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De la surveillance aux soins
Quatre messages clés pour gérer les boiteries

Se donner les moyens de gérer au quotidien les boiteries, au même titre que les mammites : c’est le changement radical que préconise Marc Delacroix, vétérinaire spécialiste des boiteries.

1 Une détection précoce

D’après une étude récente, le retard dans la prise en charge des boiteries est en moyenne de 21 jours pour les vaches sévèrement boiteuses, et de 70 jours pour les boiteries légères, soit une moyenne à 38 jours. Or, « on obtient de bons résultats sur les boiteries, jusqu’à 85 % de guérison, quand la détection est précoce. Quand la prise en charge est tardive, on tombe à 15 %, ceci quelles que soient les techniques mises en place, affirme Marc Delacroix, vétérinaire de l’équipe de formation des pareurs bovins au CFPPA du Rheu(1). Pour une mammite, il serait impensable d’attendre huit jours pour la traiter. C’est pourtant généralement le cas, et souvent pire, en matière de boiteries ! Une boiterie même légère est une urgence : elle doit être gérée dans les 48 heures au maximum ».

Les capteurs, les accéléromètres ne remplacent pas le regard de l’homme. « Il faut apprendre à détecter, en particulier les animaux sub-boiteux. Et aiguiser son regard sur les pieds, la ligne de dos et surtout les aplombs. » Le regard sur le pied permet de déceler les déformations évidentes, certaines lésions en couronne (dermatite digitée, panaris, plaies diverses, enflure plus ou moins étendue et importante, soulagement partiel ou total…). Seul le lever du pied permet une investigation complète pour un diagnostic. 

Une surveillance quasi-quotidienne des pieds et des aplombs, quand les vaches sont à l’auge ou au cornadis, est essentielle. Elle permet un dépistage précoce des boiteries légères. « Une gêne légère n’occasionne pas forcément une boiterie nette. Par contre, l’attitude générale de la vache s’en ressent, en particulier au niveau de ses aplombs. L’observation des aplombs au niveau du cornadis est très parlante : en quelques minutes, on peut se faire une idée de la situation globale de l’élevage au niveau des boiteries. Les éleveurs ne le font pas assez. » La salle de traite est aussi un bon lieu de détection. « En système robotisé, il faut passer du temps à inspecter les pieds dans la stabulation, les vaches sont coopératives. »

2 Un accès facile et rapide à une contention

La règle d’or est de mettre en place un système qui, en dix minutes, permet à une personne d’amener en toute sécurité une vache dans un système de levage de pied. « Sinon, on ne le fait pas. Quand l’outil est bien placé dans le système de circulation des vaches, on n’attend pas  pour gérer la boiterie. » Pour des interventions individuelles, une cage n’est pas indispensable. " J’ai réalisé des milliers d’intervention avec des systèmes de levage simples en toute sécurité, souligne Marc Delacroix. Mais investir 5 000 euros dans une cage équipée de moteurs électriques, quand on perd tous les ans 10 000 euros à cause des boiteries, c’est rentable ! »

3 Des premiers soins effectués avec délicatesse

Une vache qui boîte doit être parée. « Le parage exige une technique rigoureuse et précise. Un onglon supporte des contraintes énormes, c’est extrêmement fragile. On va toujours trop vite, on veut toujours en enlever trop. Il faut savoir travailler au millimètre près : parfois 1 mm sur 2 cm suffit pour que la vache en ressente l’effet », met en garde Marc Delacroix. La règle de base est trop souvent oubliée : ne pas se précipiter sur les lésions, faire d’abord  le parage fonctionnel, ensuite seulement gérer les lésions. « Se former au parage demande du temps, cela ne se fait pas en une journée. »

4 Des mesures de prévention adaptées

En cas de problème de boiteries, il faut commencer par faire un bilan lésionnel sur tout le troupeau, lever les pieds, noter les degrés de gravité des lésions, et analyser ses lésions. « On a trop tendance à tout mettre sur le dos de Mortellaro, alors qu’il y a souvent d’autres lésions, en particulier du fourchet. » Une chose est sûre : « il n’y a pas de recette miracle. Les bons résultats viennent toujours de plusieurs actions concomittantes adaptées à chaque élevage ».

(1) Lors d’une journée sur les boiteries organisée par Zinpro en juin dernier.

 

Marc Delacroix, vétérinaire de l'équipe de formation de pareurs au CFPPA du Rheu:

« Il faut changer les habitudes »

Pourquoi dites-vous que les boiteries sont le parent pauvre des pathologies bovines ?

Marc Delacroix, CFPPA du Rheu - « Les outils permettant une maîtrise correcte des boiteries existent. Ce qui pèche, c’est la mise en œuvre de ces outils. Les pareurs ne sont pas assez nombreux, donc pas facilement disponibles et très pressés. L’éleveur n’est pas assez actif, pas suffisamment pertinent, souvent désemparé. Le vétérinaire est trop souvent absent dans ces problèmes de boiterie. La gestion des boiteries repose sur ce trépied éleveur-pareur-vétérinaire. Face à la complexité croissante des problèmes de boiteries, il faut une bonne cohérence. Et changer des habitudes. "

 

Intervenir une fois par an sur tout le troupeau, ce n’est pas la bonne méthode ?
M. D. - " Le pareur intervient encore trop souvent de façon globale sur le troupeau, une ou deux fois par an. Il faudrait qu’il intervienne plus souvent par lots d’animaux, selon des stades physiologiques et les besoins réels des vaches (avant tarissement, deux mois après vêlage, sur les boiteuses ou sub-boiteuses). L’intervention sur tout le troupeau est intéressante dans le cadre d’un audit : quand, par exemple, la dermatite digitée explose dans un troupeau, pour repartir sur des bases correctes. Le mode de fonctionnement des pareurs et organismes employeurs de pareurs doit donc changer si l’on veut être efficace, avec notamment la mise en place de contrats. Cela commence à bouger. "
 
Quel est le rôle de l’éleveur ?
M. D. - " Il a un rôle fondamental : la détection précoce et les premiers soins. Cela implique de la formation. Mais aussi de prendre les moyens de consacrer quotidiennement quelques instants aux boiteries, de l’intégrer dans son planning quotidien au même titre que les mammites. C'est un changement radical. "

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