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Produits laitiers : la vocation exportatrice de l'UE mise à mal

Dans l'Union européenne et en Nouvelle-Zélande, les contraintes environnementales pèsent sur la production. À l'inverse, les États-Unis ont choisi de ne pas se brimer et pourraient plus facilement développer l'export de produits laitiers.

Les huit principaux bassins laitiers exportateurs mondiaux sont l'Union européenne, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni, l'Argentine, l'Australie, la Biélorussie et l'Uruguay, dans l'ordre de leur production laitière. En 2021, leur production laitière totale n'a quasiment pas augmenté par rapport à 2020 (+0,3 %), a souligné l'Institut de l'élevage lors de la journée sur les marchés mondiaux du lait, en juin dernier. Et parmi les trois premiers bassins, seuls les États-Unis ont affiché une collecte laitière en hausse significative, avec +1,48 million de tonnes de lait. Mais sur les premiers mois de l'année 2022, cette dernière accusait une baisse.

États-Unis : une forte sensibilité à la marge

D'où l'interrogation de l'Institut de l'élevage : le dynamisme des États-Unis observé ces dernières années est-il éteint, ou va-t-il renaître ?

Jusqu'à septembre 2021, les États-Unis montraient une belle dynamique, avec un cheptel en hausse constante depuis 2019. Le troupeau de vaches est passé d'environ 9,1 millions de têtes en 2010 à 9,37 millions en 2021. La collecte a augmenté, dopée aussi par une augmentation de la productivité des animaux qui s'est confirmée en 2021, pour atteindre 10 860 kilos par vache et par an (+1 %/2020). Contrairement à l'Union européenne et à la Nouvelle-Zélande, les États-Unis ne se sont pas imposé des normes environnementales sur l'eau, la réduction des émissions de gaz à effet de serre... ni des obligations pour le bien-être animal.

Mais depuis l'automne 2021, le cheptel s'est érodé. Sur les quatre premiers mois 2022, il baisse, entre -0,8 et -1,1 % chaque mois, par rapport aux mêmes mois de 2021. La collecte diminue depuis novembre 2021. Et sur les cinq premiers mois 2022, elle se replie d'environ 0,9 %. « La production laitière américaine est surtout sensible à la marge sur coût alimentaire. Donc, malgré la hausse spectaculaire du prix du lait, la production n'est pas repartie, à cause de la flambée des charges. Et même si la marge sur coût alimentaire est revenue à des niveaux incitatifs en janvier, les autres coûts – énergie notamment – ont pesé. La marge nette n'était pas encore incitative en début d'année », explique Marion Cassagnou, de l'Institut de l'élevage. Par contre, en juin, la production affichait un +0,2 %.

Reste à voir si le temps chaud et sec de cet été pèsera sur la collecte. Les élevages américains semblent moins « météo-sensibles » qu'en Europe, en tout cas en Californie, premier état américain producteur de lait de vache. « Les vaches sont dans des bâtiments conçus pour réduire le stress thermique en cas de canicule. »

Enfin, l'USDA prédit une production stable en 2022, ce qui voudrait dire une hausse sur le second semestre, ce qui n'est pas sûr du tout, vu l'instabilité politique mondiale, et les récentes annonces de restrictions d'eau à l'agriculture dans le Sud-Ouest des États-Unis, à cause de la sécheresse extrême. « Et l'organisme table sur une hausse de la production en 2023. À condition que la demande mondiale reparte et que ni l'Union européenne ni la Nouvelle-Zélande ne retrouvent une dynamique de production », souligne Marion Cassagnou. En clair, le repli de l'Europe et de la Nouvelle-Zélande offrirait un appel d'air à la filière laitière américaine. Et l'accès au gaz offrirait un avantage compétitif aux poudres américaines par rapport à l'Europe.

