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Quelle complémentation pour les maïs sécheresse ?

Avec les maïs atypiques récoltés dans les régions frappées par la sécheresse et les fortes températures, il est diffi cile d’estimer la qualité des maïs ensilages. Voici quelques conseils pour les valoriser au mieux.

Le début d'été très chaud et très sec a fortement affecté les maïs
Le début d'été très chaud et très sec a fortement affecté les maïs
© A. Conté

La récolte 2015 se caractérise par une grande hétérogénéité des ensilages entre régions, entre parcelles, voire même au sein d’un même champ. Le manque d’eau et la canicule ont impacté les rendements et la qualité du fourrage, en particulier dans la moitié Est du pays.

Le stress hydrique a perturbé la floraison et la fécondation des maïs, et les températures particulièrement élevées ont provoqué une augmentation rapide de la teneur en matière sèche des plantes ainsi qu’un dessèchement précoce.

Le Massif central, la Lorraine, la Champagne-Ardennes, Rhône-Alpes ont vu leurs rendements en maïs ensilage fortement réduits. On parle de -30 à -60 % dans l’Ain et le nord de l’Isère. Mêmes échos en Haute-Marne. « Parmi ces régions, les secteurs les plus sévèrement touchés concernent les zones de piémonts avec des sols peu profonds », rapporte Julien Jurquet de l’Institut de l’élevage.

Au sud de la Loire, certaines zones ont également été pénalisées localement, dans des proportions plus ou moins importantes en fonction du type de sol, des dates de semis, et du niveau de pluviométrie locale. « Quant aux régions de la façade ouest de la France situées au nord de la Loire et remontant jusqu’au Nord Pas-de-Calais, la situation apparaît nettement meilleure que ce que l’on pouvait craindre en début d’été. »

Les pronostics sont difficiles sur les maïs atypiques

Les effets de la sécheresse sur les maïs diffèrent selon le stade de végétation auquel elle s’est manifestée. La valeur alimentaire des maïs dépendra du stade de maturité, de l’aspect des plantes à la récolte et de la présence de grains. La pauvreté en grains et la dessication de la plante permettent d’évaluer la valeur énergétique des maïs « sécheresse » (voir tableau page suivante).

Même si la fécondation des épis n’a été que partielle, la présence de feuilles vertes sur les maïs récoltés garantit une teneur en sucres solubles nécessaire au processus de fermentation.

Des maïs « anormaux » riches en sucres mais pauvres en amidon

« Les maïs ‘sécheresse’ cachent en fait une diversité de situations qui nécessitent des stratégies de complémentation différentes, souligne Julien Jurquet. On distingue deux principaux profils : des maïs « normaux » mais secs, dont le rendement et le potentiel ont été un peu altérés mais qui sont dotés d’une teneur en amidon supérieure à 150 g/kg MS ; et des maïs « anormaux » qui présentaient des plantes plus ou moins desséchées à la récolte et dont la fécondation des épis a été perturbée. Ces derniers affichent des teneurs en amidon inférieures à 150, voire à 100 g/kg MS. » Il s’agit notamment des maïs ensilés très tôt, fin juillet-début août.

« Les éleveurs ont préféré ensiler tôt des plantes qui se desséchaient beaucoup, avec peu, voire pas de grains, pour récolter au moins la valeur alimentaire liée à la digestibilité de la plante, avance Anne Blondel de Ain Saône-et-Loire Conseil élevage. Ces maïs pauvres en amidon se caractérisent par une très forte teneur en sucres solubles (150-200 g/kg MS en vert contre 50 g/kg MS habituellement). Les sucres n’ont pas eu le temps de migrer et de se transformer en amidon. Potentiellement, ces maïs se révèlent très acidogènes. »

Avec ces maïs, il faut proscrire le recours aux pulpes de betteraves, riches en sucres, dans la ration, y compris dans la composition des aliments achetés. L’important est d’abord de veiller à diversifier le régime avec dautres sources de fourrages (ensilage d’herbe, foin, ou ensilage de maïs présentant un autre profil) et tamponner le rumen avec du bicarbonate de sodium (250 g/VL/j). « Les sucres s’avèrent très appétents, ce qui augmente encore le risque acidogène lié à une ingestion rapide », poursuit la conseillère.

Ramener de la fibre mécanique sous forme de foin permettra de ralentir le transit. « L’apport de paille coupée (1 kg/ VL/j) peut s’envisager d’autant plus qu’elle est de très bonne qualité cette année. »

« Booster » les bactéries du rumen si les maïs sont secs

La moindre valeur énergétique de ces maïs pourra être corrigée par l’incorporation de céréales. Mieux vaut alors recourir à de l’orge ou du maïs grain, dont l’amidon se dégrade plus lentement que celui du blé, et fractionner les apports dans la journée.

Faut-il forcément pallier le déficit fourrager ?

Des éleveurs achètent des fourrages et co-produits pour combler leur manque de stocks. La rentabilité n’est pas si évidente étant donné le prix du lait. Face à la sécheresse et à la crise du lait, quelle stratégie adopter ?

Faut-il acheter pour produire ou au contraire faire le choix de rester autonomes quitte à produire moins ? Telle est la question sur laquelle se sont penchés les Réseaux d’élevage du Grand Est à travers une simulation de ces deux options sur une exploitation type de la région(1) présentant cette année un déficit de plus d’une tonne de matière sèche par UGB.

« Les deux attitudes aboutissent à un niveau de revenu quasiment équivalent, analyse Daniel Coueffé de la chambre d’agriculture de Haute-Marne. L’écart de revenu se limite seulement à 1 200 € sur 2015 et 2016 en faveur de ceux qui font le choix d’acheter du fourrage et des aliments pour produire. » Un avantage qui se révèle bien fragile face aux incertitudes de l’élevage et des marchés.

Dans l’hypothèse où l’éleveur dispose d’une trésorerie suffisante et veut produire le volume de lait contractualisé contractualisé, l’étude réalisée table sur le fait qu’il achète du maïs sur pied (78 tMS à 85 €/t), du foin (23 tMS à 80 €/t), et augmente la complémentation en céréales (+1 kg/VL/j). Malgré cela, la production risque de chuter de 300 litres par vache sur les mois d’hiver. « En cumulé sur 2015 et 2016, la baisse de revenu serait de 30 000 €. Nos calculs prennent en compte l’effet de la conjoncture des prix en 2015 (328 €/1 000 l) mais font le pari d’un retour à la normale en 2016 (378 €/1 000 l). » La trésorerie se voit impactée de 12 000 € fin 2015 par les achats d’aliments et la réduction des ventes de lait.

Dans le second cas, l’éleveur ne souhaite pas ou ne dispose pas de la trésorerie nécessaire pour combler le déficit fourrager. D’où une baisse de production plus sensible (-500 kg/VL). Par rapport au premier scenario, l’impact économique serait légèrement plus faible pour le revenu 2015 (23 000 contre 27 000 €) mais se prolongerait de façon plus importante en 2016 (-7 700 € contre -2 500 €).

« Le choix de stratégie devra à la fois prendre en compte la trésorerie, l’opportunité de trouver des fourrages de qualité ou des co-produits de substitution à un prix raisonnable et la contractualisation du lait produit par l’achat de fourrages (quota A ou B) », conclut Daniel Coueffé. Il ne sera pas économiquement rentable d’acheter des fourrages pour vendre du lait payé au prix mondial.

(1) 101 ha de SAU dont 58 ha en prairies permanentes et 13 ha de maïs, 400 000 l de lait, 57 VL à 7 200 l/an

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