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Produire toute la rallonge de quota: bon ou mauvais plan?

Livrer les quantités allouées au-delà du quota ne se décide pas à la légère. Un calcul « sur mesure » de la marge dégagée par les litres de lait supplémentaires s’impose pour prendre les bonnes décisions.

APPUYER SUR LES CONCENTRÉS pour produire la rallonge
se révèle payant, s’il reste du potentiel laitier non exprimé
et si la ration n’est pas trop élevée en concentrés au départ.
APPUYER SUR LES CONCENTRÉS pour produire la rallonge
se révèle payant, s’il reste du potentiel laitier non exprimé
et si la ration n’est pas trop élevée en concentrés au départ.
© P. Cronenberger

Le dernier trimestre de la campagne laitière a démarré. Entre la hausse du quota national et les allocations provisoires attribuées par les laiteries, les éleveurs peuvent produire cette année 2 à 7 % de lait supplémentaire. Mais faut-il absolument chercher à produire ces rallonges? Est-ce vraiment rentable économiquement ? Une question d’autant plus complexe à appréhender que les exploitants sont confrontés ces dernières années à une forte variabilité du prix du lait et des intrants.

Pour bon nombre d’éleveurs, produire plus permet de diluer sur un volume plus important les charges de structure liées au bâtiment, au matériel, les charges financières… « Si la production de ce volume est possible sur le plan technique sans engendrer d’investissements particuliers (achat de vaches en lait ou de fourrages au prix fort, nombre de places en bâtiment suffisant), l’opération peut se révèler payante », avance Xavier Beaufils, du CER France de la Manche. Il est possible par exemple d’intensifier temporairement la conduite alimentaire, de prolonger la lactation de certaines vaches destinées à la réforme, de réduire la durée du tarissement…

Diluer les charges de structure sur un plus grand volume

« Toutefois, généraliser ce discours peut être trompeur. Et il ne faudrait pas que les éleveurs tirent trop vite les leçons de la campagne précédente », prévient le conseiller. L’hiver dernier, certains exploitants, échaudés par le faible prix du lait et un coût élevé des intrants, ont en effet préféré de ne pas produire l’intégralité du quota. « Or, cette stratégie n’a pas payé, constate Xavier Beaufils. Ils ont concentré leurs charges fixes et amplifié leur déficit de trésorerie. » Du coup, cette année, pour éviter de tomber dans le même travers, certains vont chercher à produire coûte que coûte l’intégralité du volume alloué. Mais attention à ne pas produire à n’importe quel prix! L’inflation du coût des matières premières, les surcoûts générés pour produire ce lait supplémentaire et la valorisation plus ou moins importante du concentré, peuvent en effet rendre le bilan économique nul, voire négatif. « Une chose est sûre : il n’y a pas de réponse unique. L’intérêt économique de produire ou non la rallonge s’étudie au cas par cas selon la situation des exploitations. »

Calculer le coût marginal du litrage supplémentaire

Pour orienter ce choix stratégique, le calcul du prix d’équilibre ne suffit pas. Celui-ci correspond au prix auquel le litre de lait doit être payé au minimum pour couvrir l’ensemble des charges de l’élevage, les annuités et les prélèvements privés. Il est calé sur la référence laitière. « S’il aide l’éleveur à se positionner par rapport à un prix de marché et à détecter des pistes d’amélioration, il ne tient pas compte d’une éventuelle dilution des charges fixes induite par la production d’un quelconque complément de volume. Pour cela, il faut calculer le coût marginal, c’est-à-dire le coût des litres supplémentaires avant rémunération de la maind’oeuvre. Ce dernier comptabilise les charges affectées à la production et ramenées aux litres de lait produits au-delà du quota. Il s’agit en général de charges proportionnelles (aliments, fourrages, paille, etc), mais des charges de structure peuvent aussi être engagées (frais financiers en cas d’achat de vaches en lait par emprunt, etc). » En fonction de l’écart entre le coût marginal et le prix du lait attendu sur les trois prochains mois, l’exploitant peut mieux se positionner sur l’opportunité de produire la rallonge.

Ne pas surestimer la réponse laitière aux concentrés

Le coût marginal se calcule en fonction des facteurs de production propres à chaque entreprise et fluctue selon le contexte économique.Il peut présenter différents seuils. Par exemple, une exploitation de 350000 litres de quota avec un prix d’équilibre de 320 €/l en 2010 peut obtenir un coût marginal de 150 €/l sur les premiers 20000 litres supplémentaires (de 350000 à 370000 litres), alors que les 20000 litres suivants (de 370000 à 390 000 litres) présenteront, eux, un coût marginal de 350 €/l car ils nécessiteront de nouveaux investissements (achat de vaches, extension de bâtiment, etc). Dans ce cas, si l’éleveur cherche à produire au delà de 20 000 litres de rallonge, il n’est pas sûr de faire une bonne opération. À vos calculatrices !

