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L’Irlande mise sur Origin Green pour booster ses exportations

Ce programme national de développement durable ambitieux et unique au monde a été lancé en 2012. Basé sur le volontariat, il rassemble déjà 90 % des producteurs laitiers.

En Irlande, on ne craint pas de « boxer dans une catégorie supérieure à la sienne (punching above our weight !) », résume avec humour Noreen Lanigan, directrice de Bord Bia pour la France et la Belgique. Avec moins de 18 000 producteurs de lait, ce pays entend en effet jouer dans la cour des grands à l’export et s’en donne les moyens en jouant la carte du développement durable avec son programme national Origin Green. D’autant qu’avec 4,5 millions d’habitants, le marché intérieur est vite saturé. « L’Irlande ne peut pas rivaliser avec les ténors de l’exportation comme la Nouvelle-Zélande, l’Australie… pour le lait ou le Brésil pour la viande… D’où la nécessité de nous démarquer pour gagner des parts de marché sur les segments à haute valeur ajoutée », explique Colm Hayes, du ministère de l’Agriculture irlandais. Les exportations de poudre de lait infantiles, notamment vers l’Asie et en particulier la Chine, représentent un débouché important pour l’Irlande.

Tous les acteurs de la filière agroalimentaire

Un rapide retour en arrière s’impose pour comprendre la genèse de cette démarche. Suite à la crise économique et financière de 2008, le gouvernement irlandais a misé sur le développement de l’agriculture et plus largement de l’agroalimentaire pour redresser l’économie du pays. En 2010, l’Irlande se dote d’un plan stratégique national dénommé « Food Harvest 2020 ». Le pays annonce alors qu’il entend augmenter sa production de 50 % d’ici 2020. « Arrêter ou freiner sa production à cause de la crise laitière actuelle serait un cadeau gratuit aux États-Unis ou à la Nouvelle-Zélande d’autant que nous sommes persuadés que le marché va redémarrer et que la demande mondiale va augmenter », martèle Colm Hayes. Les Irlandais restent optimistes malgré la crise qui les a rattrapés au printemps dernier. Ils ont d’ailleurs produit 18,5 % de lait supplémentaires (1,2 milliard de litres) lors de la campagne 2015-2016 par rapport à celle de 2014-2015.

Systèmes économes et respectueux de l’environnement

Le lancement en 2012 d’Origin Green par le Bord Bia, l’organisme en charge du développement et de la promotion de l’industrie agroalimentaire, est un des éléments clés sur lequel s’appuie le pays pour booster ses exportations. Origin Green mesure entre autres l’empreinte carbone des élevages irlandais. Ce volet a été inclus dans le programme d’assurance qualité et de développement durable (SDAS) de la filière laitière lancé en 2013. « Origin Green est une démarche unique au monde qui intègre tous les acteurs des différentes filières de l’agroalimentaire », insiste David Owens, directeur de la branche ingrédients laitiers du Bord Bia. « En 2009, nous avons lancé une étude sur l’image qu’avaient de nous nos clients. L’Irlande est réputée pour produire du lait à partir de systèmes économes et respectueux de l’environnement. Nous bénéficions de conditions climatiques favorables à la pousse de l’herbe… Mais pour continuer à valoriser les atouts de cette image, il fallait pouvoir démontrer objectivement la durabilité de nos filières. D’où le lancement du programme Origin Green. »

Les élevages audités tous les 18 mois

Les élevages laitiers sont audités tous les 18 mois dans le cadre du programme SDAS. "L’objectif des audits est de travailler avec les éleveurs qui ont le plus de points à améliorer pour les ramener dans la moyenne grâce aux conseillers du Teagasc. C’est aussi un moyen pour eux d’améliorer leur revenu en optimisant leurs pratiques », explique David Owens. Les éleveurs donnent accès à toutes leurs données en amont de la visite de l’élevage. « Les audits à la ferme sont réalisés par différents organismes selon les régions (choix sur appel d’offres public publié par Bord Bia). Ils sont tous indépendants de l’État. Et notre modèle de calcul de l’empreinte carbone est certifié par Carbon Trust (1) », souligne Noreen Lanigan. « L’audit dure environ trois heures en fonction de la taille de l’exploitation et du type d’élevages (mixte lait-viande, avec ou sans ovins… ». Tout y passe : technique de traite, suivi sanitaire, traitement des cultures, fertilisation, consommation d’énergie, valorisation des effluents d’élevage, durée de pâturage… L’auditeur récupère des données sur environ 130 critères rajoutés dans ce nouveau volet de développement durable. Ces données sont ensuite utilisées pour faire un point sur l’impact des pratiques actuelles de l’éleveur sur l’environnement et en particulier l’empreinte carbone grâce à un logiciel développé par Teagasc (équivalent irlandais de l’Inra) et Bord Bia.

