Aller au contenu principal
E-mailPrintFont SizeFacebookTwitter

Joël Breton, directeur des achats chez Evialis
« DE NOUVELLES HAUSSES DE PRIX DE L'ALIMENT SONT À CRAINDRE »

Avec la flambée des prix des matières premières, le coût des aliments monte en flèche. Aucune accalmie ne semble se profiler à court terme.

Les prix des matières premières agricoles atteignent des sommets. Comment expliquez-vous l’ampleur de ce phénomène ?

Joël Breton - Depuis un an, le prix du blé et du maïs a augmenté de moitié, celui du tourteau de soja a augmenté de 30 % et le tourteau de colza affiche même une hausse plus importante (+ 35 %). Cette flambée des prix, inédite, provient de deux facteurs essentiels. Le premier s’inscrit dans un déséquilibre accru de l’offre et de la demande sur le marchés des produits agricoles. La demande mondiale en céréales est dopée par la croissance des pays émergents. De plus, certains pays, à l’instar de l’Inde, renforcent leurs stocks de sécurité, d’où une accélération de la demande. Or, en face, l’offre ne suit pas. Les stocks de céréales sont au plus bas, avec seulement deux mois de stocks d’avance au niveau mondial. En cause : de mauvaises récoltes sur les deux dernières campagnes en Europe et dans les pays de la Mer noire. Sans oublier les baisses de rendement en 2006 en Australie - gros pays exportateur de blé - suite à la sécheresse. Par ailleurs, le développement de la filière bioéthanol aux Etats-Unis contribue aussi à la hausse des prix. Celui du maïs d’une part, dont les cours sont dopés par l’éthanol, mais aussi celui du soja. Cette culture, désormais moins attractive pour les farmers américains, a vu ses surfaces reculer, entraînant une diminution du rapport stock/consommation. D’où la hausse du prix des matières protéiques.

N’y a-t-il pas non plus une part de spéculation ?

J. B. - Certes, les cotations des matières premières agricoles stratégiques se font en bourse avec une part croissante de spéculateurs non agricoles. Cela dit, si aujourd’hui la spéculation entretient une certaine tension des cours, elle n’en est certainement pas la cause première.

Les éleveurs s’inquiètent du renchérissement du prix de l’aliment. Les fabricants disposent-ils de marge de manoeuvre ?

J. B. - Jusqu’à la fin du second trimestre, les fabricants d’aliments n’avaient pas répercuté l’intégralité de la hausse de prix des matières premières de la précédente campagne, espérant une détente des prix. Or, la nouvelle campagne céréalière ne leur a pas donné raison. Aujourd’hui, devant l’ampleur et la durée de la hausse, ils n’ont plus d’autre choix que de répercuter ces augmentations sur le prix de l’aliment. C’est une question de survie économique ; le coût des matières premières constitue 75 % du prix de revient. La hausse des coûts de production doit absolument être répercutée jusqu’au consommateur final. Faute de quoi, c’est tout un pan industriel et l’activité des éleveurs qui se trouvera en danger.

Les prix sont-ils amenés à augmenter encore ?

J. B. - Nous nous trouvons face à un nouvel environnement économique, sans précédent. Tous les scénarios sont possibles. La hausse du prix de l’aliment bovin pourrait atteindre au final 80 euros la tonne en un an. Même si pour l’heure, les prévisions de récolte de blé dans l’hémisphère sud, principalement en Argentine et Australie, s’annoncent meilleures que l’an dernier. Le rétablissement de l’équilibre entre l’offre et la demande passera sans doute par la réduction de la consommation dans certaines zones du monde. Le blé va devenir un produit de luxe. Au niveau industriel, quelques adaptations (en termes de rendements, de substitutions entre matières premières…) sont aussi envisageables pour limiter la progression de la demande. Restent ensuite les inconnues liées à la prochaine campagne. Si les surfaces allouées aux céréales augmentent et si les conditions climatiques sont favorables, les stocks pourront se reconstituer, et la situation revenir à l’équilibre d’ici un à deux ans. ■

Joël Breton est en charge des achats de matières premières destinées à la nutrition
animale chez Evialis. La nouvelle entité regroupant Evialis et In Vivo fait partie des dix premiers groupes mondiaux de nutrition animale.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout {nom-site}.

Vous aimerez aussi

Vignette
Des sorghos pour différents usages
Monocoupes ou multicoupes, avec du grain ou pas, avec caractère BMR ou pas... Arvalis rappelle les différences entre les sorghos…
Vignette
Avez-vous trouvé des solutions pour pallier le manque de paille ?
Cette année, la paille est rare et chère. Beaucoup d’entre vous ont pris les devants pour ne pas être pris au dépourvu et ont…
Vignette
RoboMat valorise les données de votre robot de traite
Développée par Seenergi, cette application utilise des données des robots de la plupart des marques pour optimiser les conseils…
Vignette
" PâturNET nous a aidés à trouver des dates clés pour gérer le pâturage"
Dans le Doubs, Quentin Tournier a testé, comme une vingtaine d'éleveurs, un outil web d'aide à la décision. Il y gagne une…
Vignette
« On n’a pas le droit à l’erreur durant la phase 0 à 2 mois »
Nutritionniste aux États-Unis, Franck Gaudin a fait part de ses préconisations sur l’élevage des veaux lors d’une conférence…
Vignette
Anomalies génétiques, la recherche contre-attaque
Grâce à la génomique, de plus en plus d'anomalies sont détectées. Leur intégration dans l'ISU et la maîtrise du risque lors des…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 8.20€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière