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Lait : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière lait dédiée aux agriculteurs, éleveurs de vaches laitières.

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« On s’est installés sans autofinancement »

Au Gaec de Calv’e Breizh, dans le Finistère, Gaëtan et Hélène Berthe n’auraient pas pu s’installer sans un portage temporaire du foncier par la banque et les capitaux d’un investisseur privé.

Hélène (41 ans) et Gaëtan (34 ans) avec leur petite fille Anaïs. « Nous n’avons pas hésité à frapper à toutes les portes possibles pour réussir à nous installer. » © DR
Hélène (41 ans) et Gaëtan (34 ans) avec leur petite fille Anaïs. « Nous n’avons pas hésité à frapper à toutes les portes possibles pour réussir à nous installer. »
© DR

« Une installation n’est jamais facile, mais dans notre cas, ce fut réellement un parcours du combattant semé d’embûches et de moments de découragement », témoignent Gaëtan et Hélène Berthe, bel et bien installés depuis mai dernier, à Pleyben dans le Finistère. Tout a commencé lorsqu’Hélène, alors salariée au service de remplacement, a été missionnée à 5 km de chez elle, chez un éleveur souhaitant démarrer une reconversion professionnelle. Quelques mois plus tard, ce dernier lui propose de l’embaucher en CDD en attendant que la ferme soit vendue par la Safer, ce qu’elle accepte. C’est à ce moment-là que son patron lui apprend que l’exploitation est inscrite au répertoire départs installations depuis huit mois. « J’en ai parlé à mon compagnon, car nous aspirions tous les deux à nous installer un jour, mais sans trop y croire vu les capitaux nécessaires », rapporte Hélène, non issue du milieu agricole.

Reporter l’échéance d’acquisition des terres

Le couple rencontre alors le cédant qui leur montre tous les chiffres. Avec la maison d’habitation, la reprise revenait à un million d'euros, entre les bâtiments, le cheptel, les stocks, le matériel et 70 hectares à acheter. Le foncier appartenait aux parents du cédant (partis récemment en retraite) et à un tiers ; il représentait à lui seul 350 000 euros. « Le projet nous " bottait " et nous avons pris rendez-vous avec la chambre d’agriculture pour étudier une éventuelle reprise, se souvient Gaëtan. Sauf que voilà, sans autofinancement, la banque ne nous suivait pas. Le projet était trop lourd. Même en retirant une partie du matériel, soit 70 000 euros. »

C’est au Space que le couple entend parler pour la première fois de la possibilité du portage de foncier en lien avec les banques et la Safer. Qu’à cela ne tienne, ils montent un dossier. Dans le cadre de cette convention de portage, le Crédit agricole accepte de financer 31 hectares (sur les 70 ha), pour un montant de 150 000 euros. Concrètement, la Safer devient alors propriétaire de ce foncier pendant cinq ans, avec possibilité d’étendre la durée à dix ans, et loue les terres aux jeunes. « Ces derniers devront acheter le foncier au terme des dix ans, et les loyers payés seront alors déduits du montant d’acquisition des terres, précise Dominique Berguerie, de la Safer Bretagne. Ce dispositif facilite la reprise en reportant l’acquisition du foncier et en évitant de verser des loyers à fonds perdu. » « Cette solution nous donne une vraie bouffée d’oxygène en nous laissant le temps d’acquérir une assise financière suffisante », apprécie Hélène.

« Y croire coûte que coûte et ne rien lâcher »

Mais tout n’était pas encore gagné à ce moment-là, car il restait 39 hectares à acheter… Les propriétaires voulant absolument vendre, le couple s’est à nouveau tourné vers la Safer pour rechercher un éventuel investisseur privé. Le conseiller a actionné son réseau et essuyé plusieurs refus avant de trouver un industriel, installé dans le Sud de la France, prêt à investir dans la terre. « Il est venu nous rencontrer sur la ferme, il voulait comprendre notre projet avant de s’engager, se souvient Gaëtan. Nous lui avons raconté notre histoire et présenté notre stratégie. Il s’est montré sensible à nos valeurs et au modèle que l’on souhaitait mettre en place : un système raisonné faisant la part belle au pâturage et limitant les intrants extérieurs. Le contact s’est bien passé et, à notre grand soulagement, il a accepté d’acheter les 39 hectares. » Un bail notarié de dix-huit ans a pu être établi.

Une fois cette question du foncier réglée, la banque était d'accord pour financer le reste de la reprise (580 000 €).

« Sans portage du foncier ni investisseur privé, nous n’aurions pas pu nous installer, reconnaissent les jeunes éleveurs. Ce fut une période très stressante, mais notre persévérance a fini par payer. Si on est motivé et prêt à faire des sacrifices pour s’installer, il ne faut pas cesser d’y croire, et surtout ne pas hésiter à aller frapper à toutes les portes possibles. » Aujourd’hui, Gaëtan et Hélène sont plus motivés que jamais. Ils viennent d’autofinancer l’achat de 30 vaches supplémentaires dans l’objectif de produire 850 000 litres d’ici trois ans. Ils parviennent à tirer deux salaires (3 000 € par mois) et commencent à épargner pour financer le rachat des 31 hectares dans dix ans...

Chiffres clés

SAU 98 ha dont 3 ha en propriété
Cheptel 85 Prim’Holstein
Référence 760 000 l
Main-d’œuvre 2 UMO

Un échange parcellaire a conforté l’installation

La Safer a été maître-d'œuvre du projet et géré la transmission de A à Z. Parallèlement à leur installation, Gaëtan et Hélène ont bénéficié d’une restructuration parcellaire avec un agrandissement. À l’origine, l’exploitation qu’ils ont reprise comportait certaines parcelles (10 ha) situées à 15 km du siège d’exploitation. Or, sur la commune de Pleyben, à ce moment-là, des parcelles se sont libérées. La Safer a fait valoir son droit de préemption, et en tant que jeunes agriculteurs, le couple s’est retrouvé prioritaire. Un échange de parcelles a été effectué par la Safer avec deux autres exploitations, permettant au couple de reprendre 20 ha situés à moins de 5 km du siège d’exploitation. « Comme il s’agit de très bonnes terres, autant dire que l’opération a fait grincer des dents dans le coin, rapporte Gaëtan. D’autant plus que nous ne sommes pas des locaux… » « Nous ne nous sommes pas toujours sentis les bienvenus auprès des autres agriculteurs. J'espère que ce climat va s'améliorer avec le temps », déplore Hélène.

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