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Louis-Marie Fioleau a remis l'animal au cœur du système

Installé en Vendée avec 100 vaches laitières, Louis-Marie Fioleau a changé radicalement son approche de l'élevage suite à une formation organisée par le GEDA de Montaigu.

Pendant trente ans, Louis-Marie Fioleau et ses associés ont mené leur élevage de façon plutôt intensive, avec des hauts et des bas. Mais il y a quelques années, dans le cadre du GEDA de Montaigu (Vendée), Louis-Marie s'est engagé dans un groupe de réflexion sur les systèmes d'élevage. La réflexion l'a amené à ouvrir la stabulation et à développer le pâturage. « J'ai commencé à penser que l'on pouvait produire différemment » explique-t-il. Il y a trois ans, toujours dans le cadre du GEDA, il a participé à une formation AGDAR (Approche Globale et Dynamique de l'Alimentation des Ruminants). «Cette formation m'a ouvert les yeux sur le rôle de l'éleveur par rapport à ses vaches. J'ai remis l'animal au cœur de l'écosystème, alors qu'auparavant je pensais plutôt que c'était à l'animal de s'adapter. »

Ouvrir la stabulation et développer le pâturage

Situé à Saint-Hilaire de Loulay (85), le Gaec Le Bois des houx réunit Louis-Marie Fioleau, sa femme Sylvie, son frère Laurent et son neveu Sylvain, actuellement salarié en cours d'installation. Il compte 100 vaches laitières pour 750 000 litres de lait et 140 ha dont 14 ha de blé, 14 ha de maïs ensilage, le reste en herbe. « Chaque fois qu'un milieu est déséquilibré au niveau de l'habitat ou de l'alimentation, l'animal est fragilisé et cela se traduit par des mammites, boiteries, retards de chaleur, baisse de l'immunité..., estime aujourd'hui l'éleveur. La formation m'a rappelé que chez la vache il y a des gènes de l'auroch, qui vivait dans les herbages et couchait dans la forêt, et aussi qu'il y a un code social dans les troupeaux, des affinités, des dominantes et des dominées. »

"Toutes les vaches doivent pouvoir manger et dormir en même temps"

L'éleveur a alors revu sa façon de considérer l'habitat des vaches. «Les bâtiments sont souvent conçus pour l'éleveur, pour limiter son temps de travail. Mais les vaches n'y ont pas toujours assez de place pour manger, pour se reposer. Et la plupart du temps, elles se portent mieux quand elles sont dehors.» Les vaches sortent désormais 9 à 10 mois par an. La table d'alimentation a été rallongée pour que toutes puissent manger et dormir en même temps. Les vêlages se passent dehors, sur une parcelle de 1 ha, et les veaux restent sous la mère 48 à 72 heures. Pour éviter la surcharge dans la nurserie, l'élevage a aussi réparti ses vêlages sur deux périodes, au printemps et à l'automne. Enfin, une nouvelle stabulation est en projet, dont seule l'aire de couchage sera couverte. «Dans les bâtiments couverts qui ne voient pas le soleil, les bactéries se développent facilement, ce qui entraîne souvent des dermatites. Une aire d'exercice découverte limite ces problèmes et réduit l'investissement. »

Détecter les signes de déséquilibre alimentaire

L'éleveur a aussi revu l'alimentation des vaches. «Depuis la formation, nous nous retrouvons régulièrement dans le cadre de réunions « bout de stabu », explique Louis-Marie Fioleau. L'observation des collègues sur notre troupeau et l'utilisation d'un jeu de cartes recensant 61 signes visuels représentatifs sur les bouses, le poil, les pattes, les yeux, le nez, la peau, le comportement des vaches… ont mis en évidence un déséquilibre alimentaire. Il y avait notamment un excès d'énergie fermentescible en partie lié au blé alors incorporé dans la ration, du fait de son amidon à dégradation rapide. Nous avons donc remplacé le blé par du maïs grain aplati. »

Grâce aux cartes, les éleveurs ont aussi détecté dans le troupeau les signes d'une alimentation trop riche en azote et des signes d’instabilité ruminale. « A l'époque, l'ensilage était apporté à l'auge une fois par jour et le concentré en partie distribué en salle de traite, explique Louis-Marie Fioleau. Mais il n'y avait pas assez de places pour toutes les vaches. Les dominantes triaient et consommaient en priorité le concentré, les dominées, notamment les primipares, héritant du reste plus fibreux. Or les vaches ont besoin chaque jour de deux repas équilibrés en énergie, azote et fibres. » Depuis ce diagnostic, la ration est apportée à la mélangeuse et distribuée en deux repas, un le matin et un le soir, après chaque traite, sur une table d'alimentation rallongée. Et le concentré en salle de traite a été réduit à 100 grammes, juste pour faciliter l'entrée des vaches. « La formation m'a appris à observer et à écouter mes vaches au quotidien et à interpréter ce qu'elles expriment. »

Privilégier la marge plutôt que le volume

Depuis qu'ils ont développé cette approche, les éleveurs ont constaté de nettes améliorations.  « Les non délivrances, acidoses, acétonémies ont quasiment disparu, assure Louis-Marie Fioleau. Il n'y a plus que 20-25 mammites par an, au lieu de 40-50 auparavant. Quatre-vingt pour cent des vaches ne reçoivent pas d’antibiotiques au tarissement, sans conséquence sur la lactation suivante. Et en cas de boiterie, nous contrôlons la température, levons le pied et laissons l’animal au repos pendant plusieurs jours sans médication, dans une case suffisamment paillée et près de ses congénères. Alors qu’auparavant nous utilisions immédiatement des anti-inflammatoires et/ou des antibiotiques. » En 2015, seules 3 femelles sur 32 élevées ont par ailleurs reçu un anticoccidien, alors que c'était à peu près systématique auparavant dans la nurserie surchargée. 

Au final, les coûts alimentaires et de santé ont été fortement réduits. En 2015, le coût alimentaire n'est ainsi que de 77 €/1000 l (125 € pour la moyenne du groupe CER Vendée) et les frais vétérinaires de 6 €/1000 l (14 € dans le groupe). Et si le produit de l'élevage est un peu inférieur à la moyenne du groupe (391 €/1000 l contre 403 € dans le groupe), les charges variables le sont également (120 €/1000 l contre 196 € dans le groupe). Au final, la marge brute s'élève à 271 €/1000 l, contre 207 € dans le groupe. Les investissements en matériel et bâtiments étant également limités, 100 vaches suffisent ainsi pour couvrir les charges de l'exploitation et assurer les prélèvements des 3,4 UTH.

Importance de l'observation globale du système

Assurée par le GIE vétérinaire Zone verte, la formation Agdar repose notamment sur le diagnostic des signes alimentaires sur les animaux et sur l'observation des bâtiments, du couchage et de la distribution des aliments. La formation de deux jours est proposée depuis trois ans par le Geda Nord Bocage avec l’accompagnement de la chambre d’agriculture de Vendée. « Une cinquantaine d'éleveurs ont déjà été formés », indique Jocelyn Savina de la chambre. La démarche de Louis-Marie Fioleau relève aussi de l'écopathologie, concept apparu dans les années 60 et qui considère que les pathologies ont des déterminants multiples en interaction.

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