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Lait : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière lait dédiée aux agriculteurs, éleveurs de vaches laitières.

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« Nous voulons des vaches solides »

Au Gaec des Essarts en Isère, l’introduction d’ensilage d’herbe et de maïs grain humide dans la ration mélangée a permis de sécuriser la ration et le coût alimentaire.

« La vache qu’on aime, c’est celle dont on n’entend pas parler », lance en boutade Jean-Luc Bellissard, le responsable alimentation du Gaec des Essarts, situé en Isère en zone IGP Saint Marcellin. Une phrase qui traduit la philosophie de conduite des 110 vaches de l’atelier laitier (1) : les cinq associés veulent « du lait pour diluer les charges de structure mais sans pousser les vaches ». Ils veulent aussi un lait de qualité irréprochable pour fournir l’atelier de transformation fermière qui monte en puissance et valorise 15 % du million de litres produits sur la ferme, essentiellement en fromages au lait cru. « On est nombreux, souligne Jean-Luc. Nous recherchons la simplicité pour pouvoir se remplacer facilement, et un troupeau solide. »

Si aujourd’hui les vaches sont en bonne santé tout en produisant 9 000 litres de lait, ce n’était pas le cas en 2009 lors de la première crise du lait. Le troupeau était en subacidose à certaines périodes, il avait aussi des problèmes de boiteries et de fertilité. L’audit d’élevage réalisé à cette époque par Stéphane Baille, du cabinet de nutritionnistes indépendants BDM, faisait ressortir une mauvaise valorisation de la ration : « les bouses contenaient beaucoup de grains et de fibres, les vaches maigrissaient trop en début de lactation. Et le coût de la ration était trop élevé ».

De l’ensilage d’herbe pour une ration très sécuritaire

La ration ensilage maïs-céréales-tourteaux a été remplacée par « une ration très sécuritaire (voir ci-contre), plus variée ». Le principal changement apporté a été l’introduction d’ensilage d’herbe dans l’alimentation des vaches. Des drêches ont été introduites pour des raisons économiques, ainsi que de la paille de blé. L’ensilage d’herbe permet d’être moins dépendant du soja, mais aussi du maïs dont les rendements varient ici du simple au double. Jean-Luc reconnaît toutefois que « c’est compliqué de récolter 40 hectares (2) au bon stade : notre foncier est très éclaté et la fenêtre de récolte est très courte. Ici les étés sont séchants, mais les printemps sont humides. L’ensilage d’herbe demande des investissements en matériel et en temps, et il est en concurrence avec le maïs. Nous lui donnons la priorité. » Cette année, la première coupe a été récoltée au 20 avril dans de bonnes conditions comme le prouvent les résultats de l’analyse en vert (17,8 MAT - 0,91 UFL).

Des stocks de sécurité pour assurer de bonnes transitions

Depuis deux ans, le Gaec a aussi introduit du maïs grain humide dans la ration. « La digestion est meilleure, plus régulière qu’avec des céréales à paille, on le voit très vite dans les bouses. On ne veut pas de pattes rouges ». Le maïs grain humide est récolté en boudins. Les associés envisagent de construire un petit silo à l’occasion de la nouvelle mise aux normes (le Gaec est en zone vulnérable depuis 2015) ou alors de le remplacer par de l’ensilage de maïs épi. « Celui-ci a l’avantage d’être considéré dans le cahier des charges de l’IGP comme un fourrage, alors que le maïs humide est considéré comme un concentré. » Au total, le Gaec sème 40 ha de maïs, de façon à avoir toujours des stocks de sécurité. « L’objectif est de ne pas devoir acheter de fourrages, pour notre tranquillité et pour faire de bonnes transitions alimentaires, précise Jean-Luc. Les transitions durent au minimum trois semaines : le nouvel aliment est introduit progressivement à raison d’un tiers par semaine. » Le Gaec des Essarts est aussi très vigilant sur le taux d’amidon et de sucre. « Dès qu’on se rapproche de 25 %, le troupeau est moins en forme, il y a des grains dans les bouses », constate l’éleveur. « Le taux d’urée est ici autour de 350-400 mg. Cela ne me choque pas d’avoir un taux d’urée de 400 mg si l’azote est amené par un ensilage très azoté sans gaspillage de tourteau. Chaque fois que l’on baisse cela va moins bien, souligne Stéphane Baille. L’important, c’est d’être stable, d’éviter les à-coups. »

Rester en dessous de 25 % d’amidon et de sucre

Le pâturage se limite aux 20 hectares autour du bâtiment. Pendant la saison de pâturage, la ration distribuée à la mélangeuse reste importante : elle ne descend pas en dessous de 70 parts de ration (1 part = la ration d’une vache en hiver NDLR). « Les vaches sortent tôt le matin et rentrent dès 14 heures. Elles se portent mieux quand elles ne sortent pas ! », constate Jean-Luc. Preuve que le bâtiment est confortable et les logettes très bien dimensionnées.

Le suivi nutritionnel régulier (6 visites par an) et la rigueur de Jean-Luc et de ses collègues portent leurs fruits. La production est au rendez-vous, les taux sont réguliers (autour de 33-34 TP et 40-42 TB), et les cellules constamment en dessous de 200 000 ; il n’y a pas de problèmes de boiteries ni de repro. « On a eu juste quelques mammites colibacillaires l’été dernier. »

Quant au coût alimentaire, il est juste en dessous de la barre des 100E/1000 l. « Nous essayons aussi de bien acheter nos matières premières, mais on a l’inconvénient d’être éloignés des ports ». L’efficacité alimentaire est très bonne, autour de 1,4 kg de lait standard/kg de matière sèche ingérée. Ces performances permettent au Gaec de sortir un prix d’équilibre autour de 330 E/1000l. « C’est aussi parce que le bâtiment construit en 2001 est amorti. » Jean-Luc ne s’attend guère à toucher plus de 330 E/1000 l en 2016 malgré l’IGP Saint Marcellin. En 2015, Lactalis avait versé 359 E et en 2014, 432 E.

(1) Le Gaec a aussi 50 vaches allaitantes, 15 ha de noyers, 27 ha de blé-orge pour une surface de 300 ha dont 200 ha de parcours.(2) 17 ha de prairies temporaires RGH/trèfle violet et 23 ha de dérobées RGI/trèfle incarnat.
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