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Les nouveaux méteils visent l'autonomie protéique

Pour valoriser les intercultures, des éleveurs sèment désormais des méteils très riches en protéagineux qu'ils récoltent à un stade précoce.

Récoltés tôt, ces nouveaux méteils sont moins sensibles à la verse, ce qui permet d'augmenter la part de protéagineux.
Récoltés tôt, ces nouveaux méteils sont moins sensibles à la verse, ce qui permet d'augmenter la part de protéagineux.
© DR

Une nouvelle pratique se développe en Bretagne et Normandie : le semis de méteils très riches en protéagineux, récoltés au stade début épiaison des céréales. « En Ille-et-Vilaine, cette pratique est apparue chez des éleveurs produisant beaucoup de maïs ensilage et ayant donc peu de possibilités d'installer des cultures à base de luzerne ou trèfle violet, indique Jérémy Guil, de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine, qui suit depuis 2014 un groupe d'éleveurs testant cette pratique. Les méteils traditionnels, qui restent utilisés en bio, sur des terres séchantes ou pour des animaux à faibles exigences, présentent peu d'intérêt dans ces conditions car ils sont moins productifs que le maïs et de faible valeur alimentaire. Pour valoriser des intercultures courtes, au lieu du ray-grass italien, ces éleveurs ont donc pensé à semer de nouveaux méteils apportant plus de rendement et de protéines et qu'ils peuvent récolter tôt pour ensuite installer un maïs. » Ces méteils sont constitués de 80 % de protéagineux et 20 % de céréales. « Nous recommandons 15-25 kg/ha d'avoine ou triticale, 50 kg/ha de féverole, 20-25 kg/ha de vesce et 25-30 kg/ha de pois fourrager avec éventuellement un peu de pois protéagineux, précise Jérémy Guil. La féverole est intéressante car, outre sa richesse en protéine, elle a un effet tuteur sur les autres protéagineux. Le blé pourrait convenir mais pose le problème de sa sensibilité aux maladies, alors que les méteils ne reçoivent aucun intrant. Et l'orge est déconseillée car elle arrive trop tôt à épiaison. »

80 % de protéagineux et 20 % de céréales

Les semis sont réalisés de mi-octobre à fin octobre. La récolte a lieu au stade début épiaison de la céréale, de fin avril à fin mai. L'objectif est d'atteindre 30 % de matière sèche à l'ensilage, pour éviter les jus, qui réduiraient la teneur en protéines du méteil, et assurer une bonne conservation. Ces méteils n'étant qu'à 15 % MS à la fauche, il faut donc les sécher avant de les ensiler. Le méteil est fauché à plat pour maximiser la surface de contact avec l'air, puis laissé au champ un jour ou deux. « L'idéal est d'avoir 8-10 cm de hauteur de coupe, conseille Jérémy Guil. On évite ainsi le contact avec le sol. Et le fourrage se retrouve sur les chaumes, ce qui facilite le séchage. » Le méteil est andainé le troisième ou quatrième jour et ensilé dans la journée.

 

14 à 19 % de MAT mais trois fois moins de rendement

Du fait de la récolte précoce, le rendement est trois fois moins élevé que celui d'un méteil classique récolté au stade laiteux-pâteux. Dans le groupe d'éleveurs d'Ille-et-Vilaine, il n'a ainsi pas dépassé 5-7 t MS/ha en 2014 et 4-6 t MS/ha en 2015. Sa valeur en protéine est par contre très bonne, de 14 à 19 % MAT pour 0,85 UFL. « Ces méteils récoltés tôt sont riches en protéines mais assez pauvres en énergie, constate Jérémy Guil. Cela amène les éleveurs à compléter la ration avec du maïs grain humide broyé ou des épis entiers ensilés. Au lieu d'apporter un fourrage riche en énergie et de le compléter par un concentré azoté, ils apportent un fourrage riche en protéines et le complètent par un aliment riche en énergie. »

Le coût total des semences est élevé, à environ 200 euros par hectare, auxquels s’ajoutent environ 250 euros par hectare de frais de récolte. Le bilan est intéressant à l’échelle de la parcelle avec les deux récoltes qui fournissent 15 à 20 tMS/ha de fourrage dans l’année. Les éleveurs cultivent en effet un maïs précoce après l’ensilage du méteil. « Ce type de conduite est sans doute à réserver aux sols de qualité. En sol très séchant, cela ne fonctionnera vraisemblablement pas car le maïs ne disposera pas de suffisamment d’eau », précisent les conseillers.

De façon générale, les éleveurs testant ces nouveaux méteils se disent satisfaits en termes de production laitière et santé des vaches. À l’automne 2014, des essais ont été engagés sur la ferme expérimentale de Trévarez (29) avec différents méteils, en récolte précoce et traditionnelle. Le but est de mesurer les rendements et valeurs des fourrages ainsi que l’impact sur la production laitière. D'autres essais et un suivi des éleveurs ont été engagés en Ille-et-Vilaine (et dans la Manche en 2015). « Le but, précise Jérémy Guil, est d’identifier le lien entre la quantité de protéagineux semés et la proportion à la récolte, les doses optimales de semis, le potentiel des variétés, l'impact de la fertilisation… et bien sur les économies en achat de de protéines. »

Analyser la valeur alimentaire des méteils

Les analyses des méteils ont été réalisées par le laboratoire ISAE de Combourg. Des prélèvements ont été faits au champ et les espèces ont été triées et analysées en termes d'UFL et PDI. Un prélèvement a également été fait sur le silo pour vérifier les proportions. Les valeurs des différentes espèces ont ensuite été additionnées au prorata des proportions de chaque espèce. « La seule limite se situe au niveau des synergies ou antagonismes du mélange au niveau du rumen, précise Jérémy Guil. Mais ces données ne sont pas connues. » « La méthodologie d'analyse des valeurs alimentaires des mélanges n'est pas encore totalement au point, estime Julien Fortin, de la ferme expérimentale de Thorigné (49), qui mène également des essais sur différents méteils récoltés à différents stades. Dans nos essais, nous faisons l'hypothèse de l'additivité des valeurs de chaque espèce. Mais la méthodologie mériterait d'être précisée."

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