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Ostéoporose, l’équilibre alimentaire est essentiel

Consommer beaucoup de produits laitiers augmente le risque de fracture prétendent les antilaits. Une attaque très controversée.

L'os est un réseau protéique complexe sur lequel se dépose du phosphate de calcium pour en faire un solide. Il stocke du phosphate de calcium et le restitue pour assurer la fourniture de calcium à l'organisme.
© DR

Nos os n’auraient pas besoin d’autant de calcium et de produits laitiers, assurent les détracteurs du lait. Pire, une forte consommation pourrait fragiliser nos os. Pour preuve, ils brandissent le fait que les pays scandinaves, gros consommateurs de produits laitiers, ont des fréquences de fracture de la hanche les plus élevées dans le monde, et qu’à l’inverse les pays asiatiques et africains, faibles consommateurs, ont les fréquences les faibles (analyse des fréquences de fractures de la hanche dans le monde - février 2012).
C’est un très grossier raccourci pour un sujet complexe. "Le problème est que c’est une étude d’observation qui n’amène pas de preuve, et qui ne prend pas en compte la complexité des situations et notamment tous les autres facteurs qui peuvent interférer sur le risque de fracture", commente Véronique Coxam, directrice de recherche à l’Inra. Et d’ailleurs, on observe des contre-exemples comme le Japon qui compte une fréquence plus élevée que les États-Unis.

Des conclusions hâtives pour un problème multifactoriel

Marie-Claude Bertière, médecin nutritionniste et directrice du Cerin (1), énumère les points faibles de l’étude : "une espérance de vie plus longue explique beaucoup la fréquence des fractures dans certains pays. Seules les fractures hospitalisées ont pu être comptées, or suivant les pays on se fait plus ou moins facilement prendre en charge. Les fractures peuvent être logiquement plus fréquentes dans des pays plus à risque (climat très froid, mode de vie)." "Les populations scandinaves étaient supplémentées en vitamine A à l’époque de cette analyse. Or on sait aujourd’hui qu’à forte dose la vitamine A a un effet délétère sur le squelette. À l’inverse, les populations asiatiques ont l’avantage d’avoir un squelette plus petit et un meilleur statut en vitamine D. En outre, elles consomment davantage de fruits, de légumes, d’algues et de soja qui ont des propriétés intéressantes pour l’os", complète Véronique Coxam.

Héritage génétique, activité physique et vitamine D

L’ostéoporose — diminution de la densité osseuse et modifications de l’architecture interne de l’os — est une maladie multifactorielle. Outre le patrimoine génétique, le manque de soleil et donc de vitamine D et le manque d’activité physique la favorise. L’alimentation joue également un rôle important. "On ne dit pas que les produits laitiers sont l’aliment miracle pour ne plus avoir de facture et d’ostéoporose ! On dit qu’ils ont toute leur place dans une alimentation diversifiée favorable à la santé de l’os", rétablit Marie-Claude Bertière.

L’os est un réseau protéique complexe sur lequel se dépose du phosphate de calcium pour en faire un solide. Il stocke du phosphate de calcium et le restitue pour assurer la fourniture de calcium à l’organisme. Il lui faut donc, outre du calcium, des protéines, du calcium, du phosphore, de la vitamine D...

"C’est le régime alimentaire dans sa globalité qui détermine l’impact final sur la qualité du squelette", résume Véronique Coxam. Elle rappelle l’importance d’un minimum d’activité physique pour optimiser son capital osseux et le conserver par la suite. "L’alimentation doit fournir les nutriments constitutifs et protecteurs de l’os et respecter les grands équilibres du métabolisme osseux. En l’occurrence, il faut limiter les régimes hyperprotéiques et trop salés. Si le rôle majeur du calcium des produits laitiers dans l’acquisition et le maintien du capital osseux n’est plus à démontrer, la contribution d’autres nutriments (vitamine C, E, K, acides gras essentiels…) commence à être admise." Ses conclusions sont en faveur d’un régime comprenant des produits laitiers — "c’est un prérequis" — et davantage de fruits, de légumes et de légumineuses.

(1) Organisme du Cniel chargé de la communication sur la nutrition auprès des professionnels de santé.

Pas de hausse des fractures avec plus de produits laitiers

Une étude suédoise (Michaelsson et al. 2014) a rapporté une augmentation du risque de fractures associée à la consommation de lait chez les femmes. Sur quatre autres études publiées depuis 2013 sur ce sujet, "aucune n’a retrouvé l’augmentation du risque rapportée dans l’étude de Michaelsson", indique l’Anses, qui critique par ailleurs l’ensemble de ces études car elles n’ont pas été conçues spécifiquement pour répondre sur l’effet des produits laitiers sur le risque de fracture. L’Anses conclut : "les données sont donc insuffisantes pour conclure sur le lien entre la consommation de produits laitiers et le risque de fractures osseuses."

Un essai positif

Une expérience a été menée en 2001 pendant deux ans auprès de 200 femmes chinoises ménopausées, réparties en un groupe recevant une supplémentation en calcium (800 mg/j sous forme de lait en poudre), l’autre groupe conservant son alimentation habituelle. La perte osseuse a été significativement plus faible dans le premier groupe que dans le second.

À retenir !

Le risque de fracture et d’ostéoporose dépend de trop nombreux facteurs pour être directement relié à la consommation de produits laitiers.

Pour la santé de l’os, il faut : des protéines - nutriment clé de l’os -, du calcium, de la vitamine D, et d’autres nutriments (vitamine C, E, K, acides gras essentiels…). Et un minimum d’exercice physique.

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