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Quelle vision des éleveurs laitiers européens face à la mondialisation ?

À l'initiative des groupes lait du Layon-Saumurois, une journée d'échanges a réuni des éleveurs belges, irlandais et français dans le Maine-et Loire.

Faut-il grandir à tout prix, réduire ses coûts de production, se diversifier ? Est-il important de se former, de réfléchir  à plusieurs ? Où chercher le conseil technique ? La mondialisation est-elle une menace ou une opportunité ? Si la mondialisation s'impose à tous, les éleveurs peuvent l'envisager de façons variées selon les pays mais aussi au sein même d'un pays. La journée organisée par les groupes lait et la chambre d'agriculture a permis à des éleveurs belges, irlandais et français d'échanger sur leurs pratiques, leurs perspectives, les axes de progrès, les points à surveiller. « Le but était de redonner de l'optimisme aux éleveurs français, de montrer qu'il y a plusieurs pistes et que chaque exploitation doit trouver la solution la plus adaptée à sa situation » explique Jérôme Pineau, de la chambre d'agriculture du Maine-et-Loire.

avis d'éleveurs

«Simplifier le système » 

«Pour l'Irlande, qui doit exporter 90 % de son lait, la mondialisation est une opportunité pour produire plus. Si le foncier est inaccessible à l'achat, il se loue facilement pour 750 €/ha. Au nord, où je suis situé, les possibilités d'agrandissement sont limitées. Mais comme j'ai un faible taux de renouvellement, de 18 %, je peux vendre des génisses d'un haut niveau génétique aux éleveurs du sud. Mon système est basé sur l'herbe. J'élève 280 vaches sur 125 ha tout en herbe, avec une production de 6500 l/vache. Ma stratégie pour l'avenir est de simplifier mon système, en optimisant la valorisation de l'herbe, en n'ayant que des vêlages de printemps, en faisant faire plus de travaux par entreprise, en contractualisant l'élevage des génisses. L'herbe est une chance mais les 265 jours de pluie par an sont une limite pour sa récolte. Je dois aussi veiller à la productivité des terres, qui pourrait être une limite à l'avenir. Et je dois faire attention aux coûts de mécanisation. » 

Patrick Kelly, éleveur irlandais

« Être efficace à tous les niveaux »

« Après avoir été partenaire dans une ferme laitière en Hongrie, je me suis rendu compte que les écarts entre exploitations d'un même pays sont souvent plus grands qu'entre les pays. Mon objectif est donc d'être le plus efficace possible à tous les niveaux. J'élève 245 vaches pour 165 ha, en zéro-pâturage pour les vaches en lactation, avec une production de 9400 l/vache. Les vaches sont en logettes sur sable, avec des rations très précises pour chaque groupe, que je suis chaque semaine. Je fais analyser les fourrages. Je suis très précisément les performances laitières et de reproduction. Je fais appel à plusieurs consultants spécialisés et je suis de près toutes les charges. J'ai aussi simplifié le labour, pour réduire mes charges de mécanisation, et j'essaie d'organiser et de simplifier le travail au maximum. Et j'utilise tous les outils du marché, comme les crédits flexibles, pour sécuriser ma trésorerie. »

Stefan Van Rumst, éleveur belge

« Se poser pour voir ses marges de manœuvre »

« Avec mon mari et désormais notre fils, nous élevons 86 vaches Montbéliarde sur 140 ha, avec de fréquentes sécheresses en été. Nous produisons aussi du bois énergie pour une chaufferie collective. Je pense qu'il faut reconnaître que la volatilité est là et mieux regarder ses chiffres pour voir ses marges de manœuvre. Nous essayons de limiter les achats extérieurs. L'irrigation a été une solution. Nous nous sommes aussi regroupés avec une autre exploitation pour acheter ensemble nos concentrés et nous souhaitons étendre cette action à d'autres exploitations. Nous réfléchissons aussi à l'organisation du travail. La diversification et l'augmentation de taille des exploitations font qu'on est toujours plus chargé et moins efficace. Il faut se poser, voir là où on est le moins bon et le meilleur et déléguer certains travaux. »

Maryline Ménard, éleveuse française

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