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En attendant l´aide laitière
Maintenez le bon cap pour votre trésorerie !

Avec la mise en place de l´aide directe laitière et des payes de lait à la baisse, la trésorerie des élevages laitiers se gère différemment. Pour éviter toute dérive, ne réagissez pas à court terme : anticipez !


Moins de rentrées d´argent chaque mois et une bouffée d´oxygène avec des aides qui tombent une fois par an. Voilà le schéma que les producteurs laitiers vont devoir se préparer à gérer. Et vite. La diminution des payes de lait, compensée par le versement annuel de l´aide directe laitière, bientôt intégrée dans l´enveloppe DPU, génère inévitablement une fragilisation de la trésorerie de votre exploitation. Mais avez-vous pris la juste mesure de cet impact ?
Sur un élevage laitier produisant 230 000 litres par exemple, le montant perçu au titre de l´aide laitière s´élèvera à près de 8500 ? dès l´an prochain. Ce manque à gagner, à répartir sur douze mois de l´année, n´a rien d´anecdotique. « En fait, jusqu´à maintenant, peu de producteurs ont vraiment pris conscience des conséquences de cette nouvelle donne sur la gestion de leur trésorerie au quotidien, souligne Denis Serrand, responsable du marché agriculture au Crédit agricole d´Ille-et-Vilaine. Les éleveurs laitiers, contrairement aux éleveurs porcins, dont le revenu s´avère beaucoup moins régulier, ne sont pas habitués à gérer de tels à-coups. »

Pour Emmanuel Etesse, consultant chez Cogédis, « il est primordial d´interpeller les producteurs avant que leur situation de trésorerie ne se dégrade ». Si rien n´est fait pour anticiper, l´exploitant risque de se retrouver au pied du mur avec une trésorerie très tendue, moins de latitude au quotidien dans la politique d´achat, et aussi moins de sérénité. Sans compter les coûts supplémentaires liés aux agios et frais financiers qui pénaliseront le résultat. D´où la nécessité de gérer en amont cette difficulté pour maintenir un fonctionnement cohérent de la trésorerie.
La date de versement de l´ADL n´est pas encore connue
Cette année, les éleveurs ont perçu l´aide directe laitière mi-octobre. « Sur la prochaine campagne, celle-ci sera intégrée à l´enveloppe des aides allouées au titre du DPU. Si l´on s´en tient au texte légiférant la nouvelle Pac, elle sera versée entre le 1er décembre 2006 et le 30 juin 2007 », signale Emmanuel Etesse. Soit, dans le meilleur des cas, un mois et demi plus tard que l´an passé ! La question est simple : la trésorerie de l´exploitation peut-elle ou non encaisser un tel décalage de paiement ? « En octobre et novembre prochains, on risque de voir se multiplier les situations difficiles », estime le conseiller. Et de poursuivre : « En 2005, en moyenne, le solde de trésorerie de nos adhérents laitiers s´est révélé négatif sur la moitié de l´année. Alors qu´en 2003, avant la mise en place de l´aide directe laitière, le déficit ne dépassait pas trois mois en moyenne. »
Pour aider les exploitants dans leur gestion de trésorerie, le point d´équilibre apparaît comme un repère indispensable.

« Ce critère permet de mesurer la fragilité de l´exploitation par rapport au prix du lait. L´exploitant se rend alors compte du niveau de rémunération à partir duquel l´exploitation dégage de la trésorerie ou en perd », rappelle Cogédis. Pour le calculer, il suffit de soustraire du coût de production les amortissements et les frais financiers (qui ne sont pas réellement décaissés) et de rajouter les annuités et les prélèvements privés (qui, eux, sont réellement dépensés). Et de ramener le résultat au litre de lait vendu. « Prenons un exemple, si le point d´équilibre se situe à 290 ?/1000 litres en tenant compte de l´aide directe laitière, et le prix de vente du lait à 310 ?/1 000 litres, cela signifie que l´élevage dispose d´une marge de sécurité de 20 ?/1000 litres avant que l´exploitation ne bascule dans le négatif. »
D´autres indicateurs s´avèrent également pertinents pour apprécier la situation financière, tels que « le réalisable et disponible(1) moins les dettes à court terme », ou encore le rapport « annuités sur excédent brut d´exploitation ». « Jusqu´à 38-40 %, le ratio est bon, au-delà attention. »
Cette année, le versement de l´aide directe laitière a permis de couvrir la baisse du prix du lait. Mais attention, la trésorerie souffre plus qu´auparavant. ©F. Mechekour

Établir un budget de trésorerie dans les situations critiques
Plus lourd à réaliser, le budget de trésorerie est un outil utile si la trésorerie de l´exploitation est tendue. De quoi s´agit-il exactement ? Ce budget permet de définir pour chaque mois, en fonction de la trésorerie initiale, des encaissements et des décaissements, la trésorerie attendue en fin de mois. « Plus généralement, en début d´exercice, il est bon d´analyser la situation financière de l´élevage en réalisant un budget de trésorerie prévisionnel sur l´année. » L´objectif est alors d´identifier les grosses masses et de repérer les modifications majeures par rapport à l´année précédente en termes de recettes et de dépenses, en posant des hypothèses les plus réalistes possibles.
Parmi les solutions à mettre en oeuvre, le recours à un emprunt à court terme sur l´année entière est à privilégier. « Son montant peut représenter jusqu´à la moitié du solde observé sur le mois le plus déficitaire », indique le conseiller.

N´hésitez pas non plus à faire appel aux crédits fournisseurs, si ces derniers s´avèrent intéressants. Autre possibilité : le recours à l´ouverture de crédit. Cette solution se révèle plus coûteuse que la mise en place d´un emprunt à court terme, mais elle peut être utile pour faire le jonction les deux ou trois mois précédant le versement des aides.
Enfin, si cela est possible, « le décalage dans le temps d´une grosse échéance peut aussi être envisagé », suggère encore Emmanuel Etesse. « Toutefois, attention à ne pas mélanger les genres, prévient pour sa part Denis Serrand. Les ouvertures de crédit ont pour objet de couvrir le cycle normal de production, alors que les emprunts à court terme constituent une avance sur des rentrées certaines. Quant au report d´échéance, il s´applique davantage à des situations particulières (procédures Agridiff par exemple) et n´est pas forcément adapté aux problèmes de trésorerie plus conjoncturels. »

De leur côté, les établissements bancaires réfléchissent également à des schémas d´accompagnement spécifiques. « Nous proposons depuis février dernier un crédit de trésorerie simple à souscrire, souple d´utilisation, et surtout à faible coût : environ 20 % moins cher qu´un emprunt à court terme classique, détaille Denis Serrand. Cette offre se présente comme un préfinancement de l´enveloppe DPU intégrant l´aide directe laitière. Elle se décline différemment selon les caisses régionales mais le principe reste le même. »
Les formalités de souscription sont minimales, et l´engagement est pris sur cinq ans. L´enveloppe de financement, à hauteur du montant de l´aide laitière, peut être débloquée dès que l´exploitant le souhaite et le remboursement intervient à la date de versement des aides.


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