux de boucherie laissent à désirer », explique Idele dans sa dernière note de conjoncture Tendances. Ces derniers sont surnommés un peu péjorativement « croisillons » dans le milieu du négoce. « Ces veaux ne correspondent pas à une demande et encombrent le marché », ajoute Jean-Marc Chaumet.

« Notre chance, c’est le marché espagnol »

En fait, les intégrateurs n’achètent les croisillons que lorsqu’ils ne trouvent pas suffisamment de veaux mâles laitiers, notamment au premier semestre, quand les vêlages sont moins nombreux. De plus, le sexage a eu pour conséquence une nette baisse du sex-ratio mâle des veaux nés du cheptel laitier (de 51,3 % en 2009 à 48,3 % en 2016 et même 47 % en Montbéliarde et 43 % en Franche-Comté). Sexage et croisement peuvent conduire à une pénurie de veaux noirs et Montbéliard en début d’année. Les intégrateurs prennent alors des veaux croisés de qualité inférieure mais le moins possible et, échaudés par de fortes pertes sur ces catégories, ils font pression sur les prix pour les rapprocher du tarif des veaux noirs.

« Notre chance, c’est le marché espagnol, qui valorise bien les mâles, s’exclame Yves Deveaux. Mais, il tient à un fil. » « Si les achats espagnols concernent des veaux de qualité très hétérogène, la compétition s’accentue sur les veaux recherchés par les intégrateurs hexagonaux. Les engraisseurs ibériques ne rechignent plus à renchérir pour acquérir les veaux nécessaires pour maintenir le courant d’exportations de jeunes bovins à destination du pourtour méditerranéen », constate l’Idele. Mais, ces marchés de pays tiers restent à la merci des aléas sanitaires et politiques.

Les écarts de prix se sont renforcés

Faire naître un veau issu d’un père de race à viande ne garantit plus un bon prix. Les écarts de prix se sont nettement renforcés. Les cours des veaux croisés bien conformés (U à R+) se maintiennent dans une fourchette de 350 à 450 euros pour les mâles. Les femelles sont payées 70 à 80 euros de moins. L’Italie n’en achetant presque plus, ces veaux haut de gamme ne sont plus destinés qu’au marché français, qui n’est pas extensible, voire régresse. En revanche, les prix des femelles croisées noires de mauvaise qualité se situent dans une fourchette de 130 à 180 euros, voire 70 à 120 euros si elles pèsent moins de 50 kilos. Les purs Montbéliard peuvent atteindre 280 euros.

« Par crainte de difficultés lors du vêlage, les éleveurs choisissent des taureaux Blanc Bleu à vêlage facile, qui donnent des veaux moyens ou médiocres. Mais, dans ces conditions, il ne faut pas s’attendre à les vendre très cher », prévient Yves Deveaux. « Il faut continuer à faire des veaux croisés, nous en avons besoin. Mais, nous voulons de la conformation : il faut viser du R= ou R+ au minimum, voire du U, appuie Sébastien Deshaies, responsable commercial veaux chez Weber SAS. Le croisement Blanc Bleu reste intéressant. Mais, il faut bien sélectionner la paillette. Le croisement Inra 95 va bien aussi. De plus, les intégrateurs demandent des veaux jeunes, de 14 à 20 jours et, surtout, il ne faut pas lésiner pour les faire boire. »

Chiffres clés 2016
13 % des IAP sur femelles laitières en semence sexée (35 % des génisses)
49 % des éleveurs laitiers utilisent des semences sexées
17 % des veaux nés de vaches laitières sont croisés (+ 17 %/2013) sur un total de 3,61 millions

Deux tiers des mâles et femelles croisées engraissés en veau de boucherie

Devenir (à mai 2017) des veaux laitiers nés en 2015

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