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Jean-Claude Guesdon
« Les prairies sont menacées malgré leurs atouts environnementaux »

Antidotes naturels aux problèmes environnementaux et énergétiques, les prairies pâtissent d´un manque de soutien de l´UE, constate l´Institut de l´élevage.


Les différentes équipes techniques de l´Institut de l´élevage ont publié recemment un hors série* intitulé « La prairie, un enjeu économique et sociétal ». Ce document fait le point sur l´évolution des surfaces en prairies en France et au sein de l´Union européenne avant de décrire leurs atouts indiscutables pour l´environnement et d´analyser l´évolution des aides en faveur de leur maintien. Il démontre sans ambiguïté un paradoxe de taille : à l´heure où tout le monde s´inquiète de l´avenir de la planète, les engagements politiques pour soutenir les prairies se réduisent.
Pourquoi ce dossier spécial sur les prairies ?
Jean-Claude Guesdon - Parce que les prairies nous paraissent mal menées. On en parle beaucoup notamment à l´occasion des réformes de la PAC, mais force est de constater que depuis 30 ans la politique a été dissuasive. Nous avons assisté au sein de l´Union européenne à une véritable politique du labour. Par exemple, en France, Allemagne, Italie, Belgique et en Irlande, pas moins de cinq millions d´hectares de prairies permanentes ont disparu entre 1973 et 1994. Cette tendance s´est atténuée en France ces dernieres années, mais rien ne permet d´affirmer qu´il s´agit d´une stabilisation durable ni, a fortiori, d´envisager une éventuelle reprise. En effet, le budget européen du deuxième pilier ne représente que 15 % du budget de la PAC et ce volet n´est pas sécurisé ; il est même revu à la baisse. Le gouvernement français a certes décidé de verser la future prime à l´herbe agri-environnementale (PHAE) sur crédits nationaux. Mais il va falloir attendre l´accord de Bruxelles avant de pouvoir éventuellement débloquer les fonds. Cette renationalisation du budget n´est d´ailleurs pas spécialement sécurisante, les engagements ne pouvant être qu´annuels.
Il y a le risque que seuls les pays riches de l´UE puissent se payer une politique de l´herbe. Le développement des cultures bioénergétiques, notamment de deuxième génération, pourrait également menacer les surfaces en herbe dans les régions de plaines.
Vous semblez pessimiste sur l´avenir des prairies ?
J.- C. G. - Nous assistons à un véritable paradoxe. C´est au moment où tout le monde s´inquiète pour l´avenir de la planète qu´il y a finalement le moins d´engagements politiques pour soutenir les prairies. Or, elles répondent aux grands enjeux sociétaux au travers de leurs effets positifs sur la qualité de l´eau, des territoires, sur la fixation du carbone, sur les économies d´énergie fossile et de produits phytosanitaires. L´herbe et les ruminants qui la valorisent, comme les éleveurs qui en vivent, ne coûtent pas chers à la collectivité et aux citoyens qui, en contrepartie, bénéficient gratuitement de biens publics (qualité du paysage, de l´eau.).
Mais on ne préservera pas des prairies avec une réglementation qui ne présenterait que des contraintes. Il faut que les éleveurs puissent vivre avec leur système herbager. Pour les éleveurs, les soutiens publics du type second pilier représentent à la fois une reconnaissance collective pour une fonction environnementale et sociale réelle et, un moyen de préserver un niveau de revenu sans lequel il ne pourra y avoir le maintien de l´élevage de ruminants dans certains secteurs. Nous estimons que l´abandon ou le recul du soutien au titre du deuxième pilier associé au découplage de la PMTVA pourrait être le coup de grâce à l´herbe.
Pourquoi critiquez-vous un récent rapport de la FAO ?
J.- C. G. - Ce rapport diffusé en novembre 2006 par la FAO(1) affirme que l´élevage, et en particulier celui des bovins, a une grande part de responsabilité en termes de dégradation de l´environnement (gaz à effet de serre, déforestation.) et représente une concurrence pour l´alimentation humaine. Ce rapport qui analyse la situation à l´échelle planétaire est peu pertinent quand on le ramène à l´élevage de ruminants dans l´UE. Au sein de l´Europe, en effet, le cheptel bovin et ovin a vu ses effectifs baisser de 30 %, ces 20 dernières années. Ce n´est pas là qu´il faut chercher l´origine de nos dérèglements climatiques. Par ailleurs, les ruminants ne mangent pas notre pain mais de l´herbe. Ils contribuent à ce titre plus à la sauvegarde de notre planète qu´à sa dégradation. Ceci sera d´autant plus vrai que la politique agricole favorisera la production d´herbe.
* Hors série spécial prairie, janvier 2007. Téléchargeable gratuitement sur le site de l´Institut de l´élevage ou version papier (25 euros).
Technipel, 149, rue de Bercy, 75595 Paris cedex 12.
Tél. 01 40 04 51 71. Fax 01 40 04 52 80.
E-mail : technipel@idele.fr

(1) Organisation des Nations unies pour l´alimentation et l´agriculture.
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