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« Ne nous focalisons pas sur les problèmes mais sur les solutions »

Katrine Lecornu a été présidente pendant quatre ans du réseau European Dairy farmer (1). Elle vient de céder la présidence lors du congrès qui s’est tenu à Prague en juin dernier, et nous livre son regard sur l’élevage laitier français et européen.

Quel est l’enseignement le plus important que vous tirez de ces années passées au contact des éleveurs de 21 pays européens ?
Katrine Lecornu - "ll existe une capacité d’adaptation incroyable en élevage laitier. Il ne faut pas se focaliser sur les problèmes, mais sur les solutions. Même quand on pense être face à une impasse, on se rend compte qu’il y a très souvent des éleveurs d’autres pays qui ont trouvé une solution pour la contourner. Comme, cet éleveur anglais qui ne pouvait pas agrandir ses bâtiments : pour pouvoir produire plus de lait, il a fait de la place en vendant toutes ses génisses. Ou ces éleveurs suédois qui, malgré leurs récoltes fourragères médiocres, arrivent à produire 10 000 kg lait avec des vaches en bonne santé à un coût de production raisonnable. Ou encore les Danois qui nous apprennent comment transformer des contraintes administratives en arguments marketing sur le marché mondial en vantant un lait qui a la meilleure sécurité alimentaire en Europe, une traçabilité infaillible et sera bientôt sans OGM. "
Dans le réseau EDF, quels sont les facteurs communs aux éleveurs qui réussissent le mieux ?
K. L. - " Nous avons identifié trois facteurs. Le plus important aujourd’hui, c’est la capacité à avoir une stratégie, à gérer en fonction de ses forces/faiblesses et les risques/opportunités. Il faut être capable de mettre en place un système cohérent, de bien réfléchir ses investissements, de gérer la trésorerie et la main-d’œuvre.
Le deuxième facteur est la gestion technique du troupeau : des vaches en bonne santé qui vivent longtemps, se reproduisent bien avec un coût alimentaire maîtrisé. Mais il ne suffit pas d’être très bon éleveur et très bon gestionnaire. Le troisième facteur, c’est la gestion des risques. Pas seulement les risques financiers mais aussi les risques sanitaires, climatiques, d’accident… A-t-on prévu un plan B si un salarié ou l’exploitant est malade ? Sait-on où se procurer des fourrages de substitution en cas de sécheresse ? Quelles assurances on utilise pour quels risques et à quel prix ? Dans le réseau, ceux qui dégagent le meilleur prix d’équilibre et résistent le mieux au niveau trésorerie sont ceux qui savent faire face aux imprévus. "
La gestion stratégique a pris le pas sur la technique ?
K. L. - " Il y a dix ans, le coût alimentaire et la gestion du troupeau étaient clairement ce qui faisait la différence entre les éleveurs d’EDF. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus la capacité à gérer son entreprise. Un élevage qui a d’excellents résultats techniques mais ne sait pas gérer sa trésorerie a beaucoup plus de mal à passer la crise qu’un élevage qui a une gestion technique un peu moins bonne mais une excellente gestion financière. On parle beaucoup de marge brute, on devrait s’intéresser davantage aux charges de structure. "
Ce n’est pas évident au quotidien quand on est sous pression ?
K. L. - "On pare au plus urgent et le plus urgent c’est le troupeau, pas le compte en banque. Mais il faut aussi savoir déléguer et savoir ce qu’on peut déléguer : des heures de tracteur ou de traite, mais pas les décisions importantes. C’est plus facile de déléguer et de se préserver du temps de bureau pour les très grands élevages. En France, nous avons de petites structures où l’on fait tout. Il est difficile quand on travaille seul ou à deux de prendre du recul. Le premier bénéfice des groupes lait est de nous aider à nous remettre en question et à évoluer : nos collègues nous apportent une réflexion sur notre façon de travailler."
Comment les autres pays ont-ils traversé les deux dernières années ?
K. L. - "Cela a été moins compliqué parce que beaucoup d’éleveurs ont compris en 2009 qu’on avait changé de contexte. J’ai l’impression qu’ils se sont mieux préparés, ont fait des réserves. Mais cela n’a pas empêché les Hollandais d’acheter des quotas et de surinvestir massivement pour défiscaliser ! En 2015, les autres pays parlaient de problème passager, mais aujourd’hui ils parlent de crise, les caisses sont vides chez eux aussi."
Quels sont notre principal atout et notre principal handicap en France ?
. L. - "Notre force est notre agriculture familiale avec un lien fort au foncier : c’est un élément important pour un élevage durable. La diversité des systèmes est aussi un grand atout français. Au niveau international, notre image de qualité et tradition devrait favoriser nos produits.
Notre faiblesse est la relation que nous avons avec nos transformateurs : on les considère comme des adversaires au lieu de construire. Il manque en France la capacité à nous mettre autour d’un projet collectif, d’une stratégie nationale défendant notre agriculture dans toute sa diversité : de très grandes fermes qui vont faire du volume pour des produits standardisés, des fermes avec des produits haut de gamme et toute l’agriculture familiale intermédiaire qui a besoin de récupérer de la valeur ajoutée.
Si l’on veut éviter une intégration des agriculteurs dans les IAA, les éleveurs doivent s’unir dans des associations d’OP par bassin et proposer des contrats de lait aux laiteries, avec des laits répondant aux demandes des consommateurs à travers différents cahiers des charges (bio, pâturage, bien-être…). C’est compliqué. Mais la valeur ajoutée se trouve là. Si le consommateur veut que le veau passe une semaine avec sa mère, à nous de nous adapter."
(1) Le réseau compte 450 membres essentiellement des éleveurs provenant de 21 pays, dont 70 Français. Le nouveau président d’EDF est…………………………………………

Comment appréhendez-vous la future PAC au niveau du réseau EDF ?

"Depuis 2005, nous calculons notre prix d’équilibre EDF sans les aides PAC. Nous nous attendons à ce qu’une grosse partie des aides directes bascule vers le deuxième pilier en faveur du verdissement ou d’outils de gestion des risques, et qu’elles soient supprimées au-dessus d’un certain nombre de vaches. Pour les éleveurs d’EDF, ce qui est en train de se dessiner au niveau européen est clair : le coût de production du lait doit être couvert par le prix du lait, nous devons être ccapablesde produire au prix mondial, affirme Katrine Lecornu. Par contre, pour tout ce qui est lié au bien-être animal, au maintien des haies, des paysages… les aides européennes doivent compenser notre handicap par rapport aux autres régions du monde car elles n’ont pas les mêmes objectifs. L’Europe est là pour financer le 'vrai' développement durable."

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