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Menaces sur la filière du Massif central

Contrats de vente de lait non renouvelés, menaces d’arrêts de collecte, petites entreprises au bord de la faillite… Les nuages s’amoncellent sur la filière du Massif central.

Dans le Puy-de-Dôme, la laiterie Garmy (30 producteurs en lait de vache et 5 en chèvre, pour 7 millions de litres de lait) multiplie depuis décembre les réfactions sur la paye de lait pour combler ses difficultés financières: jusqu’à 55 euros par mille litres en janvier. Selon Sabine Tholoniat, présidente de l’association des producteurs, cette situation est le résultat « de gros problèmes de gestion ». L’entreprise transforme à peine la moitié de son lait, le reste étant vendu sur le marché spot. Début mai, aucune solution de reprise n’était en vue.

Dans la Loire, la laiterie Forez Fourme (70 producteurs pour 10 millions de litres, dont la moitié transformé en fourme de Montbrison AOP) a été mise en liquidation judiciaire en janvier dernier. Rachetée dix huit mois plus tôt à l’URCVL (Union de coopératives de collecte dissoute en 2010) par un entrepreneur privé, elle n’a pas réussi à construire son réseau commercial. Dans l’attente d’une solution pérenne, les producteurs livrent la quasi totalité de leur lait à un industriel italien avec lequel ils ont négocié un contrat d’un an. Une solution est peut-être en vue pour un tiers du volume.

Contrecoup de la dissolution de l’URCVL

L’entreprise Dischamp a envoyé fin avril un courrier à 94 producteurs du Cantal (20 millions de litres) pour leur annoncer qu’ils ne seraient plus collectés à partir du 1er mai 2013. Des producteurs majoritairement non engagés dans les AOP d’Auvergne. Dischamp collecte 75 millions de litres.

L’entreprise justifie cette réduction de la collecte par la rupture de deux contrats de vente de lait : 20 millions de litres perdus auprès de Terra Lacta (ex Glac) et à peu près autant chez Danone. Pour le contrat Terra Lacta, ce serait la conséquence de la reprise par l’entreprise charentaise de 40 millions de litres de l’URCVL, estime Jean-Luc Dischamp.

« En avril, nous avons payé le lait 313 euros les mille litres en Auvergne alors que le lait d’excédent était valorisé 180 euros. Une telle perte, aucune entreprise ne peut y résister si elle a des volumes importants en excédent, ce qui est notre cas », explique Jean-Luc Dischamp. Il reconnaît néanmoins que ce courrier avait d’abord pour but de « mettre les pieds dans le plat » et que « la finalité n’est pas de laisser les producteurs sans solution. » Néanmoins, la menace d’arrêt de collecte serait mise à exécution si rien ne bougeait.

« Nous poser les bonnes questions collectivement »

Chantal Cor, présidente de la section laitière de la FDSEA du Cantal, craint que ce courrier soit destiné à « faire accepter aux producteurs une baisse du prix du lait par peur de ne plus être collecté. » « De 10 à 20 % du lait du Massif central est en excédent, se défend Jean-Luc Dischamp. Nous devons nous poser les bonnes questions collectivement. Si des solutions ne sont pas trouvées, d’autres entreprises vont exploser. »

L’idée évoquée par beaucoup serait d’investir collectivement dans le séchage du lait pour traiter les volumes en excédent du sud de la Loire. Ce qui permettrait de mieux les valoriser à l’export sous forme de poudre plutôt que sur le marché spot. « Il vaut mieux investir dans un outil industriel plutôt que de baisser le prix », approuve Chantal Cor.

Les producteurs fondent beaucoup d’espoir aussi dans la démarche lait de montagne. « Il faut faire de ces producteurs orphelins de collecte un dossier national parce qu’il n’est plus possible de trouver des solutions seulement au niveau régional », estime pour sa part Patrick Breyton, directeur de la Fdsea de la Loire. Les trois Criel du sud de la Loire doivent se rencontrer prochainement. Nul doute que le dossier sera au centre des débats.

Le GIE de collecte se lance dans la transformation

Le GIE de la Châtaigneraie, structure de collecte, dans le Cantal, vend la totalité de son lait (20 millions de litres) à un seul acheteur, le groupe 3A Coop. Ce dernier a annoncé que le contrat, qui arrive à échéance au 31 mars 2013, ne serait pas renouvelé, du moins pas en totalité. Le GIE a donc décidé de se lancer dans la transformation. Plusieurs produits viennent de voir le jour, notamment une mozarella au goût affirmé, un cantal au lait cru et de la tomme fraîche de montagne. Toute la gamme est certifiée non OGM. Ces produits, dont les fabrications sont sous-traitées à des entreprises de la région, sont commercialisés sous la marque « L’éleveur Occitan ».

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