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Partenariat chinois
Synutra se désengage de France, et après ?

Maîtres laitiers du Cotentin et Sodiaal font les frais des difficultés financières du groupe chinois Synutra. Avec plus ou moins d'impact sur leurs activités. Comment font-elles face ? 

Cet été, on ne parlait que de cela. De Synutra, du mirage chinois, de la désillusion après l'euphorie... Il faut dire que la presse a largement fait écho aux " inquiétudes des éleveurs " relayées par les syndicats. Et le silence des équipes dirigeantes de Sodiaal et de Maîtres laitiers du Cotentin (MLC) dans les premiers jours a alimenté les inquiétudes et les rumeurs. Depuis, Sodiaal a entamé des rencontres avec ses adhérents et lâché quelques informations à la presse. Et Maîtres laitiers du Cotentin a profité de son assemblée générale (lire p. 11) pour réexpliquer l'histoire de ces derniers mois aux délégués et rencontrer la presse. " Il était difficile de communiquer avant la rupture du contrat par Synutra mi-août. On se savait pas comment les choses évolueraient ", se défend MLC.  

Au jour où nous mettons sous presse le 20 septembre, il était avéré que le groupe laitier chinois Synutra doit de l'argent à Sodiaal et aux Maîtres laitiers du Cotentin. Les deux coopératives ne peuvent pas communiquer sur les montants. Ce que l'on sait, c'est que dans ses derniers comptes rendus publics clôturés en mars 2017, Synutra France affichait plus de 38 millions d'euros de dettes fournisseurs, contre 11 millions en mars 2016. Et elles ont sans doute grimpé encore depuis. La comparaison entre les deux coopératives s'arrête là.

MLC cherche à se faire payer des pénalités et des impayés

Mi-août, Synutra a rompu sa relation avec Maîtres laitiers du Cotentin qui reste maître de ses outils. Ce contrat portait sur 690 millions de briquettes de lait UHT, correspondant à environ 90 millions de litres de lait entier dans le cas de lait " classique ", et plutôt à 60 millions de litres de lait entier dans le cas de recettes de lait infantile, soit 80 à 100 millions d'euros de chiffre d'affaires selon les recettes. La coopérative cherche donc de nouveaux clients. Et elle a lancé une procédure judiciaire à l'encontre de Synutra pour se faire payer une facture de 9,59 millions d'euros pour " non atteinte des objectifs de vente fixés par le contrat pour la première année d'activité ". Le groupe n'exclut pas par la suite de se défendre " par rapport à la manière dont ils ont rompu notre contrat ". S'agissant des impayés, " notre assureur a mandat pour les recouvrir ".

Sodiaal réduit sa dépendance à Synutra

Sodiaal et Synutra restent partenaires. En ce 20 septembre, Synutra était toujours en négociation avec son partenaire Sodiaal pour lui revendre une partie de son usine de Carhaix. Ce qui lui permettra du même coup de solder sa dette envers la coopérative française. Synutra n'a jamais réussi à remplir le contrat initialement prévu pour valoriser annuellement 288 millions de litres de lait et des poudres de lactosérum. Les lignes de briquettes de lait UHT sur le site Candia de Saint Étienne étaient toujours à l'arrêt, depuis 2017. " L'agrément pour exporter du lait infantile liquide est arrivé en juin dernier. Actuellement, nous travaillons avec Synutra pour être en mesure de démarrer dès que possible. Et sur les lignes qui nous appartiennent, Candia cherche des marchés en Chine et ailleurs ", expose Damien Lacombe. 

Mais que se passe-t-il avec Synutra ? Pourquoi de tels déboires ? Ce ne serait pas un problème de débouché selon les deux coopératives, même si le marché chinois est bataillé et que les importations de lait liquide UHT ont légèrement baissé en 2017. Il est question de compétence, selon Sodiaal, qui rappelle que Synutra est un spécialiste du conditionnement qui n'a pas une longue expérience en tour de séchage et poudre de lait infantile.

" Il y a un problème Synutra, pas un problème de marchés "

Selon Maîtres laitiers du Cotentin, " l'idée de faire des briquettes de lait infantile était très bonne. Ce n'est pas le problème ". Alors, cela vient-il du fameux dépôt protéique au fond de la briquette ? " Avec le procédé thermique validé avec Tetra pak et Synutra, il n'est pas possible d'avoir zéro dépôt jusqu'au dernier jour de la DLC. Avec une recette de lait infantile, le risque de dépôt est moindre mais il existe quand même. " Pour MLC, le problème vient de " l'échec commercial de Synutra. Quand nous sommes allés visiter leur site en Chine début juin, il y avait un stock important de briquettes et certaines avaient une DLC qui correspondait à une production chez nous en octobre 2017 ! Pas étonnant qu'il y ait un dépôt ". Synutra voulait des pailles rigides. " Elles grattent le fond de la briquette et augmentent le risque de remontée du dépôt dans la bouche du consommateur. D'où les retours clients qu'ils ont eus. "

MLC n'a toujours pas obtenu son agrément chinois pour exporter ce lait en tant que lait infantile. Cette absence d'agrément a servi de prétexte à Synutra pour rompre son contrat. " Nous parlons de prétexte, car ils savaient très bien que suite à l'affaire Lactalis, tous les dossiers de demande d'agrément chinois étaient bloqués par l'administration française. " Par ailleurs, MLC explique qu'avec Tetra pak, le travail était engagé pour réduire le problème du dépôt protéique. Il semble donc évident que Synutra France ne voulait pas chercher à surmonter les difficultés.

