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Yannick Fialip, président des producteurs de lait du Massif central
REDONNONS DES PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES À LA MONTAGNE

Contractualisation, meilleure valorisation du lait, compensation financière des contraintes au niveau du premier pilier : trois pistes pour maintenir le lait en montagne.

« Nous
avons
beaucoup
d’éleveurs
jeunes et
dynamiques
qui ne
demandent
qu’à se
développer
si on leur
donne des
perspectives
au travers
du bilan
de santé
de la PAC. »
« Nous
avons
beaucoup
d’éleveurs
jeunes et
dynamiques
qui ne
demandent
qu’à se
développer
si on leur
donne des
perspectives
au travers
du bilan
de santé
de la PAC. »
© DR

Comment maintenir la production laitière en montagne face à la libéralisation et la fin des quotas en 2015 ?

Le premier point important est d’avoir un prix du lait le plus régulé possible. Pour cela, il faut pouvoir adapter le volume de lait produit au niveau national aux besoins du marché. Le débat sur la contractualisation avec les entreprises sera décisif, surtout dans nos régions de montagne où nous voulons avoir l’assurance que l’ensemble des producteurs seront collectés. Nous devons aussi aller plus loin sur les démarches montagne.

Le lait de nos régions a, auprès des consommateurs, une image de qualité qu’il faut valoriser davantage pour dégager une meilleure valeur ajoutée. Aujourd’hui, un tiers du lait de montagne est valorisé en AOC; il faut avoir davantage de lait identifié. Enfin, une compensation financière aux contraintes de la production de montagne est indispensable.Avec le bilan de santé de la PAC, le ministre de l’Agriculture dipose d’une boîte à outils qui permet cette compensation.

Quelles aides financières seraient nécessaires ?

Nous demandons une aide à la production laitière de montagne de 40 €/1000 litres. Elle correspond au coût supplémentaire pour produire du lait en montagne. Nous demandons aussi le soutien de l’élevage dans les régions difficiles à travers une prime à l’herbe.

Nous voulons une aide économique au niveau du premier pilier de la PAC, pour que cette aide ne soit pas associée à des contraintes environnementales trop fortes. Jusqu’à p r é s e n t , l’herbe a été enfermée dans le second pilier, avec pour cons é q u e n c e s d’orienter l’élevage de montagne vers l’extensification et de contribuer à son retard de modernisation. Il est indispensable de redonner des perspectives économiques à la montagne.

Comment justifiez-vous ce rééquilibrage des aides vis-à-vis du secteur végétal et des régions laitières de plaine ?

Les aides aux cultures mises en place lors des réformes de la PAC se justifiaient avec des céréales à bas prix qui permettaient une alimentation animale à bas prix. Ce n’est plus le cas : un nouvel équilibre des neuf milliards d’aides de la PAC doit être trouvé entre le secteur végétal et le secteur animal.

Aux éleveurs laitiers des autres régions, nous disons qu’une politique de l’herbe dans le premier pilier leur bénéficierait aussi : elles ont de l’herbe, même si elles en ont moins. Il faut qu’elles prennent conscience qu’en montagne, l’agriculture est l’un des premiers piliers économiques : la vie locale et l’aménagement du territoire en dépendent. Et le lait doit continuer à être produit à proximité des zones de consommation.

Il existe des écarts de revenu importants entre massifs, et le Massif central ne tire pas le mieux son épingle du jeu…

Oui. Le Massif central a de grandes surfaces en herbe. Il a aussi des efforts à faire sur la valorisation de ses AOC; jusqu’à présent, le lait AOC est payé au même prix que le lait standard. Mais nous espérons aboutir prochainement, au travers d’un accord interprofessionnel, à une meilleure valorisation des AOC. Les cahiers des charges du saint-nectaire et du cantal viennent d’être révisés dans cette optique. La balle est dans le camp des entreprises. Nous demandons un complément de valorisation de 70 €/1 000 litres sur cinq ans.

Vos raisons d’être optimiste pour la production laitière de votre région… ?

Nous avons, grâce à notre politique d’installation, beaucoup d’éleveurs jeunes et dynamiques. Ils ne demandent qu’à se développer. Le plan bâtiment, depuis deux ans, a par ailleurs été un bon tremplin pour un certain nombre d’exploitations. C’est plutôt un signal favorable pour l’avenir.Tout comme le système d’Acal professionnel qui a enregistré plus de demandes de quotas que d’offres.

C’est vrai qu’il reste des efforts à faire au niveau des producteurs, des mentalités à changer, notamment pour développer les formes sociétaires et réduire les charges. Mais aussi au niveau de la filière : elle doit se montrer capable de mieux valoriser le lait de nos régions et de développer des démarches lait de montagne. ■

Identité

Yannick Fialip est président de la section laitière de la FRSEA du Massif central et membre du bureau de la FNPL. Il est installé en Gaec en Haute-Loire sur 125 ha dont 100 ha d’herbe. Le Gaec compte trois associés, 400 000 litres de lait et 400 brebis viande.

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