La Nouvelle-Zélande a atteint sa limite

La collecte laitière de la Nouvelle-Zélande a, quant à elle, atteint un plafond à 22,5 millions de tonnes en 2015. Et le cheptel laitier s'effrite doucement depuis (-4 % par rapport à 2015), pour atteindre 4,85 millions de têtes. Le potentiel laitier néo-zélandais semble avoir atteint un plafond, principalement dû aux contraintes environnementales qui se sont renforcées ces dernières années.

Par ailleurs, l'élevage néo-zélandais, basé sur l'herbe pâturée, est très « météo sensible ». « La campagne juin 2021-juin 2022 a été défavorable : de la chaleur et de la sécheresse, puis l'inondation de récoltes de maïs, pour enfin retrouver de bonnes conditions pour la repousse de l'herbe en fin de campagne », détaille Marion Cassagnou. Et le prix du lait de 9,30 NZD/kgMS – équivalent à 500 €/1 000 l pour 70 gMSU/l – « n'est pas assez incitatif par rapport aux coûts de production », souligne Marion Cassagnou. Ces dix dernières années, les systèmes néo-zélandais se sont un peu intensifiés, avec des achats de tourteaux de palmiste dont le prix a beaucoup augmenté.

Enfin, la baisse de la demande chinoise impose à la Nouvelle-Zélande de diversifier ses débouchés. Le nouvel accord de libre échange conclu avec l'Union européenne pourrait lui offrir une opportunité à cet égard.

En Europe, la production est bridée par différents facteurs

L'Union européenne à 27 semble, elle aussi, avoir atteint un plafond autour de 145 millions de tonnes en 2020. La concurrence des grandes cultures et de la méthanisation jouent un rôle certain dans plusieurs pays européens. Et les contraintes environnementales et les mesures pour le bien-être animal forment ce que les experts de la filière ont appelé les nouveaux quotas laitiers.

Le cheptel allemand (-2,5 % par rapport à 2020, soit plus de -80 000 têtes) et français (-1,8 %, plus de -80 000 têtes) accusent la deuxième et la troisième baisses les plus importantes de l'UE après la Pologne (-4,3 %, -90 000 têtes)

Parmi les grands pays producteurs, l'Irlande était encore le seul pays où le cheptel connaissait une progression en 2021 (+50 000 vaches). Mais jusqu'à quand ? L'environnement est un sujet qui monte dans ce pays où la qualité de l'eau s'est dégradée.

À retenir

Les analystes américains tablent sur une production européenne freinée par le Green Deal et une production néo-zélandaise stoppée par les réglementations environnementales et le climat. Mais les USA peuvent être pénalisés par les sécheresses à répétition dans l'Ouest.

Les États-Unis font preuve d’une dynamique laitière régulière jusqu’en 2021

Aux États-Unis, la production laitière de 2021, en hausse de 1,5 %, cache un premier semestre très dynamique à +3 % et un second semestre en baisse, revenant au niveau de 2020, suite à une décapitalisation.

En Nouvelle-Zélande, la collecte oscille entre 22 et 22,5 millions de tonnes depuis la campagne 2014-2015 (juin à juin). À partir de 2016-2017, le nombre de vaches a diminué, compensé par la hausse de la productivité animale (4 600 kg/VL/an en 2021).

La collecte européenne s’est stabilisée autour de 145 millions de tonnes ces trois dernières années. En Allemagne, en France et aux Pays-Bas, la collecte baisse depuis 2021. La Pologne, 4e producteur, est un des rares pays en progression.

Le choc est dur aux Pays-Bas

Les Pays-Bas sont le pays européen où la pression environnementale est la plus radicale. Cela fait déjà plusieurs années que l'élevage bovin est bousculé. Le gouvernement néerlandais a décidé d'accélérer le mouvement pour réduire les émissions d'azote, avec un plan de réduction d'un tiers du nombre d'animaux d'élevage à horizon 2030. Il aidera l'arrêt de l'élevage ou la transition vers un modèle plus extensif dans les zones sensibles sur le plan environnemental. Et n'exclut pas de recourir à des expropriations ; ce qui rend furieux les éleveurs néerlandais qui ont organisé des manifestations impressionnantes.

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