MLC a-t-elle manqué de prudence ? " Au contraire ! Par rapport aux demandes initiales de Synutra, nous avons été prudents, affirme Christophe Levavasseur, président de la coopérative MLC. Synutra voulait nous faire produire trois fois plus de briquettes que la capacité actuelle ! Nous avons fait baisser le volume contractuel pour ne pas être trop dépendant d'eux. Synutra voulait que les lignes de transformation leur appartiennent. Nous avons tenu bon pour rester indépendants. "

Au final, la situation de MLC semble plus compliquée que celle de Sodiaal avec des impayés à recouvrir, des pénalités à se faire payer et avec de nouveaux contrats à trouver pour faire tourner les lignes de briquettes de lait. D'autant plus qu'ils n'ont pas encore d'agrément chinois pour le lait infantile. 

Synutra a été trop gourmand

" MLC cherche de nouveaux clients "

Quel est l'impact sur la politique volume, le prix du lait et la valorisation de la coopérative ? 

Christophe Levavasseur, président de la coopérative des Maîtres laitiers du Cotentin - L'arrêt des lignes de fabrication est intervenu durant l'été, au moment du creux de collecte. Le lait a pu être réorienté sur les autres sites. Idem pour la centaine de salariés concernés par l'activité Synutra. Nous avons des capacités de transformation qui permettront aussi de faire face cet hiver en fabriquant davantage de fromages, de beurre et de crème. Commercialement, nous avons un atout immense : France Frais, notre réseau de 129 filiales de grossistes distributeurs. Il a joué la solidarité avec la coopérative en achetant davantage de produits MLC. Habituellement, France Frais valorise entre 30 et 35 % de nos fabrications. On arrivera à 40 % dans le contexte actuel. Cela concerne essentiellement du lait UHT, mais aussi des fromages, du beurre et de la crème.

Du coup, la coopérative ne remet pas en cause les volumes attribués à certains producteurs (+20 %) et la possibilité de produire 10 % de plus que leur référence. Nous continuons à accompagner des projets, du moment qu'ils ont la confiance des partenaires financiers. Le prix du lait de base standard atteindra environ 320 €/1 000 l sur la campagne 2018-2019, à comparer aux 313 € de la campagne 2017-2018.

Quand redémarreront les six lignes de transformation en briquettes ?

C. L. - Au mieux, au premier trimestre 2019. Ces six lignes sont à nous et depuis la rupture du contrat, nous sommes complètement dégagés de nos obligations envers Synutra et nous cherchons de nouveaux partenaires. Nous avons trois pistes pour lesquelles nous avons déjà rencontré des gens intéressés. La première est de transformer pour le compte d'autres industriels laitiers des briquettes de lait infantile ou de lait UHT. La deuxième est de vendre nos briquettes à des distributeurs chinois. Beaucoup sont intéressés par cette présentation pour du lait infantile. Nous attendons avec impatience l'agrément chinois pour avancer sur cette piste. Nous savons que notre dossier est désormais entre les mains des autorités chinoises. La troisième piste est de vendre nos briquettes à des acteurs du Moyen-Orient, du Maghreb et d'autres pays d'Afrique. La problématique de la disponibilité et de la qualité de l'eau les rend réceptifs à cette présentation de lait liquide.

" Sodiaal est intéressée par le site de Carhaix "

Quel est l'impact sur la collecte, sur le prix du lait, et sur la valorisation de la coopérative ? 

Damien Lacombe, président de la coopérative Sodiaal - Il n'y aura pas d'impact négatif sur la collecte et le prix du lait, ni sur les parts sociales. Le contrat Synutra ne représente que 3 à 4 % des volumes de lait de la coopérative. Une partie des 288 millions de litres prévus initialement a bien été transformée en poudres Synutra. Le reste a été reporté sur d'autres sites. Nous avons la chance d'être présent sur divers métiers où il y a des opportunités en fromages, beurre, crème. Il n'y aura pas d'impact négatif sur la valorisation ; ce sera peut-être même positif. De même, la poudre de sérum déminéralisée non prise par Synutra est valorisée sur d'autres débouchés par Eurosérum. Ces deux contrats seront redimensionnés d'un commun accord avec Synutra.

Pourquoi acheter une partie de l'usine de Carhaix ?

D. L. - Notre plan #Value prévoyait un projet de construction d'un nouveau site de nutrition infantile, avec notamment un nouvel outil de poudre de lait infantile. Le rachat de Carhaix va nous faire gagner trois à quatre ans. Et c'est un très bon timing, étant donné que nos sites actuels sont saturés (3 tours pour 30 000 tonnes de poudres) et que nous n'aurions pas pu répondre à certains clients s'il avait fallu attendre un site neuf. Cette usine est un bel outil malgré ce que l'on a pu entendre dire sur des problèmes techniques. Contrairement à Synutra, qui est spécialisé dans le conditionnement, nous avons un vrai savoir-faire en tours de séchage (une vingtaine en tout chez Sodiaal) et en nutrition infantile.

Sodiaal avait anticipé cette dépense. Il n'y aura pas besoin de réaliser d'économies supplémentaires, ni de vendre certains actifs, ni de faire appel à des parts sociales.

La négociation porte sur le rachat de la partie réception et les tours de séchage. Synutra veut garder l'activité conditionnement à laquelle est lié son agrément pour la Chine. Sur une capacité de 80 000 tonnes, Sodiaal produirait à parts égales pour sa propre activité et pour son client Synutra. Notre projet est de vendre vers la Chine, l'Europe, le Moyen-Orient, des boîtes à nos marques. Pour l'instant, avec du lait conventionnel. 

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