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Néomortalité des veaux
Plus de la moitié de la mortalité dans les deux premiers jours

En moyenne, en élevages laitiers, l´objectif de moins de 5 % de mortalité des veaux n´est pas atteint. Les problèmes au vêlage sont en cause dans plus de la moitié des cas.


D´après une étude du Pôle herbivores des chambres d´agriculture de Bretagne, le taux de mortalité des veaux laitiers entre zéro à soixante jours s´élève à près de 11 %. La Mayenne et la Vendée se situent également au-dessus de l´objectif des 5 %, affichant respectivement des taux de 12,5 et 13,1 %. « La situation n´a guère évolué depuis une quinzaine d´années, souligne à juste titre Jean-Yves Porhiel, de la chambre d´agriculture du Finistère. Pourtant, l´impact économique de la perte de veaux n´est pas négligeable. En Bretagne, plus de 60 000 veaux sont morts sur l´année 2004, soit un veau toutes les huit minutes ! » D´après cet état des lieux, plus des deux tiers des veaux meurent dans les jours suivant leur naissance et un quart entre trois et trente jours. Autre constat alarmant : un quart des élevages laitiers bretons présente un taux de mortalité supérieur à 20 %.
Avant les diarrhées et les pathologies respiratoires, les problèmes au vêlage sont la première cause de mortalité des veaux. ©S. Leitenberger

Désinfection systématique du cordon
« Nous avons analysé les pratiques des élevages présentant un faible taux de mortalité, ainsi que celles des exploitations avec un taux supérieur à 20 % pendant trois années consécutives, note Vincent Jégou, de la chambre d´agriculture des Côtes-d´Armor. Le premier groupe comportait dix-sept élevages et le second soixante-trois. Sur le plan structurel, rien ne différencie ces deux groupes. Le premier affiche 2,3 % de veaux morts en moyenne sur trois ans, essentiellement liés à des problèmes de vêlage (64 %). Les diarrhées apparaissent comme la seconde cause de mortalité (18 %) sur ces élevages. »
« Pour les éleveurs du premier groupe, il s´agit surtout de problèmes intervenus sur des primipares, de gros veaux ou de mauvais positionnement au moment du passage. » Dans ces élevages, le box de vêlage n´est généralement utilisé qu´en cas de nécessité d´aide au vêlage, et le matériel se situe toujours à proximité de ce box. A la naissance, la désinfection du cordon ombilical est systématique, tout comme la distribution du colostrum dans les règles de l´art. Ces éleveurs respectent aussi des plans d´alimentation lactés et solides. Enfin, l´environnement des veaux est jugé sain.

Moins de deux litres de colostrum
Le second groupe présente quant à lui un taux de mortalité des veaux de 26,5 % : près de la moitié proviennent de problèmes intervenus lors du vêlage et l´autre moitié sont liés aux diarrhées. Les problèmes respiratoires arrivent ensuite.
Les mauvaises conditions de vêlage reflètent un manque de surveillance des éleveurs et des interventions inadaptées. « L´intervention systématique au vêlage n´apparaît pas comme une pratique bénéfique », rappelle Vincent Jégou. Par rapport au premier groupe, les pratiques concernant l´accueil du veau diffèrent, notamment pour la désinfection du cordon. Celle-ci se révèle nettement moins fréquente dans les élevages à problème. En revanche, la distribution du colostrum à la naissance s´avère quasiment aussi rare dans l´un et l´autre des groupes.
« Dans le second groupe, les quantités de lait distribuées se montrent aussi parfois irrégulières et les températures inadaptées, indique le technicien. De même, à la première buvée, plus du tiers de ces éleveurs distribuent plus de deux litres de colostrum. C´est trop pour la caillette d´un veau. Mieux vaut ne pas dépasser un litre et demi par buvée. »

L´alimentation solide se différencie dans les deux groupes par son mode de distribution. Les fourrages et les concentrés sont mis plus tardivement à disposition dans les élevages à fort taux de mortalité. De plus, les régimes avant sevrage sont jugés à risque dans la moitié de ces élevages (utilisation de concentré très fermentescible, broyé finement et non individualisé, distribution de fourrages insuffisante ou peu accessible).
Une autre gestion des vaches taries
Près de la moitié des éleveurs à fort taux de mortalité rentrent les vaches taries et les génisses prêtes dans le troupeau deux semaines avant le vêlage. Une pratique beaucoup moins courante dans le groupe à moins de 5 % de mortalité.
Côté prévention sanitaire et traitements des diarrhées, les différences portent essentiellement sur l´absence de prise de température et l´isolement des veaux malades.
Le département de l´Orne s´est aussi penché sur la mortalité des veaux. « Sur 175 000 veaux nés chaque année(1), 15 000 meurent en moyenne dans leur premier mois de vie, soit près de 8,5 %, illustre Arnaud Delafosse, du GDS de l´Orne. A 3 mois, ce taux passe à 10,2 %. » Sur les 15 000 veaux morts avant 30 jours, 8000 meurent au vêlage ou dans les premières heures, le reste étant surtout victime de diarrhées. « Cela dit, la situation est à nuancer en fonction du sexe, de la période de vêlage et de la race. » Les mâles meurent plus que les femelles (9,5 % contre 7,5 %), les naissances d´hiver sont plus à risque que les naissances de printemps ou d´été (11 % contre 6,5 %) et les races laitières sont plus touchées (11 % contre 6 % en allaitant).

La distribution d´eau en question
« Une enquête menée en 2005 sur 106 élevages laitiers nous a permis d´identifier les principaux facteurs de risques associés à la mortalité des veaux avant 30 jours. » Cette enquête pointe notamment du doigt le défaut de nettoyage et de désinfection régulière de la « vaisselle » des veaux. Ce facteur est aggravé lorsque la distribution se fait avec une tétine (biberon, DAL, etc.). De même, la distribution tardive du colostrum - plus de deux heures après la naissance - et l´absence de contrôle de la température du lait lors de la distribution ne semblent pas être une bonne chose. « La mise à disposition d´eau dans les quinze premiers jours du veau suscite des questions ». L´utilisation de lait entier issu du tank ou d´un lait reconstitué pauvre en lait écrémé ressort aussi comme facteur de risque. « Enfin, le moment de la séparation du veau et de sa mère intervient également », indique Arnaud Delafosse. Mieux vaut préférer une séparation très rapide ou plus de douze heures après la naissance. « Ces résultats, prochainement publiés dans une revue vétérinaire, méritent toutefois d´être discutés et interprétés. »
(1) En moyenne de 1999 à 2004.
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