Comment se calcule le coût marginal?

Prenons l’exemple d’une exploitation laitière de 350000 litres, avec 50 vaches laitières à 7000 kg. Les charges opérationnelles de l’atelier lait sont de 190 €/1 000 l, dont 110 € de coût alimentaire (fourrage + concentrés). L’éleveur se demande quel sera l’impact économique d’une augmentation du concentré de production. Calculons le coût marginal des litres de lait supplémentaires.

■ Situation 1 : Si 1 kg d’aliment supplémentaire permet de produire 1 l de lait — Sur les 100 derniers jours de campagne laitière, si l’éleveur distribue 3 kg/VL/j de concentrés de production, cela représente 15 tonnes de concentrés de production achetés pour une production supplémentaire de 15 000 l de lait. — Sur la base d’un prix moyen de l’aliment de 250 €/t, le coût marginal de ces 15000 l de lait s’élève à : 250 €/1 000 l (15 tonnes d’aliment x 250 €/t = 3 750 €, et 3 750 €/15 000 l de lait = 250 €/1000 l). — En dehors du coût de l’aliment, d’autres charges opérationnelles peuvent intégrer le calcul (paille, frais d’élevage, etc). Dans ce cas, le coût marginal augmente un peu, mais ici, vu l’écart avec le prix du lait attendu, l’éleveur a intérêt à produire la rallonge.

■ Situation 2 : Si 1 kg d’aliment supplémentaire permet de produire 0,6 l de lait — Sur les 100 derniers jours de campagne laitière, si l’éleveur distribue 3 kg/VL/j de concentrés de production, cela représente 15 tonnes de concentrés de production achetés, mais cette fois, pour une production supplémentaire de 9000 l de lait. — Sur la base d’un prix moyen de l’aliment de 250 €/t, le coût marginal de ces 9 000 l de lait s’élève à : 416 €/1 000 l (15 tonnes d’aliment x 250 €/t = 3 750 €, et 3 750 €/9 000 l de lait = 416 €/1000 l). — Dans ce cas, inutile de chercher à produire la rallonge ! Même si le prix de l’aliment descend à 220 €/t, le coût marginal (366 €/1 000 l) sera encore trop important pour dégager une marge sur les derniers litres produits.

« Tout dépend de la réponse en lait au kilo de concentré supplémentaire ». D’après Dominique Le Provost, du CER France de la Manche, « distribuer un concentré de production supplémentaire est un levier pour augmenter la production par vache. Sur une ration déjà équilibrée, la réponse moyenne d’environ 1 kg de lait pour 1 kg de concentré en plus. Ce sera même moins si le niveau de concentré est déjà élevé. » Tout dépend de la loi de réponse du concentré par rapport à une ration équilibrée couverte en énergie. Plus on est fort en concentrés au départ, moins la réponse est bonne d’une part. D’autre part, cette réponse est meilleure sur des vaches à haut potentiel (1,5 kg de lait pour 1 kg de concentré sur des vaches à 10000 litres de potentiel). « La poursuite ou l’arrêt de cette stratégie est à reconsidérer après 15 jours selon la réaction des animaux, conclut le conseiller. Pas la peine de pousser des vaches à haut potentiel si elles reçoivent déjà 8 kg de concentrés par jour, ni de trop espérer de vaches dont le potentiel laitier se révèle limité. »

L'avis de Didier Désarménien, chambre d’agriculture de la Mayenne : « Des stratégies plus ou moins gagnantes »

« Réduire la durée du tarissement se révèle la stratégie la plus rentable pour produire la rallonge de lait. Les éleveurs peuvent aussi attendre un impact largement positif s’ils maintiennent plus longtemps la traite de vaches destinées à la réforme. Le levier alimentaire donne des résultats plus variables. Pour la complémentation protéique, passer de 90 à 100 g de PDI/kg MS sur l’hiver se révèle intéressant (+140 ¤/1 000 l de lait supplémentaire). Par contre, dans le cas d’une ration déjà optimisée avec 100 g de PDI/kg MS, le passage à 110 g PDI/kg MS montre un impact économique assez limité et dépend surtout de la couverture énergétique de la ration. Quant à l’augmentation du concentré de production, elle a un effet négatif ou positif selon le potentiel laitier et le niveau initial de la ration. Souvenons-nous de 2007 ! Forcer sur les concentrés avait augmenté le produit lait mais pas le résultat. »

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