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Quand le CO2 devient une nouvelle monnaie agricole

L’association Bleu Blanc Coeur propose une nouvelle démarche « vertueuse ». Son but ? Offrir aux éleveurs laitiers qui modifient l’alimentation de leurs bovins des bons de réduction en échange de gaz à effet de serre économisés.

JULIEN FRÉMONT, DU GAEC DE LA PRÉE. « Je bénéficie de
coupons de réduction à valoir sur des produits « verts »
issus du catalogue sélectionné par Bleu Blanc Coeur. »
JULIEN FRÉMONT, DU GAEC DE LA PRÉE. « Je bénéficie de
coupons de réduction à valoir sur des produits « verts »
issus du catalogue sélectionné par Bleu Blanc Coeur. »
© Gaec de la Prée

Nourrir ses vaches laitières avec une alimentation riche en oméga 3 contribue à la réduction des émissions de méthane. Prôné par l’association Bleu Blanc Coeur, ce lien repose sur une méthodologie brevetée et reconnue par le ministère de l’Écologie. Depuis août dernier, la démarche a même été officiellement validée par les Nations Unies dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique.

Aujourd’hui, une nouvelle étape vient encore d’être franchie avec le lancement d’une « monnaie CO2 ».
En effet, les éleveurs laitiers engagés dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre peuvent désormais monnayer les tonnes de CO2 non émises par leur troupeau en bons d’achat pour s’approvisionner en intrants (aliments, semences, et divers matériels « verts » tels que des luminaires à leds, des clôtures photovoltaïques, des récupérateurs de chaleur pour tanks à lait, etc.).

Testée depuis un an, l’initiative a recueilli l’engagement de plus de quatre cents producteurs de lait, qui ont déjà créé un « compte-épargne CO2 ».
C’est le cas de Julien Frémont, jeune éleveur à Casson, en Loire- Atlantique, qui adhère à la démarche à travers sa coopérative Terrena. « J’ai commencé à distribuer aux vaches des concentrés à base de graines de lin extrudées il y a trois ans, explique l’exploitant, à la tête d’un élevage de 60 laitières à 10200 kg de moyenne. Cela représente un surcoût mais l’effet sur la santé et l’état des animaux est net. Et qui dit moins d’émissions de méthane, dit moins de perte d’énergie et donc une meilleure valorisation de la ration. »

La monnaie CO2 récompense les efforts des éleveurs


Chaque mois, grâce à l’outil Profilia qui analyse la composition du lait en acides gras(1), l’éleveur visualise la quantité de méthane produite par litre de lait, ainsi que celle qu’il économise en comparaison aux émissions d’un troupeau de référence. « En période de plein pâturage comme maintenant, les rejets de méthane de mon troupeau sont estimés à 12 g/l de lait, constate Julien, les yeux rivés à l’écran. Sur l’année civile, l’élevage comptabilise ainsi 2,4 tonnes de méthane économisées, correspondant à 50 tonnes de CO2, soit l’équivalent de 700 000 kilomètres parcourus en voiture. »

Grâce au compte-épargne CO2, les éleveurs s’approvisionneront auprès d’un fournisseur lui-même adhérent à Bleu Blanc Coeur et engagé dans la démarche. Le réseau Bleu Blanc Coeur et ses entreprises (industriels, coopératives, distributeurs, etc) s’engagent à racheter progressivement les réductions de CO2 à hauteur de 50 à 100 €/t CO2.

Julien Frémont envisage d’utiliser ses futurs bons d’achat (5 000 € en 2012) pour régler une partie des concentrés ou investir dans un pré-refroidisseur, un matériel qu’il jugeait jusqu’ici trop coûteux. « Mais la monnaie CO2 n’est pas uniquement une incitation, considèret- il. C’est surtout une reconnaissance des efforts entrepris. À travers cette démarche, la filière se responsabilise en proposant une voie novatrice. Et véhiculer une communication positive de l’élevage, c’est déjà beaucoup! »

(1) Mis au point par Valorex.

Donner une valeur forte aux efforts de réduction


Difficile de mettre en route une politique incitative quand la valeur du CO2 sur le marché mondial frôle actuellement les 1 euro/t ! « Nous tablons sur une valeur marchande élevée du CO2 (50 à 100 euros/t) pour inciter un maximum d’éleveurs à intégrer le dispositif avec des bons de réduction d’un montant significatif », indique Pierre Weill, de Valorex, à l’origine de ce système d’échange entre éleveurs et distributeurs.

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