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« L’Europe du Nord est responsable de la surproduction actuelle »

L’institut de l’élevage vient de refaire un état des lieux des filières laitières dans les principaux pays laitiers d’Europe du Nord. Il reflète une forte volonté de croissance, mais la réglementation environnementale est le principal frein, souligne Gérard You, responsable Economie des filières-GEB.. 

Quels sont les éléments marquants par rapport à votre précédente étude sur l’Europe laitière du Nord?

Gérard You - Il est clair que sur 2014 et 2015, on a assisté à un véritable boom de la production laitère en Europe du Nord, en particulier aux Pays-Bas et en Irlande. L’Europe du Nord est le premier bassin mondial responsable de la surproduction actuelle. En deux ans, la collecte de l’UE a bondi de 9 millions de tonnes soit 6%. C’est considérable et reflète une volonté de croissance. La réponse a été rapide et forte, bien supérieure à ce à quoi on pouvait s’attendre il y a trois-quatre ans lors de notre précédente étude. Qui imaginait que l’Irlande en 2015, malgré le coup de frein du début d’année pour éviter les pénalités sur la dernière campagne de quotas, ferait plus de 10% par rapport à 2014? Cette forte augmentation au niveau européen traduit une préparation de longue date à la fin des quotas en termes d’investissements, capacités de logement, accroissement de la productivité.

L’autre surprise vient du Royaume-Uni : la production connaît depuis deux ans un important rebond (+ 1 million de tonnes depuis 2012 - 14,8 millions de tonnes en 2014) alors qu’elle était sur le déclin. L’arrivée de deux entreprises de dimension internationale, Müller et Arla Foods, a réorganisé et musclé le secteur de la transformation qui était son point faible. Les distributeurs semblent aussi s’impliquer positivement dans la filière avec des contrats basé sur un prix du lait indexé sur le coût de production pour garantir leur approvisionnement en laits conditionnés. La conséquence est une très grande disparité des contrats d’achat de lait  souscrits par les producteurs (1). Mais la valeur de la livre sterling reste un déterminant majeur de la production, et son redressement actuel pourrait stopper la reprise.

Les pays du nord de l’Europe ont-ils la capacité de produire d’ici 2020 au même rythme que ces deux dernières années?

G.Y.- Le graphique ci-contre montre les prévisions de croissance de la collecte d’ici 2020 annoncées par les différents pays. Mais il s’agit plus de potentiels de croissance que de prévisions: la production augmentera si la conjoncture le permet. Pour le moment, il n’y a aucun signe d’amélioration des marchés d’ici juin. Un scénario de ralentissement  en 2016-2017 voire de léger repli de la production, après le rebond de 2014-2015, est fort possible.

Les principaux freins au développement de la production en Europe du Nord sont clairement la réglementation environnementale et la densité animale. Les Pays-Bas sont face à la menace d’une réglementation sur les phosphates, avec probablement des quotas qui seront basés sur le nombre de vaches. Ils ont augmenté leur production de 20% en dix ans (14,2 millions de tonnes en 2014), dont environ 6% en 2015 sur onze mois. Ils ont saturé très vite leur bâtiment pour se constituer une référence VL mais personne ne croit qu’ils pourront continuer à ce rythme. Les Pays-Bas peuvent donc connaître rapidement un ralentissement voire un arrêt de leur croissance. La pression sociétale y est par ailleurs très forte comme au Royaume-Uni,  mais ces pays savent transformer ces attentes sociétales en opportunités, anticiper et être proactifs.

Qu’en est-il des autres pays ?

G.Y.- Les éleveurs danois eux n’ont pas le choix, ils sont obligés de produire pour diluer leurs charges. Mais avec un taux d’endettement moyen de 80%, ils ne sont pas en mesure de rembourser leurs investissements, ce sont les banques qui sont devenues de fait les actionnaires des exploitations laitières. Beaucoup sont en grandes difficultés.

En Allemagne (31,3 millions de tonnes en 2014), la fin des quotas est vécue comme une libération : l’appétit de produire est général, la production augmente partout même si elle progresse plus vite en Allemagne du Nord qu’en Bavière ou dans l’Est. Il y a un réel potentiel de croissance. Mais on aurait pu s’attendre à un rebond plus fort en 2015 ; la progression est finalement comparable à celle de la France.

L’Irlande a incontestablement beaucoup de potentiel. Le modèle irlandais low cost est, parmi les modèles d’Europe du nord, celui qui est le mieux armé face à la crise. Avec un bémol : il est très sensible aux aléas climatiques. Par ailleurs, le coût de production (hors rémunération de la main-d’œuvre familiale), après avoir plafonné à 150 €/t sur la période 2005-2011, a bondi de près de 50% (225 €/t) en trois ans sous l’effet d’investissements importants et d’une intensification. La croissance sur la période 2014-2020 ne devrait pas forcément être plus élevée que celle entre 2008 et 2014 (+14%). Il faut aussi relativiser son impact vu la taille du pays (5,8 millions de tonnes en 2014).

Vous avez analysé les différents éléments (foncier, accès au crédit…) qui peuvent jouer sur la compétitivité des pays. Comment s’en sort la France ?

G.Y. - Le coût du foncier bon marché est plutôt un atout pour la France. Cependant le prix élevé du foncier de certains pays oblige les exploitations à être très performantes et permet aux éleveurs (compte tenu de la valeur de ce bien en partie propriété des éleveurs) de négocier des prêts auprès des banques.

En revanche, dans la plupart des pays, l’accès au crédit bancaire est plus facile qu’en France, sauf en Irlande où les banques sont mal en point. Les modalités de transmission peu égalitaires, notamment en Allemagne, sont par ailleurs un avantage pour transmettre les exploitations. Les exploitations allemandes ont un  autre atout : les aides aux investissements généreuses dont ont bénéficié les grandes exploitations (jusqu’à 30-40% du montant d’investissement).

Pour ce qui est de l’organisation de la filière, la filière laitière française est plutôt bien organisée, mais elle pâtit de relations producteurs/tranformateurs hétérogènes et conflictuelles. Dans les autres pays d’Europe du Nord, hormis au Royaume-Uni, les relations sont beaucoup plus coopérantes.

L’analyse des données du Rica montre que la France n’est pas particulièrement désavantagée par son coût de production (hors rémunération de la main-d’œuvre familiale) vis-à-vis des autres pays excepté l’Irlande : elle fait jeu égal avec l’Allemagne.

(1) En septembre 2015, le contrat dairy-Crest et Mark&Spencer assurait un prix du lait à 0,335 livre/litre alors que la moyenne nationale était de 0,235 livre.

Quelle croissance de la collecte laitière en 2020 ?

Source GEB-Institut de l’élevage d’après les sources nationales

 Commentaire : Le potentiel de croissance est estimé à +9% (13 millions de tonnes) en six ans à 160 millions de tonnes en 2020, d’après le GEB.

Forces et faiblesses relatives des pays étudiés

Source GEB-Institut de l’élevage-présenté lors de la journée économique du Cniel le 17 novembre 2015

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