L’État prend en charge le coût de l’audit en élevage

L’éleveur se lance au final dans une démarche de progrès qui se concentre sur cinq axes d’amélioration prioritaires : le management du pâturage, le progrès génétique évalué au travers d’un index de synthèse exprimé en euros (EBI), la fertilisation azotée, les effluents d’élevage et la consommation d’énergie. Une note allant de 0 à 10 est attribuée pour chaque critère ainsi que les marges d’évolution et les bénéfices financiers potentiels pour l’éleveur. « Des conseillers du Teagasc accompagnent ensuite les éleveurs pour mettre en place des actions pour diminuer l’empreinte carbone de leur élevage. Ces leviers varient beaucoup en fonction de chaque ferme et comprennent des améliorations en termes de gestion du pâturage, d’utilisations des intrants (fertilisants, eau…), de progrès génétique, d’âge au premier vêlage… ». À titre d’exemple, "l’augmentation de 10 jours de la durée de pâturage permet selon Bord Bia "de réduire d’environ 1,7 % les émissions de GES grâce à la meilleure qualité de l’herbe pâturée en début et fin de saison par rapport à celle d’un ensilage d’herbe mais aussi grâce à la diminution de la production de méthane par les effluents d’élevage…" Cela permettrait aussi d’augmenter "les gains d’environ 27 euros par vache", selon Bord Bia.

Le coût de l’audit Origin Green est pris en charge par le ministère de l’Agriculture parce qu’il sert également à récolter des informations nécessaires d’un point de vue réglementaire et pour la charte d’assurance qualité de Bord Bia. L’État investit ainsi chaque année environ cinq millions d’euros dans cette démarche. Quatre ans après son lancement, la quasi-totalité des élevages (90 %) et toutes les laiteries sont « chartés » Origin Green. Un beau score pour une démarche basée sur le volontariat. Catherine Lascurettes, de l’Irish Farmers' Association indique que « lorsque tous les éleveurs seront certifiés, ils voudront bénéficier de la valeur ajoutée soit sous forme de primes ou de gain de part de marchés ».

(1) Le Carbon Trust est un organisme privé britannique qui accompagne les entreprises et le secteur public afin de réduire leurs émissions de CO2.

Un outil puissant pour mesurer l’empreinte carbone

Bord Bia a effectué plus de 100 000 évaluations de l’empreinte carbone sur le plan national. « Tous les jours, plus de 100 inspecteurs se rendent dans les exploitations agricoles pour mesurer l’impact de chaque système de production sur l’environnement grâce à l’outil « carbon navigator tool », indique Bord Bia. Dans les élevages bovins, ce logiciel développé en collaboration avec Teagasc permet notamment d’évaluer et d’améliorer l’empreinte carbone en se basant sur six points d’évaluation d’efficience : durée du pâturage, âge au premier vêlage, augmentation du taux de vêlage et de la croissance des animaux pour les élevages allaitants, mais aussi l’amélioration de l’efficacité des apports d’azote et de la valorisation des effluents d’élevage. Pour chacun de ces points, plusieurs leviers techniques sont proposés au cas par cas par les conseillers du Teagasc. L’outil informatique permet aussi aux éleveurs de se comparer à d’autres élevages similaires et de mesurer l’impact financier de chaque levier utilisé pour diminuer les émissions de GES.

Chiffres clés

17 500 producteurs
6,5 milliards de litres de lait produit en 2015-2016 (+ 18,5 %)
90 % du lait produit est exporté
4 milliards d’euros de chiffre d’affaires liés à l’export de produits laitiers en 2015
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